Le grand saut

DSC09267.jpg

Au bord, tout au bord
Accepter de sauter
L’horizon nous appelle


Photo : Roquebrune Cap Martin, mai 2015
#haikuyear, projet d’écriture à retrouver tous les jours sur twitter.

Licence Creative Commons
Flattr this

Pousser la porte, prendre le large

DSC08928.jpg

La grande pièce sombre est vide, sinon pour deux plantes vertes et un tapis de type persan, posés près de l’entrée. Par les fenêtres et les ailes vitrées de la porte-tambour glisse doucement à l’intérieur la lumière triste et grise du jour qui se lève à grand-peine. Deux marches, et je pousse la porte pour rejoindre la terrasse qui semble surplomber la mer, mer peu agitée à forte, vent de force 5 à 6. Il faut descendre par des chemins, passer un mur, escalader encore quelques rochers pour rejoindre le rivage. Dans la maison, loin derrière moi, rien ni personne ne semble avoir bougé. Debout au bord de l’eau, sous le crachin, bercé par les vagues, me prend l’envie de disparaître au monde. Je reste immobile sur la grève, presque en déséquilibre, l’esprit déjà ailleurs, répondant à l’appel du large. Mon corps se dissout dans l’espace, les pieds dans l’eau, le corps dans les rochers, la tête balayée par des vents contraires. Libéré du temps, je vole avec la mouette ; poisson, je nage vers les grands fonds, je suis de ces nuages que le vent pousse toujours plus loin.
Un pas en avant, je disparais dans l’écume soyeuse, un pas en arrière, et je retrouve le monde. Partir, c’est fuir, peut-être, mais on n’échappe pas à soi-même.
Je m’en reviens par les rochers, les chemins, jusqu’à la maison, l’escalier résonne des pas et des rires des enfants. Derrière moi, la porte-tambour tourne à vide.


Photo : Roquebrune-Cap-Martin, mai 2015

Licence Creative Commons
Flattr this

San Remo, mai 2015

DSC09093.jpg

Immersion dans les eaux profondes de l’écriture ces temps-ci, travail au long court, et c’est trop tôt pour en donner des extraits ou même un aperçu. Étrange paradoxe : je suis trop pris par l’écriture pour pouvoir donner ici à lire. Du coup, je donne à voir :

La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.
Paul Éluard – donner à voir


Photo : San Remo, Italie, le 2 mai 2015


Licence Creative Commons
Flattr this

Face à la mer

CapMartin.jpg

La mer, depuis ma fenêtre, me manque parfois. Elle n’est pas loin de là où je suis habituellement, la mer, mais ça n’est pas comme s’endormir bercé par ses vagues, et rien ne vaut le café du matin, quand, face à la fenêtre ouverte, l’horizon où l’eau et le ciel se mélangent, l’esprit encore endormi accumule des images pour plus tard.


Photo : Roquebrune-Cap-Martin, mai 2015

Licence Creative Commons
Flattr this

Pensée pour mon père

DSC09030.jpg

Le 2 mai 2015, mon père aurait eu 91 ans. À San Remo, face à la mer, je regarde l’horizon. En face, invisibles à l’œil nu, il y a ces pays qui l’ont vu grandir. On les appelait les pays du Levant. Aujourd’hui le soleil se lève sur des ruines, les hommes là-bas se déchirent, les murs tombent et le sang coule. La mer charrie les rêves, elle charrie les morts et elle charrie l’espoir.

Au moins, gardons quelque part en nous les rêves de nos morts, tâchons de ne pas perdre espoir.

Photo : San Remo, Italie, le 2 mai 2015


Licence Creative Commons
Flattr this

S’éloigner du rivage, gagner la haute mer

 

Beaucoup d’envies ces temps-ci, pas toujours conciliables avec l’emploi du temps. Le temps est relatif, croit-on savoir, on essaie de le plier à sa volonté, et tant pis pour la fatigue.
Le temps, on voudrait justement l’employer autrement, sortir du banal, du répétitif, de l’habituel, de l’ordinaire. On voudrait un quotidien exceptionnel, surprenant, inédit. On voudrait écrire plus, lire plus, voyager plus. Se coucher tard et se lever plus tôt. Ne plus dormir du tout.

Aux heures changeantes de la nuit, quand la fatigue nous balaye mais qu’on tient bon dans la tempête, la main s’ouvre et dans sa paume on tient le monde, on tient sa vie, boule de gaz bleue en suspension qui tourne devant soi. Une pression du doigt à la surface et la boule se défait comme une pelure d’orange. Il n’y a rien à l’intérieur, mais la pelure forme un ruban dont on attache ensemble les deux extrémités après lui avoir appliqué une torsion à 180°. La vie comme une surface compacte à une seule face, une courbe sans fin que l’on explore à l’infini.
Et miracle, voilà que rien n’a disparu, ne disparait, ni ne disparaitra, les doigts courent sur le ruban comme ils courent sur le clavier pour en fixer les contours, relever les reliefs, tracer la carte des instants mémorables. Plongée profonde dans les abysses d’une vie ordinaire pour en explorer les recoins perdus, les abîmes oubliés, les surfaces planes qui cachent peut-être un mot, un simple mot, de ceux qui ouvrent un livre.

La vie est un arc paramétré qui s’écrit

equation

La vie est une formule mathématique. Elle se lit « Je est un autre. »


Beaucoup d’envies ces temps-ci, envie d’écrire surtout, envie de prendre du temps aussi. Se lever tôt un dimanche, en profiter pour refaire des photos : absolument seul, le monde pour soi. L’appel du large qui cogne, les envies se moirent à la surface de l’eau dans la lumière de l’heure dorée. Instants fragiles de plaisir absolu.
L’écriture, toujours, qui bat la mesure au rythme du cœur, l’écriture qui bat la chamade. Des projets comme s’il en pleuvait, un recueil de nouvelles bientôt bouclé, un roman sur le feu et une envie d’utiliser Wattpad pour une idée aux contours encore flous, qui murit peu à peu.

L’écriture, parfois ça coince, mais il y a des outils, et justement ce matin, ce tweet de François Bon :

Les outils du roman de Malt Olbren disponible en version ebook, et le livre est aussitôt dans ma liseuse. Oubliez les manuels, l’écriture pour les nuls, les comment écrire un roman en deux, trois ou cinq jours : tout ce dont vous avez besoin, vraiment, c’est de ce no guide.


Autre plaisir de la semaine passée, la lecture du livre de Cory Doctorow, Information doesn’t want to be free : laws for the Internet age.
Formidable réquisitoire contre les DRM et autres protections apposées sur les fichiers numériques, c’est aussi un brillant rappel des enjeux de l’internet, et un plaidoyer pour la création à l’âge du numérique.

En 2009, lors d’une conférence, il énonça une formule imparable, reprise ensuite sous le nom de Doctorow’s law et qui résume assez bien le présent livre : « chaque fois que quelqu’un met un verrou sur quelque chose que vous possédez, si c’est contre votre gré, qu’il ne vous en donne pas la clé, alors c’est qu’il ne le fait pas pour vous rendre service ».


Beaucoup d’envies ces temps-ci. Alors, l’écrire, poser les mots, se laisser emporter, s’éloigner du rivage et gagner la haute mer.


 

Licence Creative Commons

Le vieil homme et la mer

le vieil homme et la mer

Une photo par jour : 301 – Palavas, février 2014

Licence Creative Commons