Étiquette : souffle

  • sans titre (crâne)

    pour Mingus et pour Basquiat

    j’allais, la tête bien faite
    tout bien rangé
    chaque chose bien à sa place
    j’ai fait un tête-à-queue
    j’ai pris un vol-au-vent
    je me suis renversé
    les couleurs ont coulé
    je n’étais plus le même
    perdu dans l’espace
    et le temps
    le crâne écrasé libérant
    des idées, des aplats
    une poésie lyrique
    sans queue
    ni tête

  • Ode à LA

    Les voilà, les raisons du déclin de Los Angeles. J’ai toujours pensé que c’était vrai. Selon de nombreuses sources dans le quartier, des lézards vivent dans les égouts de LA. Des hommes et des femmes lézards qui sortent la nuit pour aller boire un verre dans les bars du centre-ville ou danser à La Cita. Ici, vous entendrez ce genre de conversations, encore et encore. Et un frisson glissera sur votre nuque. Vous savez bien, ce genre de sensation : l’air est chaud et lourd, les arbres immobiles, et soudain souffle un vent morbide à travers vos fenêtres. On dit qu’un homme chargé de la maintenance s’est effondré ici, entre une biture et une dispute avec sa compagne de l’époque. Il ne vivait pas dans cet immeuble, l’immeuble où il travaillait. Il vivait d’un assortiment d’hallucinogènes. La drogue peut être une décision créative : des lumières s’allument et s’éteignent toutes seules, aux moments les plus incongrus. La route de nuit, il la voyait depuis les toits. Des choses se produisent tout le temps que nous ne pouvons pas expliquer. Barney, lui, a toujours son juke-box, le totem de la paix. Il y a un buste dans la cour intérieure, source d’embrouilles et de controverses. Les graffitis sur les murs sont devenus des accessoires indispensables. Autrefois, dit-on, les tramways allaient partout, de Venice à la vallée de San Gabriel, mais c’est faux. Le vent, la précipitation, la température et les changements de pression barométrique affectent uniquement la surface et le sous-sol peu profond de la Terre. Les membres des gangs conduisent avec leurs phares éteints et personne ne marche à Los Angeles. La mère de toutes les routes, la rue principale de l’Amérique a été repérée dans le vent sauvage. À Hollywood, il y a une Déesse au sommet de la montagne, là où, dit-on, une starlette s’est donné la mort, mais on n’a jamais su si c’était par la fumée ou le feu. Et ce vendredi soir, le Dahlia Noir se prépare à souffler les portes de l’enfer pour la fête du jour des Morts.


    Photo : États-Unis, juillet 1985

    Licence Creative Commons

  • Tant pis pour le sommeil

    Les yeux clos les mots font sens
    Tout devient clair
    Si clair que je m’efface

    Mes doigts appellent
    Tant pis pour le sommeil
    Je me lève et j’écris

    Le son est faible
    Une note dans le lointain
    Mais c’est l’espoir que j’entends


    Trois textes, extraits du livre L’été entre deux sommeils disponible ici.

    Photo : Vintimille, Italie, avril 2017

    Licence Creative Commons

  • L’été entre deux sommeils

    — quoi ? y a-t-il encor ce que l’on appelle « les rêves » ?
    Pierre Vinclair

    Il me semble, peut-être naïvement, que la poésie parle d’abord au cœur. On m’opposera, tout aussi arbitrairement, l’affirmation contraire. C’est que la poésie est une affaire intime. Elle est le poète mis à nu, qui s’en vient déshabiller celui ou celle qui reçoit son poème. La poésie est le dernier refuge, la fortune cachée, le seul vrai trésor encore à découvrir : par la force d’un vers, une vie se retourne. Et parce qu’elle est notre bien le plus essentiel, presque plus personne ne la lit. Le monde va trop vite, dit-on ; il ira toujours moins vite et bien moins loin qu’elle.

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    De juillet 2015 à juillet 2016, inspiré par la lecture d’un petit livre, The haiku year, compilation de poèmes brefs, écrits quotidiennement, au cours de l’année 1996, par sept amis (Tom Gilroy, Anna Grace, Jim McKay, Douglas A. Martin, Grant Lee Phillips, Rick Roth et Michael Stipe), j’ai publié chaque jour sur twitter un texte d’inspiration poétique, sous le mot clé #haikuyear.
    Je dis « texte d’inspiration poétique », parce que j’ai en trop haute estime la poésie pour prétendre m’en réclamer. Moi, je trafique des phrases dans mon coin, je tâtonne dans le noir, j’assemble du mieux que je peux des idées et des mots, j’essaie tant bien que mal d’écrire quelques livres.

    En relisant ce travail en vue de le publier, j’y ai retrouvé des joies minuscules et précieuses, des peines inconsolables, des espoirs immenses et des craintes inutiles, méditations de bric et de broc, haïkus sans rime ni raison, livre ouvert sur l’intime aux heures où le jour chez moi s’éveille ; une année résumée en fragments, postés chaque matin depuis le même endroit, à approximativement le même horaire.

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    Ayant supprimé sur twitter l’ensemble de ces contributions, j’ai voulu en reprendre quelques-unes en recueil, 253 au total, qui forment un livre écrit au moment où la nuit étreint le jour et où l’esprit, pas encore tout à fait réveillé, est justement propice à l’éveil.
    Alors, poésie ? Je ne sais pas. Éclats de rêves ? Oui, assurément.
     
     
     
    Le livre, qui s’intitule L’été entre deux sommeils, est disponible ici, et il coûte 10 €, frais de port compris.


    Photo : cimetière marin de Sète

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