
Photo journal | La ville, la nuit : le Shore Hotel, Santa Monica, Californie, le 6 août 2018.
Il n’y a aucune règle pour une bonne photographie, il y a seulement de bonnes photographies – Ansel Adams
J’ai toujours un appareil photographique sur moi. Pour fixer les détails les plus infimes du quotidien. Je règle l’exposition en quelques secondes, en fonction du sujet : la vitesse plus ou moins rapide de l’obturateur, l’ouverture plus ou moins grande du diaphragme et la sensibilité ISO, toujours la plus basse possible. Le doigt relâche le déclencheur, je suis déjà passé à autre chose. Plus tard, je retrouve des instants volés, à peine entr’aperçus, que je peux désormais explorer à loisir. Voler du temps au temps, c’est ça, la photographie.
J’ai dit les trois points auxquels il faut être attentif lorsqu’on prend une photo, mais combien de photos ratées pour une photographie réussie ? Une sur trente-six ? Deux ou trois par planche contact ? Le photographe est un animal solitaire qui se confronte seul à ses échecs.
À force de prendre des photographies, les réglages nécessaires deviennent des automatismes, et l’appareil du photographe un objet abstrait, purement utilitaire. Un rectángulo en la mano, disait Sergio Larrain. À ce moment, il est possible de rêver les photographies sans avoir à les prendre. À ce stade, la photographie est un art zen. Une méditation.
J’ai dit les règles d’expositions. J’ai dit la solitude du photographe. J’ai dit le rêve éveillé. Mais je n’ai rien dit de la lumière.
Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « En 4000 mots, construction d’une nouvelle » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
(et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

Extraits de mon journal, semaine 49 de 2018 :
Alors que je suis à la peine, assis devant l’écran blanc de mon ordinateur, je suis fasciné par la puissance de feu de Simenon. En 1953, 6 livres. Et tout sans boursouflure, c’est fluide et c’est beau. Crouzet parle de Joyce Carol Oates dans sa dernière lettre de Floride. Je suis fasciné par ces auteurs avec une telle puissance de feu. Sans doute que l’écriture est une fuite en avant. Écrire sans se retourner, la politique de la terre brûlée, ou plutôt, de la page noircie. Avaler le monde. « La fluidité est suspicieuse. » écrit encore Crouzet, peut-être, mais quand c’est sous la plume de Simenon, je pense qu’il n’y a plus d’artifice, juste du savoir-faire. Du grand art.
(…) J’attends un nouvel objectif pour mon appareil photo. Rien de mirobolant, un 35mm f2/8. Compact. Bon marché, de bonne facture, à en croire les différents tests. Discret, fait pour se fondre dans la foule. Rien qui attire l’oeil, idéal pour moi. Transporteur bloqué depuis deux jours. J’attends sans impatience. La photo est de toute façon l’école de la patience. Un satori.
Deux ans que j’attends, pourrais-je dire : je tourne depuis longtemps autour d’un 35mm, réflexion longuement mûrie.
Le 35mm a fini par arriver un peu avant Noël. Il semble tenir toutes ses promesses. Les pages virtuelles du traitement de texte se remplissent peu à peu. Les idées fusent, les projets s’accumulent, qu’il faudra bien trier et prioriser. Pour l’heure, le simple plaisir du reset lié au calendrier.
Objectifs pour 2019 : Avaler le monde. Écrire sans artifice.
Bonne année à tous !
Photo : Montpellier, un peu avant 8h, le 21 décembre 2018.