Le cavalier prend la reine

Mon moment Martin Parr…


Photo : Monaco, mai 2015

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Baby you can drive my car

I got no car and it’s breaking my heart
But I’ve found a driver and that’s a start

Baby you can drive my car
Yes I’m gonna be a star
Baby you can drive my car
And maybe I’ll love you


Photo : Barcelone, mai 2013
Drive my car (Lennon/McCartney)— The Beatles © SONY/ATV MUSIC PUBLISHING LLC

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Walkin’ the dog

walking the dog

Je sens alors, pourvu que je ne me hâte, que je ne cesserai jamais d’être.

Lorsque je suis tombé la première fois sur cette phrase de Rilke, dans mon empressement, j’ai sauté la négation première et j’ai lu « pourvu que je me hâte ». C’est qu’un sentiment d’urgence me poussait alors — il me pousse toujours, mais je ne le laisse plus faire —, une course sans fin pour rattraper le temps perdu, un sprint vers l’abime.

Je me suis mis tôt à la photo, à 17 ans, mais pour une raison qui m’échappe, après 6 mois d’une pratique intensive, j’ai remisé ça dans un coin de mon esprit pour n’y revenir qu’en 2012. Tout était à réapprendre, et parmi ces choses à apprendre, il y avait la patience et il y avait le regard.
La photo m’a enseigné comment ralentir, m’a initié à la maitrise du temps, elle m’a appris à arrêter l’instant : l’œil dans le viseur, tourne lentement autour des protagonistes, organise la scène, fige les personnages, enfin rends-les au monde en déclenchant l’obturateur.
Clic-clac. Rideau. La vie normale reprend son cours, et personne n’a rien vu.

Apprendre à regarder autrement, c’est adopter le point de vue de l’autre, s’accroupir, comme ici, pour voir ce que le chien voit, tourner autour des choses, s’arrêter sur ce que personne ne regarde. Figer l’éphémère, fixer jusqu’à l’épuiser le détail insignifiant pour en révéler le mystère caché, ouvrir des portes qui donnent sur l’inconnu : « je sens alors, pourvu que je ne me hâte, je ne cesserai jamais d’être ».

Le chien, lui, ne se pose sans doute pas ces questions-là. Le chien, seul, comme perdu au milieu de la foule, impassible ; le chien, mon ami d’enfance, mon double.

Now, if you don’t know how to do it
I’ll show you how to walk the dog
C’mon now c’mon
If you don’t know how to do it
I’ll show you how to walk the dog


photo : Barcelone, février 2015.
Walking the dog : paroles et musique de Rufus Thomas


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L’IMPOSSIBLE RETOUR — (No direction home)

… Et puis, le retour ; l’impossible retour.
Les portes du bus s’ouvrirent enfin, je sortis sur le trottoir, et mon père qui m’attendait ne me reconnut pas.
J’étais revenu chez moi. Pourtant, chez moi, désormais, me semblait être ailleurs. On prit mon sac et l’on me prit par l’épaule. On me tirait par le bras, on me palpait : on s’assurait que j’étais bien là. La main qui me serrait, c’était de l’amour, mais c’était aussi une prison.

La ville, les rues paraissaient étroites. Mes parents me semblaient vieux. Ils me posaient des questions auxquelles je ne savais pas répondre, et quand je leur parlais, ils ne comprenaient pas. Mes parents étaient sourds.

L’impossible retour… Il fallait faire cependant bonne figure. Il fallait ne pas paraître ingrat. Les amis, la famille, le défilé incessant des premiers jours, et pour chacun un mot, un sourire. Il fallait réapprendre les liens, se remémorer les non-dits, convoquer d’anciens souvenirs déjà presque oubliés. Il fallait ne pas se tromper, ne pas décevoir ; les fils étaient ténus, mais il fallait s’y raccrocher.

Il fallait faire illusion. Sans jamais se mentir, sans se perdre, jouer le jeu, faire au moins semblant d’être là avec eux. Les autres me scrutaient, les autres semblaient ne pas être dupes. Il me fallait trouver les mots, réapprendre la langue. Il fallait être attentif, conciliant. Il fallait se montrer humble.
Les autres perdaient patience, ils ne comprenaient pas. On ne s’expliquait pas mon envie de si tôt repartir.
L’impossible retour… Mon cœur pesait lourd, je portais les stigmates d’un amour lointain, un premier amour que je dépliais en moi comme on déplie une carte pour y tracer des routes, les chemins d’un ailleurs fantasmé. Mais déjà la carte, sous le poids de ma plume, se déchirait par endroits.

Les autres ne comprenaient pas. Les autres croyaient savoir, leur cœur était sec. Il aurait fallu ne jamais partir pour grandir avec eux. Le bleu du ciel trop pâle, la lumière, les odeurs me pesaient. La torpeur envahissait tout. Et l’on me retenait encore. On voulait me garder ici, me garder pour soi. Les fils que j’avais tirés s’emmêlaient, m’enserraient, ils me maintenaient prisonnier.
Dans le ciel, je voyais les avions passer, de plus en plus haut ; ils partaient de plus en plus loin et je n’avais d’autre choix pour l’instant que de rester ici.

Ici, le soir et jusque tard dans la nuit, je m’asseyais dans la chambre, dans le fauteuil près du lit. La pièce était grande et je redoutais maintenant de m’y perdre. Les murs aux teintes pastel, c’était moi qui les avais peints autrefois, mais je ne m’y retrouvais plus. Le lit, un matelas posé à même le sol, la stéréo posée à côté, de façon à pouvoir l’éteindre sans avoir à me relever, c’était moi qui l’avais ainsi installée.
Sous mes doigts, les touches n’étaient pourtant plus les mêmes. Le souffle des enceintes ne m’était plus rien de connu et le bruit du lecteur de cassettes arrivant en fin de bande me faisait à chaque fois sursauter.
Au-dessus du lit, éclairés par le vasistas qui faisait dans la nuit danser sur les murs des ombres blafardes, les posters aux couleurs passées, fixés par des punaises rouillées, représentaient des groupes qui pour moi ne représentaient plus rien.
Restait le chien, couché à mes pieds. Dans le noir, quand mes larmes coulèrent, le chien poussa un soupir. Le chien savait. Le chien, je l’avais reconnu.


No direction home est un projet littéraire qui s’écrit d’abord sur le web. C’est le récit d’un voyage à travers les États-Unis, à différentes époques ; le récit d’un voyage intérieur dont le principe est expliqué ici.
Ce texte, comme le précédent, a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon, un été 2014.

Un chien andalou (5/5)

3 chiens et l'enfant

Et voilà qui clôt cette série. Ici, il faut imaginer que j’étais moi-même à peu près dans la même position que l’enfant, devant le chien noir. J’avais croisé ce monsieur et ses chiens un peu plus tôt, et déjà pris quelques photos sous son œil bienveillant. Je le suivais de loin, lorsque je vis l’enfant arriver, qui lui n’avait pas encore vu les chiens. Je me suis précipité, me doutant qu’il y aurait là quelque chose d’intéressant à prendre. Dans mon empressement, je n’ai pas eu le temps de m’occuper vraiment des réglages ou du cadrage, mais le résultat me plaît assez.

Séville, Espagne — juin 2014

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Un chien andalou (4/5)

devant la bodega

Séville, Espagne — juin 2014

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Un chien andalou (3/5)

DSC02862.jpg

Séville, Espagne — juin 2014

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