Fenêtre sur cour

fenêtre sur cour

Sonné, voilà. On est sonné, KO debout.
On sait qu’il faudrait publier quelque chose, écrire, mais écrire quoi ? Écrire au moins pour soi, parce qu’on est vivant ; même si on ne sait pas quoi ni pourquoi, écrire quand même. Dans les premières heures, on ne peut pas, mais les jours qui suivent, oui, les mots viennent, les mots coulent même assez bien. On est surpris d’écrire un texte qui résonne, au moins pour soi, un texte qui n’a presque rien à voir avec ce qui vient de se passer.

Ce texte, on ne le montre pas. Pas maintenant. On voudrait qu’il soit lu, mais pas aujourd’hui. On le voudrait détaché de l’immédiate actualité, et il est bien trop tôt pour ça.
Il rejoint les autres textes qui s’accumulent, classés dans l’ordinateur, dans des fichiers qui font des ensembles qui eux-mêmes s’organisent peu à peu. Ils grossissent, aussi on espère qu’ils feront bientôt des livres. On l’espère, parce que les livres sont notre dernier refuge : « O Dieu ! Je pourrais être enfermé dans une coquille de noix et me regarder comme le roi d’un espace infini, si je n’avais pas de mauvais rêves » dit Hamlet. Un livre nous libère de nos mauvais rêves, un livre est une coquille de noix qui contient l’espace infini.

Les mauvais rêves, sans doute qu’ils sont venus visiter Françoise Renaud au lendemain des inondations qui, en septembre dernier, ont détruit son village, et en partie sa maison. Elle en a fait un livre, un texte émouvant et beau qu’on peut lui acheter directement (pour la contacter, c’est ici. Vous pouvez aussi l’acheter en ligne). Le livre coûte 10 €, port inclus, et, nous dit-elle « les petits bénéfices engendrés par cette parution seront consacrés à la restauration du mur de soutènement de mon jardin et aux plantations printanières ».

Lire et écrire, planter et restaurer, être solidaires, ensemble, pour réussir à se relever. Arriver à se détacher de la fenêtre qui donne sur la cour et sortir dans la rue, marcher comme avant, retrouver ses amis, dans l’insouciance et les rires : espérer bientôt retrouver la couleur.


photo : Montpellier, janvier 2015.


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Chien à la fenêtre

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Fenêtre 2

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Une photo par jour : 327 – Mars 2014

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Fenêtre 1

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Une photo par jour : 326 – Mars 2014

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Regarder tomber la grêle

Derrière le rideau

Une photo par jour : 291 – février 2014

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Une photo qui n’existe pas ailleurs qu’en moi

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Ça commence comme ça, avec un texte de François Bon qu’on lit au petit matin, assis dans l’obscurité, le jour naissant, le café chaud et noir dans la tasse qui réchauffe les mains. Il fait froid dans la cuisine, le chauffage est cassé. Par la fenêtre sale, le jour se pointe, il a plu toute la nuit et il pleuvra encore tout le jour, mais à cet instant il ne pleut plus. À cet instant le temps est suspendu aux mots et au café, à la fatigue accumulée, et on hésite encore entre trouver la force de continuer ou aller se recoucher. On regarde l’arbre dehors où est le nid de frelons que les oiseaux découpent depuis des semaines, on l’observe se transformer en ruine, Babylone de rien des insectes prédateurs, on prend une photo, vite fait, une photo de rien, pareil, une photo qui ne veut rien dire en soi, une photo pour soi, une photo qu’on regarde plus tard, après la route, une photo du soir qui nous ramène loin en arrière, une photo qui vaut pour ce qu’elle porte d’une image cachée, la photo de l’hiver 67, une photo de Zimmerman à Woodstock pour un disque enregistré à Nashville le mois où l’on est né, la photo qui n’existe pas de l’hiver 85 à Topeka, on a tout juste 18 ans, assis sur le porche d’une maison en bois, jean et t-shirt et une cigarette contre le froid, une photo de l’hiver 1988 à lire Lennon au coin d’une cheminée, plongé dans une torpeur induite par la fumée, une photo, encore, qui n’existe pas ailleurs qu’en moi, qui n’existe pas ailleurs que là, sur la feuille blanche de l’écran noircie par l’encre électronique pulsée par mes doigts qui courent sur le clavier.

Une photo par jour : 248 / Projet 52 : épisode 12 – janvier 2014

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rêve d’une route par un matin pluvieux

route sous la pluie

Une photo par jour : 247 – Près de Montpellier, France, janvier 2014

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