Casser la routine

Comment, avec quelques accessoires à portée de mains, une bouteille d’eau, un miroir de poche ou des clés, on peut brouiller les pistes et rendre une photo originale et intrigante.
Christopher Anderson travaille ici avec un des derniers iPhone (il s’agit d’une vidéo promotionnelle pour Apple), mais les conseils qu’il prodigue peuvent s’appliquer, quel que soit l’appareil que vous avez entre vos mains.

Ce qui compte, ça n’est pas l’appareil, mais c’est votre perception, votre sensibilité : le regard que vous portez sur les choses.

Entrez, c’est ouvert !

L’atelier permanent, base arrière et terrain d’essai. Ici, c’est ouvert jour et nuit : vous êtes les bienvenus, come on in !

• Vous y trouverez des textes, des photos, des articles, tout ça consultables à loisir (suivez le menu en en-tête !).

Vous pouvez également vous abonner à ma newsletter🗞 : littérature, photographie, internet et divagations… et c’est gratuit !

• Un auteur ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche. Il vit aussi de café ☕️ ! Pour acheter quelques uns de mes livres, et payer les ristrettos, il y a une boutique.

Et aussi :
Instagram – mon appareil Polaroïd
Youtube – mon home studio
Twitter – flux d’informations et relais


Photo : Paris, février 2019

L’hôtel de la plage


Photo journal | La ville, la nuit : le Shore Hotel, Santa Monica, Californie, le 6 août 2018.

Street life


Photo journal  : Montpellier, le 29 décembre 2018

Coney Island Baby


 

Aww, but remember that the city is a funny place
Something like a circus or a sewer
And just remember different people have peculiar tastes
And the glory of love
The glory of love
The glory of love might see you through

— Lou Reed, « Coney Island Baby »


Photo : Coney Island, New York, août 2018.

Mezcal y cigarrillo

 


Tony et Sue veulent savoir où j’ai appris à parler leur langue, et comme souvent les Anglais, tous deux affichent une mine contrite quand je leur parle de mon année aux États-Unis, comme si je venais de révéler avoir souffert d’une grave maladie, dont j’étais désormais guéri. Sue s’étonne que je sois si souvent venu à Londres et me demande, curieuse, ce qui m’attire ici, et je suis bien en peine de lui répondre.
C’est une chose ancienne qu’accompagne un sentiment joyeux teinté de nostalgie, comme le souvenir d’un bonheur révolu, un soleil qui perce dans un ciel obscurci de nuages sombres ; c’est un soulagement et un poids. C’est une chose qui remonte à la prime enfance, à un temps du début des temps, une chose dont l’origine est dans ma préhistoire, qui remonte au temps de mon père qui à 16 ans avec son père entend depuis Le Caire l’appel de Londres en juin 40 et s’engage aux côtés des Anglais. C’est, bien plus tard, mon père encore qui m’emmène aux Marches du Val de Marne dont il est l’un des organisateurs, une compétition sportive où se retrouvent chaque année des militaires de tous pays. Ce sont les soldats britanniques qui m’embarquent avec eux, j’ai peut-être 8 ans, et c’est sur leurs épaules que j’accomplis fièrement les derniers kilomètres de l’épreuve. C’est, dans les mêmes années, à la Maison de la radio, à une vente de charité au profit de la France Libre, le stand anglais devant lequel je reste comme interdit, fasciné par les objets proposés, mélange improbable de kitch et d’élégance, vidant mes poches pour m’offrir un petit carnet rouge et or, que je garderai longtemps passé le temps de l’enfance. Ce sont les livres, l’apprentissage de la lecture et ce souvenir ébloui que je porte encore du premier texte, à six ans, lu seul de bout en bout, un texte anodin et peut-être sans qualité, sinon celle merveilleuse d’avoir allumé une flamme qui plus jamais ne s’éteindra. Le livre raconte les aventures d’un petit pantin de bois au costume coloré et à la voiture jaune, et après Oui-Oui, ce sera le clan des sept, le club des cinq et bientôt les aventures de Benett et de son ami Mortimer au sein d’un pensionnat anglais, toutes des séries des bibliothèques rose et verte, signées Enid Blyton ou Anthony Buckeridge. Ce sont les disques des Beatles, enfin, oubliés par mes frères depuis longtemps partis, que j’écoute en silence pour me rapprocher d’eux, les pochettes scrutées des heures durant, recherchant dans ces images une innocence perdue, reconstruisant par bribes la mémoire d’un temps heureux, un temps qui précède mes dix ans, l’ébranlement intime qui viendra tout détruire ; un temps d’avant le divorce de mes parents.

(Un extrait de L’appel de Londres, éd. publie.net)


Photo : Londres, Borough market, janvier 2018

Un pub, quelque part dans Londres, un soir de janvier 2018