il pleut | tout un été d’écriture

Tornado Alley : l’allée des tornades… la zone la plus active est la région des Grandes Plaines, entre les Rocheuses et les Appalaches. Le ciel, assombri par les nuages, pèse sur Topeka. L’entonnoir se forme à la base des cumulonimbus : un tourbillon, le cisaillement des vents dans la basse atmosphère. La nuit s’ouvre en plein jour ; un jour noir pour un monde sans espoir. Les cellules orageuses se déchaînent. Accélération du signal électrique vers les zones synaptiques : l’esprit s’ouvre à la rêverie en contemplant le ciel qui se déchire. Quand la vraie nuit rejoint enfin la part noire du jour, il faudrait s’abriter au sous-sol, mais le ciel trace une voie magique. Des choses volent qui ne devraient pas voler. L’univers se retourne. Densité absolue : pour un instant, l’âme est au diapason du monde.
Derrière la lune, dit-on, au-delà de la pluie, il y a une terre où les rêves se réalisent. Il faut attendre encore, il y a un chemin à trouver. Un pas, deux, sur la route, face aux vents violents, regarder le couvercle qui s’apprête à sauter et ce qui s’en échappera recouvrira les murs noirs d’un bleu gris beau comme un ciel d’automne sans aucun nuage. Un ciel d’automne en plein été.
Un ciel d’espoir.
I have a feeling we’re not in Kansas Anymore.


Tout un été d’écriture #8. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
(et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

Noms propres : une transition | tout un été d’écriture

Historic Railroad Map of Kansas – 1884

L’espèce humaine en expansion. Le réchauffement climatique. L’extinction massive d’espèces animales et végétales. Trop de gens, sur trop peu d’espace. La même histoire, déjà, il y a 9000 ans. Les grandes plaines. La terre, vaste et verdoyante. C’est parce qu’elle est accueillante et riche en gibiers que les hommes se regroupent ici. Ils chassent pour se nourrir, ils en viennent à chasser par jeu ; enfants cruels et aveugles, ils ne voient pas disparaître la diversité ni se clairsemer la faune. Avec eux disparaissent les mammouths, les chameaux camelops, les paresseux terrestres, les chevaux (le cheval du Mexique, le cheval du Yukon, d’autres encore : 15 espèces s’éteindront).
Plus tard, bien plus tard, des hommes traversent la mer et envahissent le continent. Ils avancent vêtus de cuirasses étincelantes, montés sur d’étranges montures qui les font ressembler à des centaures : ceux qui vivent là ont oublié les chevaux, comme ils ont oublié les mammouths et les camelops. En 1541, près de la grande boucle d’une rivière que les indiens sioux appellent « acansa », qui signifie « lieu en aval », Francisco Vázquez de Coronado rencontre les ancêtres du peuple Wichita. Les Wichita combattaient les Wazházhe, ou Ouasash, qu’on appellera plus tard, par déformation, les Indiens Osage. Les Wazházhe, « enfants de l’eau du milieu », entretiennent des liens étroits avec la tribu Kaw, le « peuple du vent du sud ». Les Kaw, ou Kanza en langage sioux, donneront bientôt leur nom aux grandes plaines. Il y a un territoire, ici, particulièrement propice au travail du sol. Ils l’appellent Tó Ppí Kˀé : « un bon endroit pour planter des pommes de terre ».

Wichita est la plus grande ville du Kansas, située dans le centre-sud, sur la rivière Arkansas. Son aéroport est le plus grand de l’État. Depuis l’Interstate 35, il faut un peu plus de deux heures pour rejoindre Topeka en voiture, en passant par Osage City.


Tout un été d’écriture #6. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
(et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).