Auteur : Philippe Castelneau

  • Le désenchantement – recueil de 16 nouvelles noires et fantastiques

    J’ai depuis l’enfance le goût de la forme courte : la découverte des premiers contes, les récits d’Edgar Poe. Plus tard les nouvelles d’auteurs aussi différents que Nabokov, Raymond Carver ou James Salter. Cortazar, Borges. Kafka ou Henry James. Tant d’autres encore. Une littérature plus libre, toujours foisonnante. Réaliste, mystérieuse ou fantastique. Constamment ouverte, sur le monde et sur l’imaginaire.

    Longtemps que je courrais après l’idée de proposer moi-même sous forme de recueil quelques-uns de mes textes courts. On sait le peu d’appétence des éditeurs et, semble-t-il, du grand public, pour les nouvelles. Certaines revues en proposent, mais elles n’offrent qu’une vision parcellaire du travail d’un auteur. L’auto-édition permet de s’affranchir de ces réserves en donnant à lire un travail autrement invisible, pourtant capital pour celui qui le produit.

    Pour autant, le temps de l’écriture derrière soi, c’est à une tâche d’une infinie rigueur à laquelle il faut s’astreindre pour amener ses textes jusqu’au livre imprimé. Nous disposons aujourd’hui d’outils merveilleux, mais dont l’apprentissage doit bien souvent se faire par tâtonnements. Dans cette découverte, je voudrais ici remercier François Bon pour le travail de défrichage qu’il fait en ce sens depuis tant de temps, et pour l’aide si précieuse qu’il a bien voulu m’apporter dans la mise en forme de ce présent recueil.

    Les seize textes qui constituent ce livre ont été écrits à des moments différents, souvent espacés dans le temps. Noirs ou fantastiques, tour à tour microfictions ou nouvelles, il me semble pourtant, qu’en dépit de leurs différences, ces récits tournent tous autour de la même obsession, relèvent tous du même questionnement : comment vit-on aujourd’hui dans un monde aux repaires fluctuants, quand c’est la loi du marché qui régit jusqu’au plus intime de nos existences ?
    On peut se résigner, au point de perdre ce qui nous reste d’humanité. On peut aussi faire le choix de se battre, avec les seules armes à sa disposition : la littérature et les livres, par exemple. S’émerveiller du monde et vouloir le réenchanter, se prendre pour Don Quichotte, voir des châteaux magiques dans les plus modestes auberges, démasquer les princesses grimées en paysannes, affronter les monstres maléfiques tapis derrière les moulins à vent : passer derrière les apparences, et voir enfin le monde tel qu’il est.

    Le livre coûte 12€, et vous pouvez me l’acheter directement en cliquant ici. Vous avez également la possibilité de le commander .

  • Quatuor à dire

    Le jour, c’est un lieu sans intérêt. Un non-lieu : une route qui part en zigzaguant, un fossé, un domaine à l’abandon envahi par les mauvaises herbes, qui certains soirs fait office de parking sauvage. De l’autre côté de la route, un vrai parking, une salle de spectacle aux murs gris recouverts d’une armature métallique qui s’éclaire les soirs de représentation. Plus loin, un grillage, avant un emplacement dédié au foot amateur. Et le funérarium. La nuit, le parking est désert. Le bâtiment destiné au spectacle est plongé dans le noir. Les ténèbres ont avalé le funérarium. Les terrains de foot sont redevenus des terrains vagues. Lieu vide envahi par les ombres. Il y a un certain vertige à venir se perdre là. Parfois, s’arrêter au feu et regarder alentour. Faire quelques mètres et se garer sur le bas-côté. L’appareil photo à portée de main, attendre le surgissement de quelque chose qui ne viendra pas.

    J’ai menti par omission. À droite de la salle de spectacle, il y a un skate park. Le skate park est fréquenté le jour. J’y accompagne mon fils parfois. Souvent, il vient seul et me rejoint ensuite. Des bus passent toutes les 10mn, il y a un arrêt sur la route qui traverse l’espace entre la salle et le skate park. On ne peut pas tourner à gauche au feu, mais il y a une voie à sens unique qui débouche de la ville toute proche. À droite, la route en zigzag longe un moment l’autoroute, avant de déboucher sur un petit village. Autrefois, m’a-t-on dit, ce village était un havre de paix perdu en pleine campagne, pourtant à peine à vingt minutes de la ville. Aujourd’hui, il est coincé entre l’autoroute et la nouvelle voie de chemin de fer, et il faut moins de dix minutes pour rejoindre la ville.

    Tapie dans les hautes herbes, la nuit surgit quand le jour, fatigué, vient à décliner. Avec la nuit surviennent le mystère et le trouble. La peur parfois. La mort n’est jamais loin. Si on devait croiser quelqu’un ici, à cette heure, il aurait la démarche bancale et les yeux d’un fou ou d’un esprit revenu visiter les vivants.

    Le lieu a été choisi au hasard. Le premier à s’être présenté. Un lieu souvent emprunté sans qu’on y ait consciemment prêté attention. Peut-être pas le meilleur ni le plus propice à l’écriture. Un lieu dont il n’y a objectivement pas grand-chose à dire. Un non-lieu, on l’a dit. Mais l’absence du lieu permet à l’imagination de se dévider. Le lieu vide s’offre comme réceptacle à l’écriture. À partir de ce lieu insignifiant et gris le jour, des terrains vagues, des herbes folles et du béton, on peut écrire une fable périurbaine encrée dans le réel. On peut s’y projeter le soir et en dessiner les marges. Imaginer ici des rencontres, une amitié. Une rixe sanglante sur le parking. La naissance d’une histoire d’amour. Un récit fantastique, hanté par la mort. Le non-lieu est le lieu de tous les possibles, un réservoir des écritures.


    Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « En 4000 mots, construction d’une nouvelle » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
    (et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

  • L’hôtel de la plage


    Photo journal | La ville, la nuit : le Shore Hotel, Santa Monica, Californie, le 6 août 2018.

  • Renversements et variations

    Il n’y a aucune règle pour une bonne photographie, il y a seulement de bonnes photographies – Ansel Adams

    J’ai toujours un appareil photographique sur moi. Pour fixer les détails les plus infimes du quotidien. Je règle l’exposition en quelques secondes, en fonction du sujet : la vitesse plus ou moins rapide de l’obturateur, l’ouverture plus ou moins grande du diaphragme et la sensibilité ISO, toujours la plus basse possible. Le doigt relâche le déclencheur, je suis déjà passé à autre chose. Plus tard, je retrouve des instants volés, à peine entr’aperçus, que je peux désormais explorer à loisir. Voler du temps au temps, c’est ça, la photographie.

    J’ai dit les trois points auxquels il faut être attentif lorsqu’on prend une photo, mais combien de photos ratées pour une photographie réussie ? Une sur trente-six ? Deux ou trois par planche contact ? Le photographe est un animal solitaire qui se confronte seul à ses échecs.

    À force de prendre des photographies, les réglages nécessaires deviennent des automatismes, et l’appareil du photographe un objet abstrait, purement utilitaire. Un rectángulo en la mano, disait Sergio Larrain. À ce moment, il est possible de rêver les photographies sans avoir à les prendre. À ce stade, la photographie est un art zen. Une méditation.

    J’ai dit les règles d’expositions. J’ai dit la solitude du photographe. J’ai dit le rêve éveillé. Mais je n’ai rien dit de la lumière.


    Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « En 4000 mots, construction d’une nouvelle » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
    (et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).