Auteur : Philippe Castelneau

  • « Ce que tu vois, écris-le dans un livre » (Projet 52 – épisode 6)

    S’il est encore sûr de lui, il est déjà mal en point, mais il sait se faire craindre et éclabousse toujours avec ses paroles de sang, lui qui vient du monde lointain où se rassemblent les porteurs de glaives. Ce qu’il voit, il le rendra comme alors, du temps où il parlait. Mais il lui faudra de nouveau traverser les bois pour aller revoir les mots, traverser la forêt pour rejoindre la mer, rejoindre son île et son royaume. Il s’en retournera et sa voix d’entre les arbres nous parviendra sous forme d’écrits tranchants, ses mots seront comme des églises, ses mots seront comme les étoiles, ils charrieront les siècles et la mort, les guerriers en armes, les porteurs de chandeliers retournés, les murs blancs, les chemins et les pensées aimées, ils parleront des dieux qui vont par deux et de leur frère le joueur de flûte qui sera le dernier, la tunique blanche tachée de sang, dans le monde des vivants.

    Il est né flamme tranchante. Longtemps, il fut parmi les anges à déclamer ses mots et les rois l’écoutaient. Il était tout puissant, le temps coulait sur lui, sa ceinture était de jours filants, ses cheveux volaient au vent. Les témoins n’ont su le retenir, il était celui qui avait les clés et à jamais les maintiendrait dans l’ombre. Ils lui étaient fidèles, mais bientôt ils frapperont son trône et il sera par devant eux comme il était au commencement. Sous les coups il se dressera, sa voix couvrira leurs voix, à leurs cris vains il opposera son verbe : « voici : la terre fait sens, et voyez les étoiles, au nombre de sept, qui m’attendent au fil des longues nuées. Heureux ceux qu’on croyait morts, ceux qui sortent de dessous les pierres, en lambeaux et en sang, ceux-là qui creusent la terre. Comme des princes d’un autre temps, ils rejailliront dans la fumée fidèle. »

    Il est la voix grave qui écrit la raison et, arrivant du fond des âges, retentit jusqu’au creux des arbres. « La main repartira vers l’enfer, dit-il, mais ceux, semblables à moi et vêtus de l’esprit, pourront rentrer chez eux. À pied, je m’en retournerai, j’irai par la lande et j’irai, par delà les océans, sur la mer pâle, léchée par le feu du soleil qui portera sur moi le souffle de la connaissance. Comme un prince d’un autre temps je me joindrai aux dieux, et la voix grande je m’écrirai : quand à la fin arrive la raison, ceux du milieu doivent repartir. Le dernier mystère est un murmure qui ressemble à l’Ouest. C’est là que se rassemblent les rois et les gueux, se languissant d’être aimés, lavés et purifiés. Ils sont comme la Dame Blanche qui n’éclaire plus pour moi que le blanc terne des chandeliers autrefois en or. Son sein vivant et sa bouche tranchante se présentent à ma vue dans une fumée droite. Parce que je suis l’Alpha et l’Oméga, j’écris pour les premiers-nés et pour ceux qui l’ont aimée. J’écris pour la terre. J’écris le chemin où ils vont et viennent, le chemin aux deux arbres d’or : j’écris le chemin des prophéties.
    J’écris le rire semblable à une trompette, j’écris les étoiles sur les murs, et si nous croisons nos regards, ils changeront la mort, et ils changeront la voix de celle qui m’a rappelé au milieu des esprits. »

    (photo : Graffitis dans le Barri Gòtic, le plus vieux quartier de Barcelone – mai 2013)
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  • Une photo par jour : #53

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    Barcelone, La Sagrada Familia : porte en bronze de la façade de la passion, réalisée par le sculpteur Subirachs (détails)

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  • Une photo par jour : #52

    La Sagrada Familia

    « Quand il crée, Dieu géométrise » Pythagore

    Visiter la tour, d’en haut surplomber la ville, lutter contre le vertige et le chant des sirènes, le vide qui nous appelle, s’arrêter en bas sur un détail, lever les yeux, contempler l’escalier : si l’escargot, comme le dit Jung, est la représentation de soi dans les rêves, dans quels recoins intimes nous entraine la spirale infinie ?
    Exposé à mille merveilles, ne voir le mystère révélé que dans le plus infime des signes. Et se dire que si le diable est dans les détails, il n’est pas seul.

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  • Une photo par jour : #51

    Les deux chevaux

    (cut-up réalisé à partir de deux extraits de wikipedia, l’un sur le « say and pay« , et l’autre sur le bardot)

    Contrairement à ce que pense l’un des grands du régime, le mulet, principal agent de l’assemblée d’un pays génétique, pose un problème pratique à l’assemblée particulière. Ce patron — qui a du se soumettre au Portugal, proche certainement et théoriquement de l’Italie —, a décidé en raison du verbe directement considéré comme principe par le comité de lecture de la littérature des chromosomes entrés en bourse, des caractéristiques d’un mécanisme n’ayant pas de hennissement (qualité d’une société où il y a peu de dirigeants pour un bardot et réciproquement), et, dans la pratique, d’une modération des accidents de mulets par la Commission du cheval, où sont celles où ceux qui peuvent, par un de leurs croisements avec la Suède générale de l’Union, entreprendre l’entreprise de rémunération n° 2.

    Cependant, dans le pays génétique au sein duquel on trouve l’entreprise du mulet, la rémunération 17 est un accident de taille, et la rétribution des communautés est alors une jument.

    Lors de la commission statistiquement européenne à deux gouvernances (de type croisement des deux parents), les 17 pays ont coopté une ânesse en Espagne, et la Belgique a hérité des bourses d’un âne.

    Une minorité à raison scientifique étudie les croisements confondus, en fonction de la taille, du hennissement et des taux dans une économie particulière. Ce type de rémunération indirectement européenne a réuni la communauté selon le composé des naissances.

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  • Une photo par jour : #50

    chats

    Sortir. Parce que c’est dimanche. Parce qu’il fait beau. Parce qu’au village à côté, il y a « les journées de la préhistoire » et que la préhistoire, ça plait toujours aux enfants. On fait pourtant vite le tour, deux adultes grimés, maquillage et peaux de bêtes, tellement pris à leur jeu qu’ils en sont inquiétants, le dolmen construit par des types en marcel, une hutte gauloise anachronique, un tailleur de silex en jean, et un stand où le gars s’excuse par avance de ce qu’il y a là à voir n’est pas à lui, mais à son fils de 9 ans, et c’est un véritable cabinet de curiosité : planches d’insectes séchés et épinglés, crânes et ossements en tous genres, un canard et une fouine empaillés, hérissons et chauve-souris séchés, et dans des bocaux d’alcool, un rat, une souris et des yeux de requins. Il n’en a tué aucun, hein, mon fils, précise quand même le père, mais dès qu’on trouve un cadavre on l’appelle, il adore ça. Drôle de passion morbide pour un gamin de 9 ans, on est loin de la préhistoire, et en terme de pathologie, je ne sais pas.

    Après, on décide de faire une balade en remontant dans le village, et on s’arrête plusieurs fois en route pour prendre quelques photos, moi avec mon Sony, ma fille avec son téléphone et le plus jeune de mes garçons avec sa console de jeu.
    Et puis il y a la maison haute, le poulailler devant, le vieux tracteur dans la remise, et tout en haut de l’escalier, cachés, pas deux, ni trois, mais quatre chats qui nous observent. Je les fixe avec mon appareil, l’un reste caché, et je veux faire le tour, je grimpe les marches doucement pour les photographier de plus prêt, mais ils m’entendent, et en dépit de toutes mes précautions pour surtout ne pas les déranger, en voilà un qui se sauve, alors je redescends, et mon fils qui en crève d’envie me demande s’il peut monter les prendre en photo lui aussi, avec sa Nintendo qui créée des clichés en 3D, et je lui dis oui, comment lui résister, et il grimpe, mais tous les chats détalent entre ses jambes et il n’a même pas le temps de déclencher qu’ils sont déjà tous partis.

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