Auteur : Philippe Castelneau

  • trois figures


    Londres, Tate modern, janvier 2018

  • Écrire-film #03 | « Comment j’ai fait »

    Écrire, pour quoi faire ? Pour qui ? Pour soi ? Pour dire quoi ? Pourquoi écrire, si on n’a rien à dire ; si on ne sait pas à qui on parle. On ne parle pas à soi. On n’écrit pas pour soi. Je n’écris pas pour moi, non. J’écris parce que c’est plus fort que moi, peut-être. Un jour, il y a des années de ça, j’ai voulu ne plus écrire. J’ai ouvert mes tiroirs, j’ai vu les carnets noircis d’une écriture serrée que je n’arrivais plus à déchiffrer. J’ai lu des notes que je ne comprenais plus ; celui qui les avait écrites avait fait un pari sur l’avenir, il pariait sur moi, mais le temps est passé trop vite et l’avenir s’est soudain rétréci. Je ne savais plus ce qu’il voulait me dire. Il écrivait animé d’un pressentiment joyeux, certain que je saurai plus tard dérouler sa pensée. Je ne comprenais rien, je ne me reconnaissais plus en ce jeune homme si confiant en la vie, mais c’est lui qui avait raison, je le savais, et moi qui m’étais égaré. Pourtant, j’ai voulu oublier, tourner la page, en quelque sorte. Je n’ai pas jeté les carnets, non, mais je les ai rangés loin du bureau, dans des cartons entreposés dans un coin du garage. Un poids en moins. Je me sentais léger. Tellement léger, bientôt, que je ne me sentais plus. À virevolter en tous sens, on perd le sens de sa vie. Je croyais m’être perdu, avant, m’être fourvoyé dans mon obstination à écrire envers et contre tout, je me perdais maintenant à ne plus vouloir rien écrire. À vouloir simplement vivre, j’avais le sentiment de vivre pour rien. Écrire pour quoi faire ? J’ai repris un carnet, un stylo. J’ai repris l’écriture. Écrire pour donner un sens au chaos. Le chaos intime : les terreurs héritées de l’enfance, les larmes ravalées, les peines et les blessures qui sont autant de coups portés pour vous faire vaciller. Les mots jetés sur le papier étaient des pansements sur les plaies. Des mots pour avancer. Il me fallait écrire. Réapprendre à marcher. J’ai retrouvé il y a quelques mois les carnets. J’ai patiemment reporté sur mon traitement de texte des fragments et des notes. Je ne savais plus ce que ça voulait dire, mais j’ai repris confiance. Je les ai agencés pour construire autre chose. Un puzzle, en quelque sorte, dont je dessine aujourd’hui toutes les pièces manquantes. Sans doute que ça fera un livre. J’ai posé près de moi la photo du jeune homme qui autrefois noircissait des carnets. Il sourit, un peu dubitatif. C’est qu’il me connaît bien. Il me connaît mieux que je ne me connais moi-même. Pourquoi écrire ? Pour qui ? Pour dire quoi ? Écris, il me dit. De toute façon, tu ne sais rien faire d’autre. Alors, écris. Et j’écris.


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre (et toujours les vidéos sur ses chaines youtube et Vimeo).

  • La tempête

    Mise en son et en image d’un texte écrit il y a plusieurs semaines, qui semblait ne plus vouloir me lâcher.

  • Up late at the office

    Londres, enfin. Départ demain à 16h, mais c’est déjà Londres. L’appel de Londres commençait par une évocation de Tokyo. Étrangement, ce soir en rentrant, c’est Ryuichi Sakamoto que j’écoutais, son nouvel et magnifique album « asynch ». Asynchrone, c’est un peu comme ça que je me sens depuis plusieurs semaines. Sakamoto a écrit son disque après son cancer de la gorge, et la mort plane sur ce disque comme un fantôme avec lequel il vit maintenant en paix :

    Because we don’t know when we will die
    we get to think of life as an inexhaustible well
    Yet everything happens only a certain number of times
    And a very small number really
    How many more times will you remember a certain afternoon of your childhood
    Some afternoon that is so deeply a part of your being that you can’t even conceive your life without it?
    Perhaps four, five times more
    Perhaps not even that
    How many more times will you watch the full moon rise?
    Perhaps 20, and yet it all seems limitless

    Echo personnel… La mort de M. en décembre, à 54 ans. Je viens d’avoir 50 ans. Combien de fois encore je partirai pour Londres ? Quatre, cinq fois encore ? Peut-être même pas ça.
    (journal de voyage, samedi 20 janvier)

     

    J’adore Londres, j’ai dit hier à L.
    C’est normal, elle a dit : regarde autour de toi ; ce pays, cette ville, c’est tout ce que tu aimes. Cette ville, c’est toi.
    (journal de voyage, lundi 22 janvier)


    Photos : Certains soirs à Londres, janvier 2018
    © Philippe Castelneau 2018