Philippe Sollers — Le nouveau

D’un autre coup d’oeil, vous plongez dans l’océan cinéma-télé dans sa rage de publicité, et vous étudiez la façon dont le moindre clip se fabrique. Vos plans préférés sont ceux des hommes et des femmes-troncs, chargés de réciter, en boucle, l’information. Quelle usine trépidante où tout se vaut sans rien valoir ! Vous recevez des ordres d’achats et d’émotions. Éteignez tout ça, et ne répondez plus à aucun message. Votre silence actif vous occupe immédiatement, il est chez vous comme chez lui. L’océan médiatique est néantisé, il ne demandait qu’à s’auto-détruire. La Société, et c’est très beau, n’en finit pas de se suicider.

Philippe Sollers (c) Thierry Dudoit/L’Express

« Ce livre est un roman » nous dit Sollers, et c’est d’ailleurs écrit sur la couverture. Promenade littéraire plutôt. Ou récit intime. Sollers, qui pour le coup n’est pas un nouveau venu, convoque ici le souvenir de son enfance bordelaise, Henri, son arrière-grand-père marin, propriétaire d’un bateau baptisé Le Nouveau, et sa femme Edna, flamboyante irlandaise, qui vont côtoyer au fil des pages un dénommé Shakespeare, figure invitée et centrale, sous l’œil inquisiteur de Freud. Passent Joyce, Rimbaud, Proust, beaucoup d’autres. C’est brillant, érudit, et, chose moins fréquente chez Sollers, touchant. L’âge, sans doute. Comme une urgence.

Le nouveau, de Philippe Sollers est publié aux éditions Gallimard. Vous pouvez le commander en ligne ici.


Philippe Sollers — LE NOUVEAU : un film de G.K.Galabov et Sophie Zhang



Cet article a paru dans le Midi Libre daté du dimanche 7 juillet 2019.

Bernard Comment – Neptune Avenue

Je devine au loin, à travers le voile de brume, la découpe de la skyline de Manhattan, celle de Downtown, sur la gauche, portée vers le ciel par la tour One, la plus haute de toutes, et à droite celle de Midtown et Uptown, plus importante mais moins élevée. J’adore regarder cet horizon, et réfléchir à la ville, à sa folie des grandeurs, à sa rage ascencionnelle, à toute cette condensation de gens, d’argent, de pouvoir. Bijou a raison, il y a trop de tout dans notre monde, on aurait pu faire avec beaucoup moins, depuis deux siècles. C’est l’électricité qui a donné l’énergie nouvelle de consommation éperdue, et d’un coup le monde s’écroule, plus de jus, plus de courant, le silence et l’obscurité. Je devine les arbres, çà et là, tous ces squares et parcs qui irriguent Brooklyn dans son étendue infinie, eux n’ont besoin de rien d’autre que l’alternance de la pluie et du soleil pour traverser les siècles. Ils nous survivront.


Coney Island, l’été, dans un futur proche. Depuis plusieurs jours, l’électricité est coupée. Plus d’avions dans le ciel ni de voitures dans les rues. On ne sait pas pourquoi. Comme un air d’après la fin du monde. Le narrateur, handicapé, est coincé dans son appartement du 21e étage : les ascenseurs sont en panne. Il a fait fortune en Suisse, a tout quitté pour venir ici, à la recherche de lointains cousins. Bijou, une jeune femme qui habite le même immeuble et s’occupe de lui, voit dans les évènements une chance, un renouveau. Qui est-elle ? Leur rencontre est-elle aussi fortuite qu’il voudrait lui faire croire ?
C’est un beau livre que ce Neptune avenue. Un récit onirique, une ode à la littérature, à l’amitié et aux amours indicibles, et, en creux, un hommage discret de l’auteur à son ami Lou Reed.

Neptune avenue, de Bernard Comment est publié aux éditions Grasset. Vous pouvez le commander en ligne ici.



Cet article a paru dans le Midi Libre daté du dimanche 9 juin 2019.