Blueberry, le retour

Voilà bien un projet que je n’attendais pas. Depuis la parution de Dust en 2005 et la mort de Jean Giraud en 2012, la série était pour moi complète et terminée. Seulement, voilà que vient de paraître le premier tome d’un nouveau diptyque, signé Joann Sfar au scénario et Christophe Blain au dessin.

L’album était même prévu pour 2018, mais après 30 pages, Blain avait décidé de tout reprendre à zéro… Pour le meilleur, si on en croit les rares dessins disponibles de la première version. Pas facile, on le comprend, de marcher dans les pas de Charlier et Giraud.

Jean Giraud, est un Dieu, je n’ai même pas essayé de me mesurer. (Christophe Blain)

Pour autant, le résultat est vraiment réussi. J’ai eu, à la lecture de l’album, le sentiment de retrouver un vieil ami perdu de vue. Les deux auteurs ne tombent pas dans l’écueil de faire un « à la manière de », tout au contraire : c’est à la fois un album très personnel de leur part, et un bel hommage à la série et à ses créateurs, et au personnage de Blueberry dont ils reprennent subtilement les codes en les adaptant à leurs styles. Une histoire assez classique, mais qui se lit avec énormément de plaisir.

Les personnages féminins, qui ont les traits de Claudia Cardinale ou de Jeanne Moreau (clin d’œil à Giraud qui utilisait Belmondo comme modèle pour son personnage principal dans les premiers albums de la série), occupent une place prédominante dans l’intrigue, bien dans l’air du temps, sans que ce ne soit jamais forcé.

Personne n’est jamais à la hauteur de rien, on ne se permettrait jamais de se comparer à Charlier ou Giraud, mais nous ne sommes pas là pour les copier. Nous souhaitons faire des albums vivants et pertinents, avec nos moyens. (Joann Sfar)

À l’annonce du projet, les réseaux sociaux ont bruissé de critiques véhémentes, criant au scandale. On ne touche pas à Blueberry. C’est oublier un peu vite que Jean Giraud s’était lui attaqué au Silver Surfer de Marvel, avec brio, sans que personne y trouve à redire. Blueberry est un personnage iconique, qui a fait l’objet d’un film, d’une série dérivée. Pourquoi pas une reprise, quand, comme c’est le cas ici, elle est faite avec respect et, osons le mot : amour. Sfar a de toute façon clarifié la situation, en expliquant que le projet avait été évoqué avec Jean Giraud, qui lui avait demandé un scénario, sans que cela malheureusement se concrétise avant son décès.

Si vous aimez Blueberry tout autant que le côté touche-à-tout que pouvait avoir Giraud-Moebius, je crois que cet album saura vous séduire.

 

Moon Knight — From the dead


Voilà une éternité que je n’ai pas écrit sur les comics. C’est que, tout en gardant une affection particulière pour le genre, je n’en lis plus beaucoup. Seulement, depuis quelques semaines, je suis pris d’une frénésie de rangement et de tri. Une envie de faire le vide, vraiment, pour ne garder que l’essentiel (enfin, l’essentiel, et un petit peu plus que ça, disons).
Bref, des livres remontent à la surface, que j’avais plus ou moins oubliés. Ainsi de ce Moon Knight de 2014, écrit par Warren Ellis et illustré par Declan Shalvey. Calé dans un fauteuil, une tasse de thé brûlant à portée de main tandis que la pluie battait le carreau, je l’ai lu cet après-midi même.

Shalvey n’est pas le genre de dessinateur à en mettre plein les mirettes, mais son style tout en finesse sert très bien le scénario élaboré par Ellis. Rien de renversant ici : Moon Knight est un personnage mineur de l’écurie Marvel, qui eut son quart d’heure de gloire dans les années 80. Une sorte de Batman mâtiné de Doctor Strange, si l’on veut. Pour ce « reboot », Ellis ne s’attarde pas trop à réécrire la genèse du bonhomme, et nous plonge directement dans le feu de l’action, avec six histoires très noires qui peuvent se lire indépendamment.
Ça n’est pas Ellis à son meilleur, mais c’est sacrément intéressant à étudier tout de même. Le scénariste anglais fait montre d’une belle maîtrise de la narration et des dialogues (on m’opposera, non sans raison, qu’Ellis écrit toujours la même histoire, et toujours de la même façon), et surtout de belles idées de mises en page, qui, jamais gratuites, sont toujours au service de l’histoire. Les deuxième et quatrième récits sont, de ce point de vue, de vraies réussites.

Ellis ne s’investit plus depuis longtemps dans les travaux de commande, et celui-là en est un, mais il ne floue jamais son lecteur pour autant. Avec son Moon Knight, il nous offre un moment de lecture agréable et intelligent, qui vaut moins pour le récit lui-même que pour sa construction.


Mais au fait, ça parle de quoi, ce Moon Knight ? Pour les plus curieux, la présentation, tout en finesse, qu’en fait l’éditeur :

Marc Spector is Moon Knight! Or is he? It’s hard to tell these days, especially when New York’s wildest vigilante protects the street with two-fisted justice and three – that’s right, count ’em – three different personalities! But even with the mystical force of Egyptian moongod Khonshu fueling his crusade, how does the night’s greatest detective save a city that’s as twisted as he is? The road to victory is going to hurt. A lot. Be here as Moon Knight punches ghosts(!), investigates a sleep experiment that’s driving its patients insane, travels to the mushroom graveyard planet(!!), and takes on twenty mob enforcers to save an abductee…alone. Marvel’s most mind-bending adventure begins now as Moon Knight sleuths his way to the rotten core of New York’s most bizarre mysteries!