élégie de rien

ici repose

Au matin du dernier jour au moment de partir pour mon plus long voyage quand mon cœur trop lourd finira par lâcher je veux une dernière fois réchauffer mes vieux os à la chaleur d’un feu. Pas de prêtre : flammes de l’enfer ou non, le bien, le mal, ma vie et ce que j’en ai fait, la messe est déjà dite. Que l’on me joue Blue Moon, ou une fanfare ou ce que vous voudrez, mais pour finir s’il vous plait quelques notes de musique ; et mes amis, si d’aventure il s’avère qu’il m’en reste, qu’ils aillent ensuite jeter mes cendres aux quatre vents, qu’ainsi on me laisse partir, rejoindre mes démons, mes fantômes et mes rêves, rejoindre mes souvenirs et disparaître enfin, il sera plus que temps.

Une photo par jour : 312 – mars 2014

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Après la nuit

Dormir, elle a dit. Tu dois dormir maintenant, et s’endormir presque aussitôt avec un air de Dylan dans la tête.
Se réveiller, bien plus tard, sans plus savoir où l’on est, se tourner dans le lit, et voir le jour depuis longtemps levé percer la porte en bois de la véranda. Un air de Vic Chesnutt dans la tête, rêver que dehors c’est une ferme du Montana, dehors c’est Nashville, c’est Rio Rancho ou un motel en Arizona. Tendre le bras, attraper le téléphone posé sur la table de nuit, et voir qu’il est bientôt 11 h. Un air des Cowboy Junkies dans la tête, se dire qu’un café noir ferait vraiment du bien. Se lever, prendre en photo avec le téléphone la porte et le jour au travers et se dire qu’ici c’est chez nous, et qu’on y est bien.

Une photo par jour : 268 – janvier 2014 / Projet 52 – épisode 14

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Intersate 40

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Il est 7 h 22 à Rio Rancho, New Mexico, 6 h 22 à San Francisco et 15 h 22 à Paris. Nous sommes le dimanche 20 octobre, voilà une semaine pleine que nous sommes sur la route, et nous attaquons la deuxième partie du voyage.
Nous avons quitté Flagstaff hier peu après 8 h et pris l’interstate 40 que nous avons suivie pratiquement tout du long sur 328 miles (527 kilomètres), jusqu’à Albuquerque. Nous nous sommes posés une première fois pour un brunch copieux chez Denny’s, en plein territoire Navajo, et ici pratiquement tout le monde était indien, le personnel et les clients, à l’exception de deux ou trois bikers et des routiers de passage, rednecks pur jus. Plus loin, nous nous sommes arrêtés quelques fois pour prendre des photos ou visiter des boutiques d’artisanat local, et il fallait chercher au milieu du fatras pour touristes pour espérer trouver un peu d’authenticité, mais peu importe, nous n’étions pas là pour acheter : le Nouveau-Mexique nous attendait, Albuquerque et Santa Fé down the road nous combleraient.

Tout du long, nous avons écouté une playlist que j’avais élaborée consciencieusement comme un long hymne à l’Amérique, cette Amérique que je porte en moi depuis 25 ans, celle qui m’est apparue quand j’ai pour la première fois mis le pied sur ce territoire, celle qui va de New York à Chicago, de Topeka au Grand Canyon, de Flagstaff à Los Angeles ; l’Amérique profonde, celle des champs de blé à perte de vue, des déserts et des canyons, celle qui s’écrit en roulant, celle que Kerouac écrivit sur un rouleau. Une Amérique qui ne me lâche plus, une Amérique chantée par Dylan, Springsteen, Elliott Murphy ou Johnny Cash.

Le paysage qui nous conduisit de Flagstaff au Nouveau-Mexique a été tout du long magnifique, un éblouissement continu, et je garde en moi cette image particulière, avec en fond sonore, la reprise de Blue Moon par les Cowboys Junkies, douce et mélancolique : face à moi, la route, qui s’étend à à perte de vue, et sur ma droite, le désert, au loin une montagne teintée de rouge et devant un train de marchandises qui passe lentement, trainant ses dizaines de wagons, un convoi si long qu’il semble ne jamais devoir finir.

Une photo par jour : 197 — Quelque part sur l’interstate 40, en Arizona
Fragments d’un voyage : De Las Vegas au Nouveau Mexique, octobre 2013

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