Vide-grenier

garage sale

En plus de permettre la découverte de petits trésors, le vide-grenier d’hier matin fut aussi l’occasion de faire quelques photos.

Une photo par jour : 348 – Les Matelles, avril 2014

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Les beaux jours

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Belle journée ensoleillée, et vide-grenier du dimanche matin, l’occasion de faire le vide (un peu) dans le bric-à-brac du garage, l’occasion, aussi, de chiner pas mal. J’aime les vieux postes à galène, les magnétos à bandes, les vieux micros, les platines vinyles, les appareils photo argentiques, et tout ça s’entasse aussi dans le garage si je n’en trouve pas immédiatement l’usage, mais là, pas question de m’en séparer.
J’avais en tête cette fois de dénicher un polaroid, et des pola j’en ai trouvé, à tous les prix, des très vieux, des sophistiqués, des basiques (pour 8 ans et plus, c’est écrit au dos), des avec étuis et même un encore dans son emballage d’origine, mais aucun qui m’est plu vraiment, et quand je me promène comme ça, de stand en stand, il faut que j’aie un coup de cœur, ou sinon rien.
Un coup de cœur, j’en ai eu un, une première fois, pour une caméra super 8 Sankyo Es 66xl, 4 euros, pas même sûr qu’elle marche (mais peut-être, après tout), ni même que je m’en serve un jour. Il y a un film neuf dans la boite (30 ans d’âge, on imagine le résultat que ça peut faire !), et la garantie de deux ans, émise en 1976.
Et puis, et puis… Une petite table, et dessus une dizaine d’appareils photo, un Retinette, deux copies de Brownies, trois polaroids (eh oui !) et un Foca Sport, magnifique, avec son étui en cuir usé. Impossible de résister, je le prends, le repose, l’étudie sous tous les angles, je n’arrive pas à le lâcher. Le vendeur m’assure qu’il est en bon état, c’était le sien et il est tout prêt de verser une larme quand il m’en parle (le gars est bon vendeur, et moi j’ai l’enthousiasme facile). Voilà, l’affaire est faite et je repars avec, léger et heureux.
C’est qu’un Foca, ça n’est pas rien, un petit bijou avec obturateur à rideaux et visée télémétrique, imaginé en 1938 pour concurrencer Leica. Le premier modèle sortira finalement après guerre, en 1945. Plusieurs déclinaisons suivront, jusqu’aux années 60 où la marque disparait, victime de la concurrence étrangère. Entre temps, et pour rivaliser avec le Kodac Rétinette qui connait un grand succès, Foca sort en 1955 le Foca Sport (sans la visée télétrique), et c’est la deuxième version, celle de 1958, que j’ai acheté aujourd’hui.

Mais Foca, c’est aussi l’histoire d’un aristocrate et industriel français, Antoine Auguste Agénor Armand de Gramont, ami proche de Marcel Proust, pour qui cette entreprise fut l’œuvre de toute une vie, et lorsqu’il meurt en 1962, Foca ne lui survit que deux petites années.

Et voilà comment des liens se tissent de manière inattendue, qui font se rejoindre Proust et la photographie.

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J’aime bien les vide-greniers

J’aime bien les vide-greniers. Comme les hirondelles, les vide-greniers annoncent parfois le printemps, les premiers beaux-jours, le soleil qui perce la grisaille et les petits bonheurs du dimanche matin. J’aime bien me lever tôt, prendre la voiture et parcourir les quelques kilomètres qui me séparent du village voisin, flâner dans les allées, une fois, deux fois, ne rien trouver, regarder d’abord les gens s’agiter, les marchands d’un jour un peu gênés parfois de déballer ainsi, au milieu des vieux jouets usés, cassés des enfants devenus grands, leurs goûts passés, les 45 tours à foison de tubes presque oubliés, mais que l’on retrouve une fois, deux fois, trois fois à mesure que l’on avance d’un étal à l’autre ; les livres, les SAS en veux-tu en voilà, les encyclopédies moisies, les best-sellers jaunis aux couvertures gondolées. Les vêtements aussi, à foison, et là je passe, comme je passe la vaisselle dégarnie, la porcelaine ébréchée, les lampes Ikea d’il y a 20 ans, les sculptures africaines, les puzzles contre-collés sur des plaques de bois, les K7 vidéo VHS aux jaquettes découpées dans le programme télé. Je m’arrête, par réflexe, sur les vrais livres anciens, les reliés, les couvertures cuir et le vieux papier, mais presque toujours en vain. Quelques belles surprises, quand même parfois : ainsi cette fois où j’ai trouvé du Mandiargues, du Breton, du Soupault. Un stock de Minuit aussi : Duras, Claude Simon, Echenoz, et même un Goethe, Le serpent vert, de 1922 aux éditions du monde nouveau, collection Esoterica, numéroté 74 sur un tirage de 500. Mais rien de tout cela aujourd’hui. Les cagettes de livres n’offraient rien qui aurait pu m’intéresser, les cartons de vinyles n’avaient que du Clayderman, du Serge Lama, du Gérard Lenormand à offrir. Pas comme ce jour où je suis tombé sur un type qui finalement m’entraina chez lui, jusque dans son garage rempli de disques, héritage de son père disquaire depuis longtemps décédé, et dont il ne savait que faire. Il y avait de tout, alors, empilés à la va comme je peux, mal rangés, les étagères effondrées, les disques abimés, cassés, les pochettes déchirées, la poussière épaisse recouvrant l’ensemble, du rock, du jazz, du classique, de la variet’ aussi en pagaille, beaucoup de choses sans intérêt en trois, quatre exemplaires, les invendus d’antan, et je me laissais tenter, prenant le risque de repartir avec un disque rayé, mais pour quelques euros la pile, le risque on s’en moque. C’est la récompense de la chasse au trésor, le prix à payer pour le petit rush d’adrénaline lorsque l’on découvre sous nos doigts un vieil Ellington, un Armstrong, ou même Harvest de Neil Young que l’on n’avait jusqu’alors qu’en CD. Mais aujourd’hui, rien qui vienne taper dans l’oeil et l’on se prend presque à regretter de ne pas être rester au lit, et puis voilà, posé sur une toile cirée à fleurs, un lecteur à bandes AKAI 4000 DB, moi qui rêvais depuis tant de temps d’un Revox je me dis que ça le ferait quand même bien, le AKAI, avec ses gros boutons, ses vu-mètres et son boitier en bois, je m’arrête et je demande le prix, et le type, l’air gêné m’annonce un vingt euros quand je m’attendais au moins à cinq fois plus. J’ai un peu honte, mais c’est le jeu ici, c’est ça qui donne le rush que j’évoquait plus haut, et je lui dit 15 euros, ça peut le faire ? Et il dit oui, que depuis le temps qu’il cherche à le vendre il peut bien le lâcher à 15, et moi je sais qu’il n’a pas du quand même beaucoup chercher, ou alors pas là où il aurait dû, parce qu’il est pratiquement comme neuf, son magnéto, et il me sort la notice, les micros et les bobines d’un sac, tout bien emballé, précieusement rangé, et je devine les heures passées à jouer avec, que ça devait être important pour lui quand il l’a acheté, son AKAI, il y a 35 ou 40 ans. Il est content de s’en débarrasser, parce qu’il est pragmatique et que ça prend de la place dans le garage, ce truc-là qui ne sert plus à rien et qui pèse si lourd, et en même temps il a ce petit pincement au coeur, à laisser partir les années passées, les souvenirs d’alors. Mais j’en prendrais soin, moi, de son AKAI, d’ailleurs il est déjà branché sur ma chaine hi-fi à l’heure où j’écris ces lignes, il a trouvé sa place dans mon bureau, j’en sais déjà l’usage que j’en ferais.
Et puis, avant de partir, je décide de refaire un tour dans les allées, je laisse le AKAI au monsieur après l’avoir payé, je me dis que maintenant j’aimerai bien trouver un Leica. Un Leica pourquoi pas, après tout : on peut rêver non ? Comme le AKAI 4000 DB est venu remplacer le Revox que je cherchais, aujourd’hui c’est un Ricoh KR-10 qui fera office de Leica. Oui, bon, pas de quoi s’extasier, mais le Ricoh est un modèle assez rare, sorti en 1980, un appareil automatique avec priorité à l’ouverture débrayable et motorisable, doté d’un obturateur Copal. Ne pavoisons pas, donc, d’autant qu’il a souffert, le boitier, et son objectif SMC Pentax-M 1:1.7 50 mm, n’en parlons même pas, la peinture par endroits partie, les chocs visibles, mais tout marche quand même a priori, reste à le nettoyer et ça c’est une autre histoire, mais pour 4 euros, on se fait plaisir à bon compte et il fait déjà joli mon premier argentique patiné posé pour le moment à côté du AKAI dans mon bureau.
Après je rentre, les bras chargés de mes trésors de pacotilles, et la maison que j’avais laissé endormie au petit matin est illuminée du soleil qui rentre par le jardin, les fenêtres ouvertes et les chats qui viennent vers moi, tandis que je retrouve dans la cuisine ma chérie, amusée, qui m’attend pour déjeuner.

AKAI 4000 DB

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Une photo par jour : #6

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Ouch ! Oui, l’objectif en a pris un coup, et le boitier lui-même n’est pas en très bon état. Mais à 4 euros au vide-grenier, difficile de résister. Et sitôt rentré, l’appareil vite nettoyé, on lui rend un peu de sa fierté passé en lui tirant le portrait, simulant en numérique un film argentique n&b Fuji Neopan 1600 au grain si particulier.

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