Catégorie : journal

  • Une halte au Motel Valparaiso

    J’ai eu le grand plaisir de m’entretenir avec Marc Ossorguine, à propos de mon livre Motel Valparaiso, dans le cadre de l’émission Auberge espagnole, diffusée lundi dernier sur Divergence FM. Vous pouvez réécouter l’enregistrement ci-dessous, ou ici, sur le site de la radio.

  • Emmanuel Villin — La fugue thérémine (éditions Asphalte)

    Voilà un livre comme on les aime : érudit, drôle et jamais ennuyeux. Un récit dans l’esprit des biographies romancées d’Echenoz (un modèle), dont Emmanuel Villin, avec un style qui n’appartient qu’à lui, sait habilement se démarquer.
    Ce roman, c’est l’histoire d’un ingénieur russe, Léon Thérémine, timide et fantasque inventeur en 1919, du premier instrument électronique, le thérémine.
    Lenine, impressionné par l’engin, en commande 600 exemplaires et envoie son créateur en tournée en Europe et aux États-Unis, avec pour mission de convaincre le monde de la supériorité du génie soviétique.
    Mais l’époque n’est pas propice aux inventeurs fantasques et notre Léon, dépassé par le succès, fidèle à ses idéaux communistes et pourtant incapable de résister au charme de l’Amérique, est rapatrié manu militari en Russie. Il est enfermé dans un camp plusieurs années, puis plus ou moins réhabilité, consacre le reste de sa vie à élaborer divers outils d’espionnage forts appréciés de sa hiérarchie.
    Un livre à l’écriture enlevée, mordante, qui nous entraine sans temps morts de Moscou à New York, de la Sibérie à la Californie… et jusque sur la lune !

    *L’éthérophone, bientôt rebaptisé thérémine, est un boîtier équipé de deux antennes émettant un champ électromagnétique qui, sous l’effet des variations de l’air provoquées par les mouvements des mains du musicien, génère des notes éthérées. (D’abord associé à la musique contemporaine, il connaîtra un regain de popularité en devenant indissociable des bandes sons des films de SF des années 50 et 60 : pensez par exemple au générique de Star Trek !)


  • L’élément essentiel du récit

    That, right there, is the vital takeaway: having the tapestry of your story fully aligned with the ending. No matter what you want your ending to provide your audience with—meaning, revelation, or something else—it has to work in perfect concert with the everything that’s come before. That’s why something like Lost and its ending doesn’t work; it spent countless hours building and teasing mystery upon mystery upon mystery, only to, in the final hour, abandon those mysteries and claim that the show was all about character. Yes, the show had remarkable characters, but satisfying just that part of the tapestry left so much of the show’s beating heart unfulfilled.* — Michael Moreci

    Je fais partie des quelques personnes qui ont aimé Lost de bout en bout, mais Moreci a tout de même raison. Les scénaristes ont trahi l’attente des spectateurs, et créé du ressentiment — ce que tout auteur de fiction se doit d’éviter !


    * C’est là le point essentiel à retenir : avoir la tapisserie (le déroulé) de votre histoire entièrement alignée avec la fin. Peu importe ce que vous voulez que votre fin fournisse à votre public — du sens, une révélation ou autre chose —, elle doit fonctionner en parfaite harmonie avec tout ce qui l’a précédée. C’est pourquoi la conclusion de Lost ne fonctionne pas. D’innombrables heures ont été consacrées à construire et empiler mystère sur mystère, pour, au dernier moment, abandonner ces mystères et affirmer que la série était uniquement consacrée aux personnages. Oui, la série mettait en scène des personnages remarquables, mais satisfaire uniquement cet aspect de l’histoire laissait inachevée une partie de ce qui était au cœur du projet.

  • Vivons-nous déjà dans le métavers ?

    Je suis retombé hier dans mon journal sur ces notes, qui un an après, me semblent toujours d’actualité (et d’une cruelle ironie envers moi-même, alors que j’écris en ce moment un récit dystopique).

    Blade Runner (1982)

    Crypto people say they’re building it. Gamers might already be living in it. The art world is cashing in on it. Web veterans are trying to save it. But what is it?

    (New York Times, juillet 2021)

    Une chose à laquelle je pense ces derniers jours (déjà entendue formulée ailleurs) : depuis des dizaines d’années, nous vénérons une vision dystopique du futur, et Blade Runner par exemple, plutôt qu’une mise en garde nous apparaît comme la représentation d’un monde hyper connecté fascinant. La menace écologique pourtant décrite dans le film ne nous a jamais vraiment effrayés, perçue simplement comme un élément de ce monde, une ambiance presque cool. Du coup, c’est comme si, inconsciemment, séduit par une ambiance, une imagerie, nous avons délibérément ignoré la mise en garde et au contraire tout fait pour faire advenir cette nouvelle réalité.

    La confirmation de plus en plus tangible du réchauffement climatique nous amènera-t-elle à imaginer enfin un futur utopique ?

    À en croire l’article cité ci-dessus, nous sommes plutôt partis pour une fuite en avant dans la réalité virtuelle :

    Speaking to CNET in May, Mark Zuckerberg shared his own Facebook-centric view: “We want to get as many people as possible to be able to experience virtual reality and be able to jump into the metaverse and to have these social experiences within that,” he said, referring to the company’s experimental virtual reality environment, Horizon, which he hopes people will explore using Facebook’s Oculus headsets.

    Néanmoins, à la fois une bonne et une mauvaise chose, le métavers est encore loin d’être une réalité :

    Hopes and assurances from tech executives are nice, but private platforms are private platforms. “Right now, I can create an avatar, but I can’t jump from one world to the next,” Ms. Heyning said, describing a concept known as “interoperability.” The metaverse, in her view, isn’t a single firm or organization’s product or space, or even all of them together —  it’s the way they’re connected.