Auteur : Philippe Castelneau

  • En équilibre

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    Dans ma tête, quelque chose s’opère, qui a mis longtemps à venir, qui n’est pas encore tout à fait là. Mais j’y travaille, inconsciemment et consciemment. J’y crois, oui. J’y crois de toutes mes forces, et j’avance, en équilibre.

    Deux heures chaque jour à la table d’écriture. Parfois j’écris, effectivement. D’autres fois, je prends des notes. Parfois, des choses s’écrivent sans qu’il soit besoin de poser les mots. Ça viendra ensuite, à condition de rester concentré. Je vais à la salle de sport une ou deux fois par semaine. Une heure et demie, deux heures à chaque fois. Temps pour le corps et l’esprit, repris au quotidien. Un équilibre. Mens sana in corpore sano, comme disait Juvénal!


    J’ai failli ne pas prendre mon appareil photographique l’autre jour en allant à Montpellier. Pourtant, j’ai pris pas mal de clichés. Avoir l’appareil avec moi m’oblige, en quelque sorte. Je ne sais pas si elles sont réussies ou intéressantes (par exemple, celle ci-dessus, à la station de lavage, que je mets ici à titre d’exemple). Il vaut mieux laisser décanter, de toute façon. Revenir aux photos bien plus tard, avec un œil neuf, débarrassé du souvenir de la prise de vue, de l’anecdote.

    La photo est bien un acte d’amour, primitif, violent, immédiat, pas du tout littéraire (…) L’appareil ne compte pas. C’est vous qui voyez la photo, qui voulez bien vous laisser impressionner; l’appareil n’est qu’un outil, un bel outil, une espèce de stylo. On pourrait en somme s’en passer, et aussi bien raconter la chose vue : c’est-à-dire faire du bon journalisme écrit, de la littérature, de la poésie parlée, de la télévision, du cinéma.

    (Jean-Philippe Charbonnier)

    Belle exposition autour du travail de Jean-Philippe Charbonnier au Pavillon Populaire à Montpellier, prolongée jusqu’au 30 août. J’aime beaucoup la phrase recopiée ci-dessus, relevée sur place. «La photo est un acte primitif, pas du tout littéraire», c’est peut-être ça que j’y trouve, un complément à l’écriture; et dans la pratique des deux, un équilibre.

  • Agent 928

    Une voiture tout droit sortie de la fin des 70s. Moi, je n’y connais rien en bagnole, et celle-ci n’est pas particulièrement belle, mais elle a un certain charme. Le genre de voiture dans laquelle j’imagine Roger Moore, incarnant James Bond. Je le vois allant sous l’eau avec (je sais, ça n’était pas une Porsche dans ce film-là), ou dévalant à toute blinde une route escarpée, des tueurs engagés à sa suite. L’homme au volant a un certain âge, il y a deux gamins qui jouent à l’arrière. Un James Bond à la retraite, qui promène ses petits enfants. Il roule tranquille. Il me semble qu’il sourit. Sans doute qu’il se remémore ses exploits passés dont les mômes derrière ignorent tout.
    J’ai vérifié plus tard, la voiture est une Porsche 928, qui date de 1977. Au moins pour ça, j’avais vu juste.

  • Zuihitsu

    Zuihitsu (随筆), littéralement « au fil du pinceau ». Genre littéraire japonais classique caractérisé par une prose libre, à la première personne, enregistrant pensées, événements, détails, anecdotes, etc. (Wikipedia)

    Sortir de sa zone de confort, et regarder ailleurs ce qui se fait. Ailleurs, c’est à dire les autres, ses pairs, oui, mais aussi, vraiment, ailleurs : qu’est-ce qui, dans la construction d’une chanson, par exemple, peut vous servir dans l’élaboration d’une nouvelle? Un poème peut-il devenir un roman?

    Ces réflexions semblent laisser Mistinguett, ma chatte, indifférente. À moins qu’elle soit lasse de m’entendre toujours radoter les mêmes choses.

    Zuihitsu : au fil du pinceau. Une photo prise sur le vif est aussi un croquis à main levé. L’appareil photo est un pinceau. Parfois, une photo suffit à enregistrer une idée.

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    (et il y a dedans d’autres photos du chat !  📷🐈 )

     

  • Je suis l’hiver — Ricardo Romero (éditions Asphalte)

    Pampa, tout juste sorti de l’école de police, est muté dans un petit village tranquille loin de Buenos Aires. Avec son collègue Parra, ils occupent leurs journées à attendre que le temps passe en buvant du maté. Quand on leur signale des braconniers près du lac, Pampa y voit l’occasion de rompre la monotonie des jours. Il ne trouvera pas de braconniers, mais le corps d’une jeune fille assassinée, pendue à un arbre. Plutôt que d’alerter son collègue, il décide d’attendre le retour du tueur, alors que s’annonce une tempête de neige… Roman noir hypnotique et onirique porté par une belle écriture, Je suis l’hiver distille savamment une angoisse sourde et obsédante. Chaque personnage n’est jamais ce qu’il semble être, et c’est la nature et les éléments, omniprésents, qui semblent ici dicter leurs conduites aux hommes.


    “Je suis l’hiver” de Ricardo Romero (éditions Asphalte), 203 pages, 21 €.

    Cet article a paru dans le Midi Libre daté du dimanche 5 juillet 2020.