
Auteur : Philippe Castelneau
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MTV Rewind
Vous voulez votre MTV ? Un site pirate remet les vidéos au goût du jour.
Le site web non officiel MTV Rewind a recréé l’époque classique de la chaîne, en rassemblant des milliers de clips. Son développeur affirme qu’il s’agit d’un antidote aux algorithmes. (The New York Times)
À l’heure où, selon la rumeur, la chaîne s’apprêtait à être débranchée1, j’évoquais avec nostalgie le 11 décembre dernier le souvenir de ma découverte de MTV en 1985, au moment où je m’installais pour une année aux USA.
Le 3 janvier, un autre nostalgique répondant au pseudonyme FlexasaurusRex s’est lancé dans une improbable aventure dont le web a encore parfois le secret, en lançant une chaîne pirate, MTV Rewind, un site qui fonctionne comme un simulateur de l’expérience télévisuelle d’antan. Il diffuse en continu une base de données de plus de 30 000 clips vidéo. Pour parfaire la nostalgie, le flux est entrecoupé de publicités et d’habillages visuels d’époque.
Visitant le site ce matin, j’ai évidemment choisi le programme années 80. Le flux a démarré sur les chapeaux de roue avec un clip des Rolling Stones que j’avais complètement oublié, « Too Much Blood », kitsch à souhait, avec ses couleurs saturées et ses effets vidéo vintages, aussitôt suivi de celui de Run DMC et Aerosmith (« Walk This Way » ! Un monument !), puis de « Fireworks », de Siouxsie and the Banshees… En l’espace de quelques minutes, je retrouvais ce qui faisait le charme des soirées MTV passées dans le sous-sol d’un pavillon dans les suburbs de Topeka, en 1985 : nous y venions chercher, non pas quelque chose de précis, mais une expérience.
Le New York Times décrit ce projet comme une capsule temporelle numérique qui réussit là où les réseaux officiels ont échoué, offrant une réponse directe aux algorithmes qui président à la programmation des sites de streaming. Ici, contrairement aux plateformes où l’utilisateur doit choisir ou subir des recommandations ciblées, MTV Rewind propose une expérience linéaire et soigneusement sélectionnée, recréant la sérendipité et le flux passif qui ont fait la gloire de la chaîne originale.
Un joli pied de nez qui vient rappeler aux décideurs de Paramount qui ont acté l’arrêt de MTV qu’une chaîne ne meurt jamais vraiment quand elle a su fédérer autour d’une mémoire collective. Et plus largement, à tous les patrons des réseaux sociaux et sites de streaming qui pillent les artistes et ne voient dans la musique qu’une opportunité d’ajouter quelques millions à leurs fortunes déjà indécentes.
Peut-être FlexasaurusRex sera-t-il contraint de fermer demain son site. Mais il aura démontré qu’à l’ère de l’hyperpersonnalisation algorithmique, le désir d’une expérience collective et imprévisible demeure.
- Dans les faits, si Paramount a supprimé plusieurs de ses chaînes musicales internationales, la chaîne phare, ainsi que ses filiales musicales telles que MTV Classic, restent présentes aux États-Unis. ↩︎
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D’autres bibliothèques que la mienne
Dans le supplément « style » du New York Times du 9 janvier, « du Connecticut au Caire, des lieux de lecture qui sembleront paradisiaques aux amateurs de livres et de design » :






(vous pouvez cliquer sur les images pour les voir en entier)
Toujours, les bibliothèques me font rêver. Mais celles qui m’attirent le plus ne sont pas forcément les plus belles1. Je leur préfère celles un peu foutraques où c’est la personnalité de leur propriétaire qui domine. Ainsi de celle de Roger Vrigny, sur cette photo prise chez lui en 1983 :

Les bibliothèques de Vrigny pourraient être les miennes, sans doute. Un goût partagé pour les images et bibelots disposés au milieu des livres, et les disques non loin. L’appartement, aussi, ressemble à ce qu’avait pu être celui que nous habitions à Paris lorsque j’étais enfant, et ce pourrait être mon beau-père et non Vrigny, qui se tient ainsi, souriant, sympathique, devant ses livres.
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Notes d’atelier #6
Notes sur l’écriture prises à la main, au jour le jour. Reportées partiellement ici pour mémoire.
14 octobre 2025 :
Je ne crois pas au génie. Je crois au travail1. Et je crois en moi. Je ne sais pas si je suis un artiste. Je ne sais pas ce que c’est, un artiste. Je me vois comme un artiste. Je travaille et peaufine ma technique. Chaque jour, j’apprends. J’apprends de mes pairs. J’apprends de mon propre travail.
Et toujours, j’essaie de donner le meilleur de moi-même. Je ne sais pas faire plus. C’est sans doute peu. C’est déjà beaucoup.
23 octobre 2025 :
« Si par une nuit d’hiver un voyageur… »
Me désespérant, tôt ce matin, de trouver une forme satisfaisante pour L’éveil sensible2, j’ai repensé à ce livre de Calvino. Son titre, plutôt, puisque je n’ai pas encore lu le livre, que je possède pourtant dans deux traductions différentes.
Cette phrase, en tout cas, pourrait sans mal être l’incipit de mon livre. Elle reviendrait de loin en loin dans le récit, ponctuant sa circularité, reprenant ainsi le thème développé par Mendelsohn et qui m’est si cher.
Ouvrant ma Pléiade au hasard, je tombe sur le début du 2e chapitre du Calvino, qui semble valider indirectement mon intuition :
Tu as déjà lu une trentaine de pages et tu es en train de te passionner pour l’histoire. À un certain point tu remarques : « Mais cette phrase ne me semble pas nouvelle. Je dirais même qu’il me semble avoir déjà lu tout ce passage. » C’est clair : ce sont des motifs qui reviennent, le texte est tissé de ces allers et retours, qui servent à exprimer le passage du temps. Tu es un lecteur sensible à ces finesses, toi, prêt à capter les intentions de l’auteur, rien ne t’échappe.
Le propos de Calvino, je le sais, est tout autre que le mien. Seulement, son titre (je préfère d’ailleurs à la nouvelle traduction de l’édition Pléiade, celle de 1981 au Seuil : Si par une nuit d’hiver un voyageur…) a une force évocatrice qui m’a aussitôt ramené à mon livre. L’hiver, la nuit : la maladie ; le voyageur : la quête de sens.
Mendelsohn, lui, dans Trois anneaux, utilise comme accroche: « un étranger arrive dans une ville inconnue après un long voyage », phrase qui ouvre l’ouvrage, et dont le dernier paragraphe commence ainsi : « Nous laisserons donc là notre voyageur… »
Je vais revenir à ma première méthode : l’écriture par fragments. Je les regrouperai ensuite selon une forme encore à définir, mais dont j’ai déjà l’intuition. Écrire « par tableaux détachés »3, avant un assemblage qui, par la répétition des thèmes, formerait des cercles concentriques.
Il me reste à trouver ma phrase-déclic4. Peut-être celle-ci:
Dans l’année de la pensée magique, Joan Didion fait le récit de l’année qui a suivi le décès soudain de son mari. Voici ce qu’elle écrit au début du livre :
J’avais besoin d’être seule pour qu’il puisse revenir.
Avais-je besoin, moi, d’être seul, pour m’empêcher de partir?
26 octobre 2025 :
Je tourne autour de mon livre sans arriver à m’y remettre vraiment. Je crois importantes les idées notées ces derniers jours, mais je devrais revenir aux textes, à l’écriture fragmentée, sans chercher à les organiser encore. J’ai besoin de matière brute pour ensuite avancer.
Est-ce que je me fourvoie encore ? Au moins, l’écriture par fragments m’enlève un peu de pression (d’autant que j’ai de l’ambition pour ce texte). Plus besoin de penser « livre ». Le risque, c’est de me perdre dans des textes qui se contredisent, se répètent ou ne fonctionnent pas ensemble.
Reprendre alors le manuscrit où je l’avais laissé il y a quelques mois déjà, et en avant ! Et si toutefois je n’y arrive pas non plus, me souvenir de ceci, noté dans mon journal il y a quatre ans :
When you feel stuck, that’s actually when you’re making the most progress.5
- D’autres, plus capés que moi, ont dit sensiblement la même chose, de Gustave Flaubert à Jacques Brel en passant par Michel Petrucciani. ↩︎
- L’éveil sensible est le titre du livre dont l’écriture s’est imposée à moi dès le mois de novembre 2024, à l’annonce de mon cancer. ↩︎
- Déjà évoqué ici et ici. ↩︎
- Là, j’écrivais : André Breton parlait de phrase tremplin, une phrase qui amorce un livre, une phrase mystérieuse, étrange, qui libère la conscience, le flux automatique des mots. ↩︎
- C’est justement quand on se sent bloqué que l’on progresse le plus. ↩︎