Auteur : Philippe Castelneau

  • Marche — Zakane

    Les Vases communicants, échanges de textes d’un blog à l’autre, ont lieu chaque premier vendredi du mois.
    Janvier 2016, le 1er vendredi est aussi le premier jour de l’année. Hasard du calendrier, oui, mais j’aime y voir un signe, un hasard objectif porteur de belles choses à venir. Aussi, pour bien commencer l’année, je vous propose deux vases communicants, échanges de textes inspirés d’échanges photographiques, chacun écrivant à partir de la photo de l’autre.

    « Mystérieux, secret, farouche vivant, metteur en scène, auteur compositeur et interprète, artisan de paroles », comme il se définit lui-même, j’accueille ici avec grand plaisir Zakane.
    Zakane tient un blog où il publie poèmes et chansons, et contribue aux sites web Festival Permanent Des Mots et Les Cosaques des Frontières. Un recueil paru en édition web : « L’heure heureuse » chez QazaQ


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    Donc le voilà, celui-là de dos. Là dans sa nuit qui pourrait être le jour. Il va. Et rien ne distingue le temps de sa marche. La marche est hors saison. Et même avec un but elle reste imprévisible. Ce n’est que le mouvement qui la rend nécessaire, essentielle. Dans le désert ou dans la ville. Elle est le temps où le plein se vide, le temps des bulles qui éclatent.
    Il va, celui-là de dos. Nulle part et partout donc. Il s’offre à l’histoire, à l’éphémère, au sujet d’un poème. Il va vers le feu d’un corps de femme. Il va vers le gel d’un amour fuit. La marche est son repos. La marche est son désir. Sur les pavés, sur le chemin, il en poursuit le pas. Il pourrait bien pleuvoir ou tomber des grenouilles, le pied précède le pied. Ainsi la rédemption du rythme, l’assurance du ton, la mélodie du sens. Et celui-là de dos en oublie donc son foie, son cœur. Seuls comptent les poumons et les nerfs et les muscles. L’esprit devient vacant. L’émotion sans visée arrivera au sommet de son art, dans le souffle accommodé.

    J’ai longtemps marché à l’ombre des chemins en fleurs, des rues percées de soleil doux, dans la foule pressée, dans des cloaques immondes, sur la terre comme au ciel, et sur le sang vif du sexe des orages, dans les pluies transalpines, et sur le froid du feu, sur toutes choses imbues et imbuvables, sur les déchets des hommes, sur les larmes des pierres. Et je n’ai pas tout dit.

    J’ai longtemps marché et puis je marche encore avec, comme celui-là de dos peut-être, rangé au fond du sac porté en bandoulière, l’éternel lumbago.


    Texte : Zakane / Photo : Philippe Castelneau
    Mon texte à partir de la photo de Zakane est à retrouver ici.

    Les Vases communicants se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis juillet 2009, à l’initiative de François Bon et Jérôme DenisMarie-Noëlle Bertrand coordonne les publications et inscrit les futurs échanges sur le blog associé le rendez-vous des vases. Il existe aussi une page Facebook. Aux blogueurs de définir un thème, d’associer images ou son à leur texte et d’écrire sur le blog de l’autre.
  • La naissance d’une étoile

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    Ce sont les étoiles, les étoiles tout là-haut qui gouvernent notre existence.— William Shakespeare (Le roi Lear)

    Je regarde la ville endormie tandis que ton corps gazeux animal fait danser les planètes autour de mon cœur d’étoile. La lune balayée par les vents est un astre noir. La nuit disparait en lambeaux arrachés à d’autres latitudes.
    Laisse-moi te raconter l’histoire de la centaine d’astronomes grecs qui s’étaient rassemblés au chevet de la naine blanche amoureuse d’un nageur mort. Ses lèvres apposées sur son enveloppe elliptique formaient des vœux célestes à la périphérie de l’hiver.
    Ton exil se fragmente en rayons d’or. Je suis un automne égaré au milieu des nuages qui tracent dans ton ciel d’été. Je me console de mon émoi dans l’accrétion des poussières en masse rose au seuil de ta constellation. Je possède ma propre lumière, et la fusion solaire contracte mon point gravitationnel afin que tu m’aimes encore.


    Photo : Menton, le cimetière marin, juillet 2015
    Une étoile : Aquila RA 20h22m30s D 02°22’42″

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  • Le moment présent

    marche

    Le temps sans doute nous donnera plus de temps,
    mais ne laissons pas passer
    le moment présent


    Photo : octobre 2015

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  • Comment on vit aujourd’hui

    nuit

    La vie est un théâtre où tout est joué d’avance. La fin de la pièce est connue et les moments de grâce sont rares. Il y a toujours trop de pathos, les scènes tirent en longueur et il n’y a pas d’entracte. On improvise, c’est vrai, mais sur des clichés rebattus, et les acteurs pour la plupart jouent mal, figurants s’imaginant tous tenir le premier rôle. La vie, c’est du théâtre amateur, et nous sommes les intermittents d’un triste spectacle, animaux dressés, amaigris et dociles, exécutant notre petit numéro sur la piste du grand cirque sous le regard distrait d’un public qui s’ennuie.

    Nerval.fr de retour pour une nouvelle saison, très heureux d’être de l’aventure. Mon texte, Le désenchantement, est à lire ici.


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