Catégorie : journal

  • Rien Que Du Bruit #76

    En apprenant la mort de Paul Auster il y a quelques jours, j’ai aussitôt repensé à ce livre, Le Diable par la queue, que j’avais lu… aux environs de la trentaine, mon mariage battait de l’aile, je n’avais rien publié et j’étais également accablé de problèmes d’argent. Évidemment, je m’y suis projeté, et j’y ai trouvé la force de garder foi, malgré tout, en ma bonne étoile. Un jour viendrait… qui est venu, finalement, une dizaine d’années plus tard.

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    📩 Rien Que Du Bruit

    Une lettre électronique mensuelle : littératures, photographie, internet et divagations.

  • « Le cœur vibrant de ce qui faisait les autres »

    Je lis tous les jours mon Daylog, et ces phrases qui pourraient être de moi et pourtant ne le sont pas. Elles me disent ce que je ne dois plus écrire, sans me dire ce que je dois écrire. Pourquoi je devrais écrire ? Parce que sinon je me sens mal, inaccompli, incomplet. Écrire pour me compléter, pour tenter de vivre cette époque d’effondrement dans le vertige (…)Drôle de sensation de revenir à celui que j’étais. Je me trouve plus intense qu’aujourd’hui, surtout plus énigmatique. Envie de renouveler l’expérience, mais peur qu’elle stimule ma nostalgie latente. Ai-je quelque chose à m’apprendre ? Parce que cet autre, ce n’est plus moi depuis longtemps. Parce que ces textes ne sont plus réellement de moi. (Thierry Crouzet — carnet d’avril 2024)


    Thierry Crouzet, pour se trouver, à la fois interroge celui qu’il a été en relisant ses vieux carnets, et laisse une I.A. gavée de ses écrits rédiger à sa place un journal de bord quotidien.

    Le Crouzet d’il y a vingt ans, « cet autre (qui) n’est plus moi depuis longtemps » se confronte au Crouzet virtuel, qui « produit ces phrases qui pourraient être de moi et pourtant ne le sont pas. »

    Où se trouve alors, non pas le vrai, mais le Thierry Crouzet d’aujourd’hui ? Sans doute dans ses carnets de route : « Le journal est presque le seul endroit littéraire où je peux être moi-même sans qu’on puisse m’accuser de participer à la grande gabegie (…) Je ne suis jamais aussi libre qu’ici, aussi libre que sur un chemin par un beau soleil d’avril, avant qu’il ne devienne brûlant. Le journal ne prétend à rien d’autre qu’à la liberté, et peut-être que si je le gardais pour moi-même j’y serais encore plus libre, mais sans doute aussi trop complaisant. Je pourrais tout dire, par exemple ce que je serai tenté de dire en cet instant et que je garde pour moi, mais qui néanmoins me traverse et c’est presque comme si je le disais. »

    Je ne peux que vous encourager à le lire, si ce n’est pas déjà le cas.

  • Tâcher d’être meilleur que soi-même

    Tâcher d’être meilleur que soi-même

    Photo : Centre Pompidou, Paris, 2016. © P. Castelneau

    Le romancier ne doit jamais être satisfait de ce qu’il écrit. Ce n’est jamais aussi bon que ce pourrait être. Il faut toujours rêver de viser plus haut qu’on ne le fait. Ne pas se préoccuper d’être meilleur que ses contemporains ou ses prédécesseurs. Tâcher d’être meilleur que soi-même.

    (William Faulkner, cité par Jean-Philippe Toussaint)

  • Enfance

    Enfance

    La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste. — Victor Hugo

    Il pleut ce matin, et je tombe par hasard en ligne sur une reproduction de ce tableau de Gustave Caillebotte, l’Yerres sous la pluie, peint en 1875, qui me ramène aussitôt à mon enfance.

    J’ai grandi à Yerres, non loin de là où Caillebotte peignait, non loin de cette rivière. La ville a racheté en 1973 la propriété que l’artiste occupait, pour l’ouvrir au public. Je me souviens des heures passées dans le parc de onze hectares, à jouer l’explorateur le long des berges alors encore sauvages. En 1975, assez peu entretenues, elles avaient sensiblement le même aspect qu’un siècle plus tôt.

    Le dimanche après-midi, avec mon père, nous allions le plus souvent faire de grandes balades dans la forêt de l’Arc boisé au-dessus de chez nous, mais certaines fois, nous nous promenions longuement dans le parc, tous les deux. Je pense souvent à lui, à nos habitudes d’autrefois…

    Gustave Caillebotte. L’Yerres, pluie (1875). Musée d’Art de l’université de l’Indiana, Bloomington.

    Ma chambre était au-dessus de la cuisine, et chaque matin, dans un demi-sommeil, j’entendais papa qui à 7 h allumait le petit transistor de Bakélite posé sur la table en Formica, avant de mettre une casserole d’eau à chauffer sur la gazinière.

    Je m’enfouissais alors sous les draps, la tête enroulée dans le traversin. Je devinais le pas trainant de mon père tandis qu’il montait l’escalier. Je feignais de dormir encore. Il s’approchait du lit, attrapait l’oreiller d’une main qu’il tirait d’un coup sec avant de le laisser retomber lourdement sur ma figure.

    « Allez, debout, c’est l’heure ! », disait-il en s’éloignant, faisant mine de ne pas entendre mes protestations. En vérité, je souriais à la répétition de notre petit rituel quotidien, et je crois bien qu’il souriait aussi, alors que déjà il était redescendu.

    Quand je le rejoignais quelques minutes plus tard, un thé brûlant m’attendait et mon géniteur était en train de beurrer mes biscottes. Nous déjeunions ensemble, écoutant en silence les dernières informations à la radio, que parfois il commentait brièvement, d’un lapidaire « quelle merde ! ».