Étiquette : rêve

  • Je rebats une dernière fois les cartes

    tarot Hexen

    J’étais enfant quand tout a commencé.
    J’ai traversé des eaux terribles pour retourner chez moi, ma chair a été dissoute sous une pluie acide, mes membres dispersés, mais mon âme est restée intacte, mélancolique. Pour me protéger de vous, je me suis fabriqué une créature d’argile qui vit à l’intérieur de moi. Quelqu’un d’autre désormais éprouve ma peine.

    Les yeux dans le vague, un poison coule avec mes larmes. Le manque me revient souvent à l’esprit et mon cœur saigne de la blessure d’un autre. La douleur est un leurre destiné à tromper le corps ; la fiction est l’espace réel qui permet de s’étendre.

    Je me tiens au-dessus de vous en équilibre instable, égaré peut-être, oui, mais libre, et si on me rattrape, au moins aurais-je essayé de me perdre dans la nuit pour me nourrir de la matière des rêves. J’ai vaincu au jeu la roue du temps qui depuis tourne à vide. J’ai découvert que Dieu mentait, mais même ainsi, chacune de ses paroles fait sens. Il y a des insectes sur mon visage, des fourmis qui glissent sur mes paupières, mais je vois encore clairement le plan.

    Et je rebats une dernière fois les cartes pour échapper au piège du jour avant qu’il ne soit trop tard.


    Photo : janvier 2016, tirage aléatoire de cartes du tarot Hexen 2.0 créé par Suzanne Treister

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  • La détresse insolite

    La détresse insolite, l’insomnie au compte-gouttes c’est l’éternité dépassée, c’est un fil directeur qui ne se voit pas. Ici, sur cette terre, je n’ai que faire du bonheur, hormis cette vive bouffée de l’intoxication. Je sais que je suis foutu, mais je vais vivre mille ans à l’heure émeraude oubliant la souffrance dans la beauté sombre qui envahit mon sang. Je ne sais pas si j’ai bradé ma vie, et peu m’importe : mon rythme cardiaque ralenti m’entraîne loin de la lourdeur, quand l’acétylation des sentiments les teinte de couleurs chimiques. La fille couchée dans mon lit est vendue aux neurotransmetteurs, elle est démangeaisons sévères et substance illicite, mon héroïne aux dommages permanents, un dragon docile qui tournoie et chante la magie dans le domaine des morts. Elle glisse dans mes veines des monticules de douceurs, suffisamment pour me consumer quand ils refluent.
    Je vole, la pensée ouverte comme jamais dans la course folle opiacée, la pensée malade du plaisir de plus en plus éphémère, et je supplie en tremblant mes récepteurs, qui sèchent d’avoir trop navigué dans les mers intérieures, de m’emporter encore.
    La caféine et l’aspirine bercent mon coma de fumée opaque. Mon corps précipité hors du monde rare, la peur quelquefois se mue en joie dans le rituel de création.
    L’homme à l’aspect spectral aux formes diminuées échoué dans la ville, la belle affaire ! J’ai de la difficulté à comprendre la stigmatisation, moi qui suis plein de milliers d’images à vous couper le souffle, cachées derrière le spectacle navrant des cadavres vivants entassés dans leur jus. La mort rôde, je suppose, tapie derrière le pic de chaleur de l’orgasme semi-synthétique qui ouvre ma bouche vers l’intérieur et m’accompagne jusqu’à dieu. Je marche dans la nausée brunâtre des rues, je brûle à pas comptés, l’héroïne-base coule mes membres dans du vinaigre raffiné, je suis un mutant toxicomane devenu fou, déjà mort à l’extérieur, mais j’ai rencontré l’amour en moi, assez loin pour aller libre par les océans.
    Dans l’étrange montée de la pensée privilège je considérais parfois qu’il fallait peut-être partir avant le manque extrême, la douleur en ligne de mire, quand la jouissance en robe vert-de-gris souffle la représentation hallucinée aux fonctions cérébrales. Seulement, j’ai revêtu mon stupéfiant costume et je tiens par la main une fille au goût amer qui me conduit en mon dernier royaume : ma vie se referme en musique dans le ralentissement d’une danse mortelle.


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  • Le corps maigre ruine d’étoffe

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    Paris en 1984 nous nous trainions par terre sans trop savoir pourquoi, la peau pâle, le corps maigre ruine d’étoffe, ignorant que nous étions vivants quand nos princesses mouraient l’une après l’autre. L’habitude ténue des jours laids portait la découverte sans importance, nous n’aimions plus que l’apport singulier des calmants vagues dans nos veines coincées sous nos doigts de poètes. Nous n’avions plus d’amour, mais le désespoir en bouquet.

    Nous allions dans les rues dans l’ennui des quartiers chauds confronter n’importe quelle attirance aux rêves des soirs d’octobre, où la littérature brûlait comme de l’acide. Nous marchions dans l’erreur avec rien dans la tête qui retient l’attention, et les coups nous arrivaient au cœur.

    Les rues depuis ont changé d’éclairage, on s’y perd un peu plus tard. Nos fantômes sont partis. L’impression également que nos idées s’y brisent.


    à la mémoire de Daniel Darc, et de quelques autres perdants magnifiques

    Photo : dans Paris, juillet 2014

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  • Rêve de Providence


    Musique Lilac Flame Son / Texte Philippe Castelneau


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