Catégorie : lecture

  • Le Prix Hors Concours 2021 attribué à Timothée Demeillers

    Depuis 2016, le prix Hors Concours s’attache à récompenser un ouvrage francophone reflétant la diversité éditoriale. Construit sur le modèle des grands prix littéraires, il est ouvert aux éditeurs indépendants dont le siège est en France.

    Comme le précise Livre-hebdo, « la pré-sélection se fait par 400 lecteurs (acteurs du livres, lecteurs de l’Institut Français, professeurs de français, animateurs de cercles de lecture…). Leur avis s’appuie sur la lecture des extraits du catalogue. Après la découverte des cinq oeuvres dans leur intégralité, ils attribueront leur mention spéciale.
     Le lauréat, quant à lui, est désigné par le jury des journalistes : Stéphanie Khayat (Télématin), David Medioni (Ernest !), Ilana Moryoussef (France Inter), Isabelle Motrot (Causette) et Inès de La Motte Saint-Pierre (La Grande Librairie). »

    Cette année, le prix est attribué à Demain la brume de Timothée Demeillers (Asphalte). Le prix des lecteurs est décerné à Ultramarins de Mariette Navarro (Quidam).

    Revoici, pour l’occasion, mon retour de lecture sur le livre de Thimothée Demeillers, publié en août 2020, au moment où sortait le livre :

    Nous sommes au début des années 90, et la Yougoslavie est sur le point d’exploser, provoquant ce qu’on croyait désormais impossible : une guerre terrible et fratricide, au cœur même de l’Europe. 

    Deux histoires parallèles rythment le récit : une punkette, Katia, lycéenne à Nevers, tombe amoureuse de Pierre-Yves en qui elle voit un modèle, avant que celui-ci ne se radicalise ; à Zagreb, trois amis, deux garçons et une fille, Damir, Jimmy et Nada. Les garçons forment un groupe de rock dont le premier succès enflamme la jeunesse yougoslave. On croit ces trois-là inséparables, c’est compter sans la guerre.

    Demain la brume est un livre extrêmement bien documenté, sans que ce soit jamais pesant. L’auteur rend très bien l’air du temps de l’époque, et nous rappelle que rien n’est jamais noir ou blanc : le mal, les instincts les plus vils, étaient dans les deux camps.

    Mais Demain la brume est également un beau livre sur l’adolescence, l’amitié, les premières amours, le passage précipité à l’âge adulte d’une génération dont les idéaux s’écroulent lorsqu’elle se prend de plein fouet le mur de l’histoire.

    Un livre, enfin, qui nous alerte et souligne combien nos démocraties sont fragiles, aujourd’hui tout autant qu’hier. 

  • Martín Mucha — Tes yeux dans une ville grise (Éd. Asphalte)

    Oubliez l’image de cartes postales que vous pourriez avoir du Pérou. Les costumes traditionnels, les bonnets péruviens et les joueurs de flute de pan.
    Martín Mucha vous embarque à bord de vieux bus déglingués ou de combi à bout de souffle recyclés en transports publics, à la suite de Jeremías, un étudiant qui traverse chaque jour Lima pour se rendre à ses cours.
    Désabusé, lucide, il raconte les lâchetés, les violences, l’absence de révolte, aussi, face aux injustices toujours plus grandes. Il dit la corruption, qu’ici on accepte comme une fatalité, l’innocence qui lorsqu’elle se manifeste est aussitôt salie, bafouée. En chemin, il se souvient de son enfance, il évoque ses amis, les filles, qu’il voudrait, mais n’arrive pas à aimer, la ville — la ville surtout : Lima, personnage à part entière, figure schizophrène coupée en deux par un mur que personne ne semble voir, qui pourtant sépare la misère la plus grande de quartiers insolemment riches, où une élite vit dans l’opulence la plus crasse.

    Des chapitres courts, durs, un style affuté et fragmentaire, « tes yeux dans une ville grise » est un livre que vous ne lâcherez pas, une lecture dont vous ne sortirez pas indemne.


    Martín Mucha — Tes yeux dans une ville grise (Éd. Asphalte) — 18€

  • Michael Christie — lorsque le dernier arbre (Albin Michel)

    On connaissait Michael Christie pour ses nouvelles. Avec « Lorsque le dernier arbre », il se révèle un formidable conteur, à travers un récit de plus de 600 pages, qui nous entraine à rebours, depuis un futur proche ravagé par le réchauffement climatique, jusqu’aux années 1930 de la grande dépression. Roman choral aux personnages forts, parfois extrêmes — des femmes et des hommes malmenés par la vie et qui s’accrochent tant bien que mal à ce qui leur est donné pour trouver un sens à leurs existences dans ce monde déraisonnable — ; fresque familiale, récit d’anticipation, roman historique tout à la fois, ce livre est aussi un magnifique plaidoyer pour la préservation de nos forêts.


    Michael Christie — Lorsque le dernier arbre (Albin Michel) — 22,90€

  • Villa Wexler – Jean-François Dupont (Éditions Asphalte)

    Années 90. Les Wexler s’installent dans une belle villa nichée à flanc de montagne, à l’orée d’une forêt. Les enfants fascinent ceux qui les côtoient ; le père, professeur de français au lycée, envoûte ses élèves — trouble les jeunes filles. Il propose à sa classe de tourner un film en forêt, près de la maison. Et tout bascule…
    Vingt ans plus tard, Mathias revient sur les lieux de son adolescence. Il cherche à percer le mystère qui continue d’entourer la villa et ses anciens locataires, découvrir ce qu’il est advenu de Charlotte, la fille ainée dont il était tombé amoureux fou. Et comprendre pourquoi son amie d’enfance, Aurore, si lumineuse autrefois, est aujourd’hui internée.
    Un roman noir et moite, façon Twin Peaks, tout en délicatesse, porté par une belle écriture.


    Villa Wexler – Jean-François Dupont (Éditions Asphalte) — 208 pages / 18€

    Cet article a paru dans le Midi Libre daté du 29 septembre 2021.