L’Angleterre, c’est ma première histoire d’amour, et c’est mon premier baiser.
Je rencontrais Alison à dix ans, au cours de l’été 1978, dans un camping de Loire Atlantique, et tombais foudroyé, amoureux au premier regard. Alison ne parlait pas français, je bafouillais tout au plus quelques mots d’anglais. Nous communiquions malgré tout, traçant nos noms dans le sable, marchant timidement l’un près de l’autre sur le bord de la plage, main dans la main, deux enfants complices jouant un jeu encore innocent devenu incompréhensible aux adultes. Je partais huit jours plus tard sans avoir pu lui dire adieu. Ce fut un long chagrin d’amour, un bleu à l’âme dont je porte encore l’ecchymose, une blessure profonde devenue douce et qu’on appelle mélancolie ; c’est un blues qui ne me quittera plus.
Deborah, je la rencontrais 6 ans plus tard. Nous étions une vingtaine d’adolescents, filles et garçons, en stage d’intégration en vue d’un séjour long à l’étranger. Deborah avait deux ans de plus que moi, et s’apprêtait à rentrer chez elle en Angleterre après trois mois passés en France. Elle avait des rudiments de français, mais s’amusait de mon anglais de pacotille, et je m’escrimais une nuit durant à la faire rire, assis sur les marches de l’escalier conduisant à nos chambres, tâchant de repousser le plus longtemps possible le moment de nous séparer, tenant timidement sa main dans la mienne sans oser encore aller plus loin. Elle riait de mes maladresses et j’aimais son sourire. Enfin, elle se blottit contre moi, et sans plus rien dire, serrés l’un contre l’autre, nous regardâmes le jour se lever. Elle fumait et notre premier baiser échangé à l’aube avait le goût de cendre des matins gris d’automne.
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Vous pourrez également me retrouver et vous faire dédicacer le livre le weekend prochain, samedi 13 mai, au Salon du livre du Grand Narbonne, sur le stand publie.net.
Dans un pub, non loin de St Christopher’s place, il y a une inscription au plafond que l’on ne peut vraiment lire qu’allongé sur le sol. C’est une citation attribuée à l’acteur Oliver Reed : S’ils peuvent se coucher sur le plancher sans avoir à se tenir, alors ils ne sont pas ivres, tout juste se reposent-ils. Au Hand and Shears, sur Middle street, les prisonniers étaient jugés à l’étage, et si le jugement était en leur défaveur, ils étaient autorisés à boire un verre au bar avant d’être conduits à la potence. Le Two Brewers, du côté de Covent Garden, s’appelait autrefois le Sheep’s Head, parce qu’on y déposait chaque jour à côté de l’entrée la tête d’un mouton fraichement abattu.
Un chien, plus vrai que nature, portant sur sa tête une lampe surmontée d’un abat-jour, est installé au-dessus de la porte du Black Dog, à 200 mètres de notre hôtel, du côté de Vauxhall. C’est une grande pièce qu’un simple comptoir sépare des cuisines. On y sert des burgers et du fish & chips, et on y propose à la pression une dizaine de bières différentes.
La sortie de L’appel de Londres en mai dernier s’est accompagnée de plusieurs bonus — carte, lectures, photos, etc. —, disponibles pour les abonnés publie.net, et désormais accessibles à tous ici.
J’avais pour l’occasion enregistré une lecture du prologue, mis en musique par Lilac Flame Son, dans un esprit très 80’s qui collait bien au livre. Je vous en propose aujourd’hui un mix un peu différent.
Lilac Flame Son et moi nous connaissons depuis l’adolescence, et nous avions en ce temps-là l’idée de faire de la musique et de monter un groupe de rock. Nous avons réalisé quelques démos, et puis la vie nous a entrainés vers d’autres chemins. Cependant, nous n’avons jamais perdu l’envie de travailler ensemble, et ce morceau marque la naissance d’une nouvelle collaboration que nous espérons riche.
Ainsi, à l’occasion du Ray’s Day, qui se tient le 22 août prochain, nous vous proposerons un nouveau morceau, extrait d’un projet en cours intitulé « récits de la grand-route ».
Enfin, il est probable que je participe à la rentrée, sur Paris, à des rencontres et des lectures, peut-être accompagné de musiciens (mais sans Lilac Flame Son : le bougre habite San Francisco).
Go where we may, rest where we will, Eternal London haunts us still. Thomas Moore
De passage à Londres en octobre dernier, je tombais dans une librairie sur un petit livre que je ne connaissais pas, Here is New York, d’Elwyn Brooks White. À l’origine, White doit écrire un article sur Big Apple pour le journal Holiday. Aussi, au mois d’août 1948, il s’enferme dans une chambre d’hôtel à Manhattan, et dans la chaleur moite de l’été, à une époque où il n’y a pas encore d’air conditionné, avec la fenêtre ouverte pour récupérer un peu d’air frais et capter les bruits de la ville, il écrit en quelques jours un court essai un peu nostalgique, une ode aux New-Yorkais et à leur ville. Une ville, déjà, qui semble disparaître sous ses yeux. Trop long pour un article, son texte paraîtra finalement en livre l’année suivante.
De retour en France, inspiré par White, j’ai eu très vite envie d’écrire un livre court consacré à Londres, qui me fascine depuis l’enfance : si je ne suis pas Londonien de fait, je le suis assurément de cœur. Peu de temps auparavant, Thierry Crouzet s’était lancé le défi d’écrire un livre en trois jours : il n’y était pas complètement arrivé, mais au moins avait-il un premier jet solide. Séduit par cette idée d’écrire très vite un texte, je me fixais un objectif de 7500 mots (grosso modo la taille du livre d’E.B. White) et 15 jours pour le faire, sachant que je ne disposais que d’une à deux heures par jour. J’avais mon journal de voyage, un peu de documentation et pas encore de titre, mais une idée assez claire d’où je voulais aller (sans forcément savoir comment y arriver). Le premier jour, j’écrivais 667 mots. Le 8 novembre, je notais dans mon journal : autour de Londres, le projet d’écriture se poursuit. Écriture libre, sans trame ni but défini. Le défi, modeste : 7500 mots minimum pour un premier jet, terminé au plus tard le 15 novembre. À mi-parcours, 4095 mots. Pour le moment, ce qui compte, c’est avancer sans s’arrêter.
Le 13 novembre, j’avais atteint mon objectif, et j’avais un titre : L’appel de Londres. Surtout, j’avais encore des choses à écrire. Je m’accordais quelques jours supplémentaires. Le 20 décembre, enfin, je notais dans mon journal : le voyage à Londres est fini. L’écriture est finie. J’envoyai bientôt le texte à publie.net accompagné d’une note d’intention : c’est Londres, mais c’est tout à la fois l’Angleterre, et c’est aussi Paris. C’est un récit de voyage et un rêve, un fantasme et une mélancolie, ce sont des larmes et du sang et quelques notes de rock’n’roll.
Début mars, Guillaume Vissac et Matthieu Hervé commençaient avec moi le travail de relecture et d’édition. L’envers du décor, la tambouille interne : échanges, suggestions, Matthieu insistant sur la structure d’ensemble, Guillaume sur les détails, plusieurs semaines d’un long et stimulant travail pour aboutir au texte définitif. Depuis le 29 mai, le livre est disponible dans la collection publie.rock, sous une belle couverture réalisée par Roxane Lecomte, qui a également réalisé le fichier numérique du livre, absolument superbe. Il s’accompagne d’une page dédiée proposant une playlist, des vidéos, une carte, trois lectures du texte et une sélection de mes photos. Guillaume, Matthieu et moi avons chacun enregistré une lecture, toutes les trois différentes, et, pour celles de Matthieu et de Guillaume tout au moins, très réussies. D’habitude, je n’aime pas beaucoup entendre ma voix, mais cette fois, peut-être parce que je sortais d’une petite opération qui m’avait laissé un peu groggy, j’acceptais aussitôt la suggestion de Guillaume et me prêtais au jeu de l’enregistrement, et même, je proposais à un ami musicien, Lilac Flame Son, de mettre tout ça en musique. Je suis extrêmement heureux du résultat, tout à fait dans l’esprit du livre, avec un arrangement très années 80 : « petit délire synth pop… beaucoup d’eighties… on y entend Londres… on y entend Tokyo… Orchestral manoeuvre in the dark of the night, en quelque sorte », résume Lilac Flame Son.
Sept mois se sont écoulés entre le jour où j’écrivais les 667 premiers mots et la publication de L’appel de Londres. À l’arrivée, le texte fait quelque chose comme trois fois la taille que je m’étais initialement fixée. Il est publié par un éditeur dont j’admire particulièrement le travail, et dans une collection qui m’est chère. Enfin, mon livre ne ressemble en rien au Here is New York de White, et ça, pour moi, c’est plutôt bon signe.