Étiquette : photo de rue

  • Une photo par jour : #61

    je suis là

    Levant les yeux hier soir, alors que je marchais dans une petite rue de Montpellier, je me suis retrouvé presque nez à nez avec cet animal. Je ne sais pas lequel des deux fut le plus surpris.

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  • Small talk (Projet 52 – épisode 7)

    Sortons, dit-elle. Sortons, si tu veux bien. J’ai envie de fumer.
    Une fois dehors, elle allume sa cigarette et tire longuement dessus. Il l’observe en silence.

    — Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? dit-elle.
    — J’ai toujours eu envie de toi, dit-il.

    Elle sourit. Tu as trop bu, dit-elle. Il dit : autant que toi. J’ai bu autant que toi.
    — Tu es marié, dit-elle.
    — Et toi tu as quelqu’un, dit-il.
    — Oui, quelqu’un que tu as longtemps considéré comme ton meilleur ami, dit-elle.
    — C’est peut-être pour ça, dit-il.
    — Pour ça quoi ? dit-elle. C’est parce qu’il n’est plus ton ami que tu me dis ça ce soir ?
    — Non, dit-il. C’est parce qu’il l’a longtemps été que je n’ai rien dit avant.
    — Mmm… Quoi qu’il en soit, j’ai quelqu’un, dit-elle.
    — Tu as quelqu’un, mais le fait qu’on ait cette discussion prouve que tu restes ouverte à d’autres propositions.
    — On a cette conversation parce que tu as trop bu, dit-elle. On se connaît depuis combien de temps ? 10 ans ?
    — Suffisamment longtemps pour ne plus se mentir, tu ne crois pas ? dit-il.
    — Assez en tout cas pour que je ne t’envoie pas promener tout de suite, dit-elle. Mais tu te trompes si tu penses que j’ai envie de coucher avec toi.
    — C’est toi qui l’as dit, dit-il.
    — Dit quoi ?
    — C’est toi qui parles de coucher ensemble, dit-il. Moi j’ai seulement dit que j’avais toujours eu envie de toi.
    — Tu joues sur les mots, dit-elle, amusée, en le fixant avec un air de défi.
    — Surtout quand tu me regardes comme ça, dit-il.
    — Eh bien ? dit-elle.
    — Quand tu me regardes comme ça, j’ai envie de toi, dit-il.

    Elle tend le bras et lui prend la main. Il se penche et l’embrasse. Furtivement, une première fois, puis à nouveau, plus longuement. Après, ils restent un moment assis côte à côte.

    — Tu as raison, finit-il par dire : j’ai trop bu.
    — Moi aussi j’ai trop bu, dit-elle.
    Elle sourit, mais ce sourire ne semble pas être pour lui. Elle sourit comme pour elle-même.
    Il baisse les yeux et ne dit rien.

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  • Une photo par jour : #59

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    Barman à Barcelone – mai 2013.

    Ah, la photo de rue, ou street photography : les plus grands se sont révélés en exploitant ce genre. Difficile pourtant de prendre les gens sur le vif dans la rue, sans craindre de faire face à une réaction hostile. Pour cette photo cependant, j’ai même eu droit un sourire !

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  • « Ce que tu vois, écris-le dans un livre » (Projet 52 – épisode 6)

    S’il est encore sûr de lui, il est déjà mal en point, mais il sait se faire craindre et éclabousse toujours avec ses paroles de sang, lui qui vient du monde lointain où se rassemblent les porteurs de glaives. Ce qu’il voit, il le rendra comme alors, du temps où il parlait. Mais il lui faudra de nouveau traverser les bois pour aller revoir les mots, traverser la forêt pour rejoindre la mer, rejoindre son île et son royaume. Il s’en retournera et sa voix d’entre les arbres nous parviendra sous forme d’écrits tranchants, ses mots seront comme des églises, ses mots seront comme les étoiles, ils charrieront les siècles et la mort, les guerriers en armes, les porteurs de chandeliers retournés, les murs blancs, les chemins et les pensées aimées, ils parleront des dieux qui vont par deux et de leur frère le joueur de flûte qui sera le dernier, la tunique blanche tachée de sang, dans le monde des vivants.

    Il est né flamme tranchante. Longtemps, il fut parmi les anges à déclamer ses mots et les rois l’écoutaient. Il était tout puissant, le temps coulait sur lui, sa ceinture était de jours filants, ses cheveux volaient au vent. Les témoins n’ont su le retenir, il était celui qui avait les clés et à jamais les maintiendrait dans l’ombre. Ils lui étaient fidèles, mais bientôt ils frapperont son trône et il sera par devant eux comme il était au commencement. Sous les coups il se dressera, sa voix couvrira leurs voix, à leurs cris vains il opposera son verbe : « voici : la terre fait sens, et voyez les étoiles, au nombre de sept, qui m’attendent au fil des longues nuées. Heureux ceux qu’on croyait morts, ceux qui sortent de dessous les pierres, en lambeaux et en sang, ceux-là qui creusent la terre. Comme des princes d’un autre temps, ils rejailliront dans la fumée fidèle. »

    Il est la voix grave qui écrit la raison et, arrivant du fond des âges, retentit jusqu’au creux des arbres. « La main repartira vers l’enfer, dit-il, mais ceux, semblables à moi et vêtus de l’esprit, pourront rentrer chez eux. À pied, je m’en retournerai, j’irai par la lande et j’irai, par delà les océans, sur la mer pâle, léchée par le feu du soleil qui portera sur moi le souffle de la connaissance. Comme un prince d’un autre temps je me joindrai aux dieux, et la voix grande je m’écrirai : quand à la fin arrive la raison, ceux du milieu doivent repartir. Le dernier mystère est un murmure qui ressemble à l’Ouest. C’est là que se rassemblent les rois et les gueux, se languissant d’être aimés, lavés et purifiés. Ils sont comme la Dame Blanche qui n’éclaire plus pour moi que le blanc terne des chandeliers autrefois en or. Son sein vivant et sa bouche tranchante se présentent à ma vue dans une fumée droite. Parce que je suis l’Alpha et l’Oméga, j’écris pour les premiers-nés et pour ceux qui l’ont aimée. J’écris pour la terre. J’écris le chemin où ils vont et viennent, le chemin aux deux arbres d’or : j’écris le chemin des prophéties.
    J’écris le rire semblable à une trompette, j’écris les étoiles sur les murs, et si nous croisons nos regards, ils changeront la mort, et ils changeront la voix de celle qui m’a rappelé au milieu des esprits. »

    (photo : Graffitis dans le Barri Gòtic, le plus vieux quartier de Barcelone – mai 2013)
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