Catégorie : journal

  • En 2019, avaler le monde

    Extraits de mon journal, semaine 49 de 2018 :

    Alors que je suis à la peine, assis devant l’écran blanc de mon ordinateur, je suis fasciné par la puissance de feu de Simenon. En 1953, 6 livres. Et tout sans boursouflure, c’est fluide et c’est beau. Crouzet parle de Joyce Carol Oates dans sa dernière lettre de Floride. Je suis fasciné par ces auteurs avec une telle puissance de feu. Sans doute que l’écriture est une fuite en avant. Écrire sans se retourner, la politique de la terre brûlée, ou plutôt, de la page noircie. Avaler le monde. « La fluidité est suspicieuse. » écrit encore Crouzet, peut-être, mais quand c’est sous la plume de Simenon, je pense qu’il n’y a plus d’artifice, juste du savoir-faire. Du grand art.

    (…) J’attends un nouvel objectif pour mon appareil photo. Rien de mirobolant, un 35mm f2/8. Compact. Bon marché, de bonne facture, à en croire les différents tests. Discret, fait pour se fondre dans la foule. Rien qui attire l’oeil, idéal pour moi. Transporteur bloqué depuis deux jours. J’attends sans impatience. La photo est de toute façon l’école de la patience. Un satori.
    Deux ans que j’attends, pourrais-je dire : je tourne depuis longtemps autour d’un 35mm, réflexion longuement mûrie.

    Le 35mm a fini par arriver un peu avant Noël. Il semble tenir toutes ses promesses. Les pages virtuelles du traitement de texte se remplissent peu à peu. Les idées fusent, les projets s’accumulent, qu’il faudra bien trier et prioriser. Pour l’heure, le simple plaisir du reset lié au calendrier.

    Objectifs pour 2019 : Avaler le monde. Écrire sans artifice.
    Bonne année à tous !


    Photo : Montpellier, un peu avant 8h, le 21 décembre 2018.

  • Street life


    Photo journal  : Montpellier, le 29 décembre 2018

  • le désir d’une ville

     

    On a parfois le désir d’une ville. D’autre fois, cette ville paraît désespérée au point de nous en éloigner. Quand on traverse le désert en voiture, il y a toujours dans le lointain, posée sur l’horizon, un point précis, lieu fantasmé, qu’on devine sans jamais le rejoindre. Je roule depuis des heures. Ma tête est lourde : ici, les ciels d’été sont un enfer. Il me semble soudain me souvenir d’une femme que j’avais oubliée, du vent dans ses cheveux. Peut-être que je l’invente. Là, dans cette ville au loin, me dis-je, je pourrais m’arrêter. Là-bas, cette femme que j’invente peut-être, peut-être qu’elle m’attend. Lorsque je quitte enfin la route, le soir a fini par tomber. Dehors, des gens dansent dans les lumières scintillantes de la nuit. Ils dansent jusqu’au réveil des morts. Je les regarde faire, et je laisse faire le temps.


    Le bref texte ci-dessus est extrait du roman en cours d’écriture.
    Les photographies ont été prises, le 10 août 2018 pour la première, quelque part entre Kingman et Flagstaff, dans l’Arizona, et à New York, quelques jours plus tard, le 18 août 2018 pour la seconde.

  • Coney Island Baby


     

    Aww, but remember that the city is a funny place
    Something like a circus or a sewer
    And just remember different people have peculiar tastes
    And the glory of love
    The glory of love
    The glory of love might see you through

    — Lou Reed, « Coney Island Baby »


    Photo : Coney Island, New York, août 2018.