Catégorie : journal

  • Les choses iront mieux

    Il est toujours intéressant d’aller voir ailleurs comment se font les choses. Warren Ellis est scénariste et romancier. Il publie chaque semaine une lettre d’information (en anglais), donne des conférences, et s’interroge inlassablement sur son métier. Dans sa dernière lettre, il revient sur ce que les anglo-saxons appellent la « small press », ce qu’on nomme ici l’auto-édition. En voici quelques extraits qui, à mon sens, font écho à nos propres préoccupations d’auteurs en France : écrivain hybride ou autoédité, financement participatif, etc.

    Warren Ellis. Photograph by Ellen J Rogers.

    Les choses pourraient aller mieux. Et les choses iront mieux. Vues depuis la grotte isolée où je vis en ermite, les choses vont plutôt bien.

    Quand j’étais jeune garçon, nous passions nos journées à esquiver les dinosaures et à sécher de la chair de mouette en prévision des hivers rigoureux. Il y avait des fanzines : stripzines et mini-comics, réalisés avec des photocopieuses ou des duplicateurs à pochoir Gestetner. Ils étaient expédiés par la poste ou vendus sur des tables lors de conventions de comics. (…) Des gens venaient de partout pour occuper un peu de place sur cette table. Et le marché de ce qu’on appelle ici « la petite presse », l’auto-édition, est toujours d’actualité — à Londres, il y a une foire à Shoreditch, une grande salle remplie de petits éditeurs et d’auteurs autoédités. J’aime le fait que ça continue. Et les livres ont fière allure.

    Le numérique n’a pas fonctionné comme prévu. Je connaissais des Américains aux États-Unis dont la librairie de bandes dessinées la plus proche se trouvait à 12 heures de route. Le numérique aurait dû combler le fossé pour beaucoup de gens. Mais le numérique a été ralenti par d’étranges obstacles technologiques et commerciaux. (…) Aujourd’hui le numérique est un système secondaire pour éditer la bande dessinée.

    Mais regardez les webcomics ! Les webcomics sont devenus la petite presse mondiale.

    Il y avait un grand fossé entre la fin de la vieille scène des minicomics et la production simple de webcomics. Et ce fut une période terrible. Je me souviens d’une citation d’un comédien américain appelé George Burns, quand ont fermé tous les lieux anciens où on produisait du vaudeville. Il a dit : « Désormais, les enfants n’ont plus d’endroit où aller et être mauvais sur scène. » Parce que la plupart des gens qui font des webcomics sont mauvais. Vos premiers comics sont toujours mauvais. Je suis toujours mauvais et je suis vieux de plusieurs milliers d’années. Mais vous vous améliorez en étant publié. Et aujourd’hui, vous pouvez remplacer « publié » par « téléchargé » ou « posté ». Vous ne pouvez pas voir votre travail correctement tant que vous ne le mettez pas à une certaine distance de vous. Sur papier ou sur un écran. Vous ne verrez pas ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas tant que ce n’est pas devant vous. Et vos erreurs ont plus de valeur que vos succès. Je vous garantis que vous ne verrez jamais tout ce que vous devriez corriger tant qu’il n’y a pas 25 ou 50 centimètres entre vous et votre travail.

    (…) Oh, et pour des raisons d’exhaustivité, je me dois d’ajouter que les systèmes de microfinancement et de micromécénat comme Patreon permettent de soutenir de nombreux travaux intéressants, des livres magnifiques et souvent expérimentaux, ainsi que des voix créatives précieuses.
    L’autoédition a toujours été importante pour la bande dessinée.
    — Warren Ellis

  • Ma vie d’auteur

    « Construire une ville avec des mots », tel était le leitmotiv de l’atelier d’écriture proposé par François Bon tout l’été. Ces derniers jours j’ai pu me perdre et dériver dans la ville ainsi construite, en rédigeant le texte répondant à l’ultime proposition de François. Quel voyage ! Un voyage qui aussi vient nourrir un projet sur lequel je travaille depuis de longs mois, qui trouve là matière à avancer dans de nouvelles directions.
    L’atelier devrait déboucher prochainement sur un livre collectif. C’est là toute la beauté de cette aventure : chacun des participants a créé sa ville, et si nous lisions à mesure que nous avancions les textes des uns et des autres, piochant un peu au hasard, il n’était pas vraiment possible de tout lire (140 contributeurs, je crois !). Les textes en réponse à la dernière proposition ne seront pas mis en ligne, mais formeront le livre imprimé à venir prochainement : ainsi, les villes se fondront en une ville-monde, les récits se feront échos les uns aux autres. Une belle promesse, et une extraordinaire aventure pour tous ceux qui s’y sont risqués !

    Dimanche dernier, j’étais en dédicace sur un salon. Le genre de trucs que je connais bien du point de vue du libraire, mais qui reste une nouveauté pour moi en tant qu’auteur, et ce fut somme toute très agréable. De belles rencontres, de beaux échanges. On notera sur la photo ci-après la présence du Paysan de Paris d’Aragon sur ma table. Un livre totem pour l’atelier de François, et la présence d’Aragon toujours plus prégnante dans ma vie depuis 3 ou 4 ans.

  • 2′ 35″ pour un manifeste rock

    « Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l’ai trouvée amère. − Et je l’ai injuriée. »
    Rimbaud

    Qu’est-ce que le rock ? Le rock, fondamentalement, c’est l’enfance privée d’innocence. Un regard de garnements sur un monde d’adultes fait de faux-semblants et d’hypocrisie. « L’insulte aux nantis d’une poignée de beaux gosses blancs aimant la musique noire », disait Yves Adrien.

    Awopbopaloobop alopbamboom !

    Basse, guitare, batterie : la Sainte Trinité, une explosion, la vie qui dévie soudain à cause de la musique ; la sortie de route qui vous conduit sur le wild side, le chemin de traverse, la grand-route. L’appel du large, irrésistible.
    La vie marquée au fer rouge du rockandroll, les pulsions adolescentes si fortes qu’elles ne vous quittent plus ; des pulsions qui s’incarnent bientôt en un idéal qui vous transcende ; c’est la prise de conscience que le monde qu’on cherche à nous vendre n’est pas le bon. « La vraie vie est ailleurs » : Rimbaud est rock, certainement.

    Si le rock est une explosion incandescente, comme la lave il finit par refroidir et se figer. Le rock devient roc, un monolithe impressionnant et sans danger. Ou plutôt, qui présente justement le risque de l’idolâtrie. C’est pourquoi l’écriture rock, si une telle chose existe, et, quel que soit son sujet, doit puiser à la source, revenir à l’origine du monde, la pulsion première, primaire, l’énergie brute des débuts.

    Awopbopaloobop alopbamboom ! Be-bop-a-lula she’s my baby doll, my baby doll, my baby doll.

    Il y a dans le rock quelque chose de tribal, une incandescence hypnotique, une forme de poésie primaire, mystique. Au commencement était la Parole et la parole s’est faite chair : le rock est d’abord une parole sexuée.
    Alors, publie.rock, c’est l’appropriation du champ rock par la littérature ?
    En tout cas pas des hagiographies, mais des tranches de vie traversées par une pulsion électrique, marquées par une musique, une esthétique, tout en s’attachant à suivre le conseil d’Yves Adrien (encore lui) : « Se méfier. De la nostalgie qui frappe et gagne à tous les coups. Des légendes dont on cimente les cultes et religions. »

    Et toujours tirer la langue à la société.


    Depuis 2018, je dirige la collection publie.rock. C’est pour cerner l’essence et le devenir de cette collection j’ai écrit ce petit manifeste rock.

    Le prochain opus de la collection, signé Benoît Vincent : Un de ces jours – Pink Floyd, une fiction, paraîtra le 21 novembre prochain, en même temps que la réédition de Local Héros – Dire Straits, une fiction.

    Et pour tirer la langue à la société,
    nous recherchons des textes…
    Vous avez écrit un texte qui vous semble correspondre à cette collection ? Contactez-nous à editorial[at]publie.net, avec en objet : POUR COLLECTION PUBLIE.ROCK.

    • joindre votre document, de préférence sous format Word, ODT ou RTF ;
    • joindre photographies, sons, tout autre accompagnement du texte, si besoin est — par WeTransfer, Hightail, Dropbox par exemple ;
    • nous joindre court historique, expliquant le projet et sa genèse ;
    • les projets ancrés web et créations transmedia nous intéressent tout particulièrement ;
    • nous publions dorénavant et systématiquement aux formats papier et numérique ;
    • nos délais de réponse sont généralement de 3 mois minimum. Nous vous remercions pour votre patience et votre compréhension.

      Découvrez la collection

                

  • inspiration

    Parfois je me réveille au milieu de la nuit et j’ouvre un livre de Matisse, Cézanne ou Sôatsu… » — Saul Leiter

    Snow, New York, circa 1960 © Saul Leiter / courtesy Howard Greenberg Gallery, New York