
Dans ma tête, quelque chose s’opère, qui a mis longtemps à venir, qui n’est pas encore tout à fait là. Mais j’y travaille, inconsciemment et consciemment. J’y crois, oui. J’y crois de toutes mes forces, et j’avance, en équilibre.
Deux heures chaque jour à la table d’écriture. Parfois j’écris, effectivement. D’autres fois, je prends des notes. Parfois, des choses s’écrivent sans qu’il soit besoin de poser les mots. Ça viendra ensuite, à condition de rester concentré. Je vais à la salle de sport une ou deux fois par semaine. Une heure et demie, deux heures à chaque fois. Temps pour le corps et l’esprit, repris au quotidien. Un équilibre. Mens sana in corpore sano, comme disait Juvénal !
J’ai failli ne pas prendre mon appareil photographique l’autre jour en allant à Montpellier. Pourtant, j’ai pris pas mal de clichés. Avoir l’appareil avec moi m’oblige, en quelque sorte. Je ne sais pas si elles sont réussies ou intéressantes (par exemple, celle ci-dessus, à la station de lavage, que je mets ici à titre d’exemple). Il vaut mieux laisser décanter, de toute façon. Revenir aux photos bien plus tard, avec un œil neuf, débarrassé du souvenir de la prise de vue, de l’anecdote.
La photo est bien un acte d’amour, primitif, violent, immédiat, pas du tout littéraire (…) L’appareil ne compte pas. C’est vous qui voyez la photo, qui voulez bien vous laisser impressionner ; l’appareil n’est qu’un outil, un bel outil, une espèce de stylo. On pourrait en somme s’en passer, et aussi bien raconter la chose vue : c’est-à-dire faire du bon journalisme écrit, de la littérature, de la poésie parlée, de la télévision, du cinéma.
(Jean-Philippe Charbonnier)
Belle exposition autour du travail de Jean-Philippe Charbonnier au Pavillon Populaire à Montpellier, prolongée jusqu’au 30 août. J’aime beaucoup la phrase recopiée ci-dessus, relevée sur place. « La photo est un acte primitif, pas du tout littéraire », c’est peut-être ça que j’y trouve, un complément à l’écriture ; et dans la pratique des deux, un équilibre.


Pampa, tout juste sorti de l’école de police, est muté dans un petit village tranquille loin de Buenos Aires. Avec son collègue Parra, ils occupent leurs journées à attendre que le temps passe en buvant du maté. Quand on leur signale des braconniers près du lac, Pampa y voit l’occasion de rompre la monotonie des jours. Il ne trouvera pas de braconniers, mais le corps d’une jeune fille assassinée, pendue à un arbre. Plutôt que d’alerter son collègue, il décide d’attendre le retour du tueur, alors que s’annonce une tempête de neige… Roman noir hypnotique et onirique porté par une belle écriture, Je suis l’hiver distille savamment une angoisse sourde et obsédante. Chaque personnage n’est jamais ce qu’il semble être, et c’est la nature et les éléments, omniprésents, qui semblent ici dicter leurs conduites aux hommes.