Catégorie : journal

  • L’appel de Londres

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    La sortie de L’appel de Londres en mai dernier s’est accompagnée de plusieurs bonus — carte, lectures, photos, etc. —, disponibles pour les abonnés publie.net, et désormais accessibles à tous ici.

    J’avais pour l’occasion enregistré une lecture du prologue, mis en musique par Lilac Flame Son, dans un esprit très 80’s qui collait bien au livre. Je vous en propose aujourd’hui un mix un peu différent.

    Lilac Flame Son et moi nous connaissons depuis l’adolescence, et nous avions en ce temps-là l’idée de faire de la musique et de monter un groupe de rock. Nous avons réalisé quelques démos, et puis la vie nous a entrainés vers d’autres chemins. Cependant, nous n’avons jamais perdu l’envie de travailler ensemble, et ce morceau marque la naissance d’une nouvelle collaboration que nous espérons riche.

    Ainsi, à l’occasion du Ray’s Day, qui se tient le 22 août prochain, nous vous proposerons un nouveau morceau, extrait d’un projet en cours intitulé « récits de la grand-route ».

    Enfin, il est probable que je participe à la rentrée, sur Paris, à des rencontres et des lectures, peut-être accompagné de musiciens (mais sans Lilac Flame Son : le bougre habite San Francisco).


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    L’appel de Londres est disponible partout aux formats numérique et papier Vous pouvez lire ou télécharger un extrait au format pdf en cliquant ici.


    Enregistrement audio : Musique Lilac Flame Son / Texte Philippe Castelneau
    Photo : Londres, octobre 2014


    Licence Creative Commons

  • Less is more

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    Less is more, la formule, bien connue, est de l’architecte allemand Ludwig Mies van der Rohe. Le designer Dieter Rams, de son côté, préférait dire : « Weniger, aber besser » : le moins est le mieux, s’il s’accompagne d’une bonne exécution. Mies van der Rohe réalisa, entre autres choses, quelques-uns des plus beaux gratte-ciels de Chicago ; Dieter Rams inventa chez Braun l’esthétique des années 60 et 70. Ces deux-là, nourris à l’école du Bauhaus, savaient assurément de quoi ils parlaient.

    Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur la pertinence des blogs et des sites web, sur leur utilisation et la manière de les mettre en valeur. Thierry Crouzet, dans son dernier ouvrage, La mécanique du texte, pose la question du livre lui-même, imagine que tout cela est amené à fusionner, fusionne déjà, dans nos usages et nos écrits. Il prône un éclatement des formes et des supports, dans lequel le blog, ou site, peine à trouver sa place. François Bon de son côté, construit pierre à pierre son Tiers livre, à la fois son atelier et son grand œuvre : l’écrit emprunte à la sculpture la technique du modelage, mais c’est un modelage permanent qui est l’œuvre elle-même, et non plus son brouillon. Deux approches différentes, parfois contradictoires, pourtant complémentaires.
    L’internet s’invente au fur et à mesure qu’il grandit, c’est une créature monstrueuse et fluctuante, en expansion perpétuelle : autrefois on le comparait à un océan, c’est devenu un univers bientôt plus vaste que celui qui entoure notre planète. À chacun d’y trouver sa place, comme on trouve sa place dans le monde réel. On y vient comme on peut, beaucoup encore y vont à reculons. D’autres, comme François ou Thierry, y sont depuis longtemps.
    Warren Ellis est de ceux-là. Le scénariste anglais a beaucoup réfléchi sur ces sujets, et vient de faire paraître en format numérique un recueil de textes de prospectives prononcés entre 2012 et 2015 à Manchester, Londres, New York ou Los Angeles. Ça s’appelle Cunning Plans, et c’est une lecture tout à la fois stimulante et indispensable.

    Mon espace personnel sur le net, c’est ici. Ma place est ici. C’est tout à la fois un journal, un lieu d’exposition pour mes photos, un livre qui s’écrit. Une simple page au design épuré qui s’affiche sur votre écran de téléphone ou d’ordinateur, une image, quelques mots, à peine quelques minutes de votre temps. Presque rien. Less is more.


    Photo : Chicago skyline, octobre 2013

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  • California Feelin’

    Arrêté une dizaine de jours au mois de mai dernier à la suite d’une opération chirurgicale (sans gravité, mais douloureuse), j’ai mis à profit le temps qui m’était donné pour relire le livre de Nick Kent, L’Envers du rock, l’édition de 1996 parue aux défuntes éditions Austral (le livre a depuis été réédité, sous une forme augmentée, aux éditions Naïve), puis j’ai lu In a lonely place, de Michka Assayas (2013, Le mot et le reste), et enfin L’Oreille d’un sourd — 30 ans de journalisme : L’Amérique dans le rétroviseur de Philippe Garnier (Grasset, 2011), trois livres compilant des articles écrits principalement pour le New Musical Express et The Face pour le premier, Rock’n’Folk et les Inrocks pour le second, Libé pour le troisième.
    Kent, Assayas, Garnier, des auteurs pourtant dissemblables, mais qui ont en commun une approche de l’écriture qu’on qualifierait de rock si le terme n’était pas galvaudé ; disons qu’ils empruntent tous trois, quoique de façon différente, au journalisme gonzo. Wikipédia fait remonter à Théophile Gauthier et son texte Le Haschisch paru le 10 juillet 1843 dans La Presse la naissance de cette forme de récit, journalistique par le sujet, littéraire par le traitement, subjectif par l’usage de la première personne du singulier.
    Moins connoté, on préférera à Gonzo la dénomination « journalisme en immersion » que reprend Garnier lorsqu’il parle de Grover Lewis, son modèle et ami, qui fit les grandes heures du Rolling Stone des débuts. Le livre qu’il lui consacre en 2009, Freelance — Grover Lewis à Rolling Stone : une vie dans les marges du journalisme est un petit bijou, qui mêle extraits d’articles magistralement traduits et éléments biographiques. Un livre unique et exemplaire, qu’on ferait bien de redécouvrir toute affaire cessante.

    Tout cela m’a donné l’envie de ressortir de mes tiroirs un vieux projet d’article consacré à Brian Wilson, du genre papier interminable, mêlant anecdotes et digressions, considérations personnelles et points de vue subjectifs. (Wilson a été traité brillamment par Nick Kent et Assayas dans les ouvrages cités, mais sous un angle différent).
    Deux mois plus tard, l’article de quelques pages est devenu un livre en gestation, les notes s’accumulent dans mon ordinateur, les ouvrages et revues entassés sur mon bureau débordent de post-it, et mon ipod regorge de playlists thématiques. Immersion dans le sujet, donc, à travers sa musique et ses interviews, à défaut de pouvoir, là, tout de suite, rencontrer Brian Wilson en personne.

    « Quand un type vous occupe 5 à 10 heures par jour, il est là avec vous par les dents et le rire » écrit François Bon, à propos de Lovecraft qui l’occupe en ce moment. À creuser ainsi, on emprunte bientôt des chemins de traverse peu fréquentés, on déterre des cadavres oubliés, des connexions en apparence improbables se font qui éclairent le sujet d’une lumière inédite. Reste à savoir s’il y a quelqu’un intéressé par ça. Garnier qualifiait son livre sur Grover Lewis d’entreprise kamikaze (de fait, l’ouvrage ne fut pas un gros succès de librairie).
    Au fond, cela compte peu : si le projet importe à son auteur, c’est qu’il est juste.


    Photo : Menton, juin 2015.
    Pas la Californie, donc, mais un rêve de Californie. Souvenir tout personnel, cette photo me rappelle mon arrivée à Los Angeles en décembre 1984. La lumière, peut-être.

    Le morceau California feelin’ proposé plus haut est la démo enregistrée en novembre 1974 par Brian Wilson d’une chanson dont il a écrit la musique sur des paroles du poète américain Stephen Kalinich.
    (C) 2013 Capitol Records, LLC. On peu acheter le fichier mp3 ici.

  • Pousser la porte, prendre le large

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    La grande pièce sombre est vide, sinon pour deux plantes vertes et un tapis de type persan, posés près de l’entrée. Par les fenêtres et les ailes vitrées de la porte-tambour glisse doucement à l’intérieur la lumière triste et grise du jour qui se lève à grand-peine. Deux marches, et je pousse la porte pour rejoindre la terrasse qui semble surplomber la mer, mer peu agitée à forte, vent de force 5 à 6. Il faut descendre par des chemins, passer un mur, escalader encore quelques rochers pour rejoindre le rivage. Dans la maison, loin derrière moi, rien ni personne ne semble avoir bougé. Debout au bord de l’eau, sous le crachin, bercé par les vagues, me prend l’envie de disparaître au monde. Je reste immobile sur la grève, presque en déséquilibre, l’esprit déjà ailleurs, répondant à l’appel du large. Mon corps se dissout dans l’espace, les pieds dans l’eau, le corps dans les rochers, la tête balayée par des vents contraires. Libéré du temps, je vole avec la mouette ; poisson, je nage vers les grands fonds, je suis de ces nuages que le vent pousse toujours plus loin.
    Un pas en avant, je disparais dans l’écume soyeuse, un pas en arrière, et je retrouve le monde. Partir, c’est fuir, peut-être, mais on n’échappe pas à soi-même.
    Je m’en reviens par les rochers, les chemins, jusqu’à la maison, l’escalier résonne des pas et des rires des enfants. Derrière moi, la porte-tambour tourne à vide.


    Photo : Roquebrune-Cap-Martin, mai 2015

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