Catégorie : journal

  • L’adieu

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    À 6 h ce matin, tu étais debout quand je me suis levé, tu as miaulé en me voyant. Tu n’as encore pas voulu manger, mais tu as bu, un peu, et puis tu as pissé. Je t’ai lavé, séché.
    Après, tu m’as léché la main, comme pour me dire merci, et tu as joué à attraper un fil de laine, avant de te recoucher. Je sais que c’est bientôt fini. Je sais que tu t’en vas, mais je veux croire encore que je t’ai pour longtemps près de moi, vieux compagnon.

  • Poésie ? Faites le 1.

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    Samedi 31 décembre, 18 h 45. En rentrant du travail, dans la voiture, j’écoutais On trace de Fred Griot & parl#. Il y avait, dans un sac posé sur le siège passager, la belle édition bilingue, achetée l’après-midi, de l’œuvre poétique complète de Richard Brautigan, au Castor Astral. Plus tôt dans la semaine, j’avais dégoté chez Emmaüs, pour 4 euros, 4 anthologies poétiques éditées par Seghers.
    Ainsi paré, j’enjambais les heures pour passer le temps, enfilant les vers blancs et les rimes riches, jusqu’aux premières heures de 2017.


    Dial-A-Poem : une oeuvre de John Giorno
    Photo : Exposition Beat Generation, centre Beaubourg, Paris, août 2016.

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  • Un conte de Noël

    D’abord, je voulais écrire un conte de Noël. Mais le monde est bien triste ces temps-ci, qui n’a que la misère et l’horreur à offrir : les hommes souffrent et meurent, les bêtes souffrent et meurent de la main des hommes, la terre se meurt de notre trop-plein de souffrance.

    Alors Noël… Pour qui travaille dans le commerce, les fêtes de fin d’année sont un drôle de cirque. Je me souviens d’un dessin de presse paru il y a quelques années (dont j’ai oublié l’origine et l’auteur, on me pardonnera), qui montrait un type entrant dans une librairie.

    Le libraire : « vous voulez quoi ? »
    Le client, visiblement agacé : « N’importe quoi, c’est pour offrir. »

    La caricature me frappe encore tant elle est juste.

    Parfois, dans le flux des visages crispés, contraints, pressés, de belles rencontres tout de même, des échanges brefs, trop brefs, et pourtant riches. Et puis, soudain, une image : dans l’auditorium du magasin, transformé en espace jeunesse, quatre enfants, 5 à 7 ans, pas plus, emmitouflés dans leurs écharpes et leurs blousons, couchés sur le sol, occupés à déchiffrer un livre de comptines. Ils sont seuls, sans leurs parents. Ils ne me voient pas les observer. Leurs lèvres bougent à peine tandis qu’ils cherchent à faire sens des lettres inscrites sur le papier, et voilà tout à coup leurs visages qui s’illuminent, et de leurs bouches s’élèvent un chant naïf et tendre adressé au père Noël.

    On m’objectera qu’il ne faut pas mentir aux enfants quant à l’existence du père Noël ; il y avait tellement de ferveur dans ce chant fragile, tellement de magie, que je veux bien moi aussi y croire encore.
    Le plus beau cadeau que ces enfants ont reçu hier soir, c’était de découvrir qu’il y avait dans les livres un monde qui pouvait prendre vie sous leurs yeux, un monde qui leur appartenait en propre. Et quand plus tard ils auront découvert que le père Noël était une fable, il leur restera la magie apprise dans les livres. Peut-être alors de ce savoir ils construiront une société meilleure.

    On ne se refait pas. Je crois toujours aux mythes ; je crois, moi, aux contes et aux récits merveilleux, appris à 5 ou 7 ans dans des livres d’enfants.

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  • Le grand braquage

    Pardonne ma faute : elle est grande ! (Psaumes — 25, 11)

    La nouvelle civilisation intelligente fabrique des crises à répétition tandis que des astronautes voyagent vers des constellations inconnues. La vie sur Mars est hors limites, mais ils verront bientôt des pyramides se dresser aux confins de la Voie lactée.
    Des géologues, prisonniers sur la Lune, interrogent le Très-Haut dans une boule de cristal. Ils lui demandent ce qu’il y a qui survit quand on devient poussière. Que devient le savoir ? Est-ce que l’âme existe et flotte-t-elle libre et sans visage, ou tout ceci n’est-il qu’un mensonge de plus ?
    Nous voilà devenus extraterrestres, insensibles à la vie. Nos cerveaux stériles ne conçoivent que le mal, et l’exploitation de nos connaissances a tué la planète bleue. Nous-mêmes sommes des morts en sursis. Y a-t-il seulement encore une sentinelle qui veille sur nous à l’aube de notre disparition ?

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