Séville, un dimanche matin

Séville. Un dimanche matin de juin. Il est encore tôt et les rues sont désertes. Il n’y a personne dehors, pourtant la chaleur à cette heure est encore supportable. À midi, la ville se sera transformée en fournaise. 

Je ne sais rien de ces femmes qui travaillent là, nettoyant patiemment les scories de la nuit. Quels sont leurs rêves ? À quoi pensent-elles à ce moment précis ? Je pourrai imaginer des vies autour d’elles, mais je ne m’en sens pas le droit. Je me tromperai de toute façon à coup sûr.

J’avais imaginé la photo que je pouvais faire en passant une première fois devant elles. Je m’étais alors senti voyeur. Mais la photo s’est imposée à moi. J’aimais la géométrie des lieux, avec ces quatre silhouettes en enfilade. Il y avait plus que ça. Instinctivement, je savais que l’image pouvait signifier quelque chose qui sur le moment m’échappait. Je suis revenu sur mes pas. Une seule de ces femmes m’a vu, s’interrogeant peut-être sur ce que moi je voyais. Je l’ai salué. Elle a haussé les épaules.


Photo : Séville, 8 juin 2014 © Philippe Castelneau


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Comments

2 réponses à « Séville, un dimanche matin »

  1. Avatar de Caroline D

    Merci pour ce moment, cette impression partagée.

  2. Avatar de francoiserenaud

    ça me reconduit vers Fabienne Swiatly, vers ce travail Tiers Livre qui s’était proposé autour de son ouvrage « Elles sont au service »…

    belle résonance !

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