Chaud devant !

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Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. (Jean-Paul Sartre)


Photo : Paris, août 2016

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fantôme à la cigarette

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Photo : à Provins, dans un café, un après-midi d’été – août 2016.

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distensions du temps

Le café chaud, la tasse frôle à peine mes lèvres que l’odeur m’envahit déjà, elle adresse les signaux d’usage à mon cerveau engourdi, malade de la nuit passée, ça clignote orange là-dedans, il y a des sas qui s’ouvrent à grand bruit, je sens l’écho de portes lourdes qui se referment, le bourdonnement des neurones mis sous tension, le bouton MARCHE FORCÉE s’enfonce et ça claque et ça déchire à l’intérieur, ça s’agite derrière les yeux vitreux, c’est comme une lampe qui chauffe, voilà, j’aimerais que ce soit ça, un vieil amplificateur à lampes, mon cerveau, une machine ancienne mais bien huilée, du solide, une valeur sûre, mais chaque matin c’est plus dur, les lampes grésillent et sautent et il n’y a plus d’ampoules de rechange, modèle définitivement périmé, depuis longtemps au rebut, c’est presque un miracle que celui-là tourne toujours, ça chauffe par contre, ça oui, ça chauffe et l’allumage est de plus en plus lent, la mise en veille aussi, cela dit, comme un vieil ordinateur qui fait ses mises à jour, mais il n’y a plus rien à mettre à jour, sinon l’inventaire des cellules mortes et la consigne des rêves de la nuit passée, déjà presque oubliés, dûment enregistrés pourtant dans l’inconscient, qui ressortiront sans prévenir comme un retour d’acide, same player shoot again, des ombres qui passent, là, sous mes paupières qui peinent à s’ouvrir, des images fortes qui me secouent encore et je les touche du bout des doigts, mais c’est fugace, elles glissent furtives et leur sens m’échappe définitivement. C’est l’ordinateur central qui se charge de l’archivage sans que j’en sache rien, le résultat inscrit méthodiquement dans ma boite noire qu’on retrouvera peut-être quand tout sera fini, les parois encrassées du café déposé, le café chaud qui coule enfin dans ma gorge, cette première gorgée qui me brûle le palais, mais au moins, voilà : je sais que je suis en vie.


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon pour cet été 2015, vers le fantastique.

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Café sur la terrasse

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Une photo par jour : 353 – avril 2014

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Après la nuit

Dormir, elle a dit. Tu dois dormir maintenant, et s’endormir presque aussitôt avec un air de Dylan dans la tête.
Se réveiller, bien plus tard, sans plus savoir où l’on est, se tourner dans le lit, et voir le jour depuis longtemps levé percer la porte en bois de la véranda. Un air de Vic Chesnutt dans la tête, rêver que dehors c’est une ferme du Montana, dehors c’est Nashville, c’est Rio Rancho ou un motel en Arizona. Tendre le bras, attraper le téléphone posé sur la table de nuit, et voir qu’il est bientôt 11 h. Un air des Cowboy Junkies dans la tête, se dire qu’un café noir ferait vraiment du bien. Se lever, prendre en photo avec le téléphone la porte et le jour au travers et se dire qu’ici c’est chez nous, et qu’on y est bien.

Une photo par jour : 268 – janvier 2014 / Projet 52 – épisode 14

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L’arrière-salle

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Montpellier, septembre 2013
Une photo par jour : #151
Pas de nouveau thème ni de contrainte cette semaine : un peu de liberté ne me fera pas de mal !

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Couple en terrasse

Le couple

Arles, août 2013
Une photo par jour : #128

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Une question de point de vue

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Une question de point de vue.
Une photo par jour : #118
Assis sur ma terrasse, il est un peu plus de 7h et je viens de boire mon café en relisant une nouvelle fois les propositions 6 et 6bis de l’atelier d’écriture estival de François Bon.
Il est 7h25, je viens de poster un nouvel article sur le blog, et je me demande ce que sera aujourd’hui la photo du projet 365.
Il est 7h30, je m’étire sur mon fauteuil de jardin et, penchant la tête en arrière, je crois tenir une idée. Mon appareil est rangé, mais j’ai toujours mon téléphone à portée de main…

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L’idée, c’était ça (Projet 52 – épisode 10)

L’idée, c’était ça : se lever tôt pour écrire. Se faire un café, et sortir sur la terrasse, à une heure où il fait relativement frais. Sortir dehors, avec l’ordinateur sous le bras, et écrire, assis sous le mûrier. À ce moment, le soleil n’est pas encore tout à fait levé et la luminosité ne gêne pas le travail sur écran. Et quand cela ne sera plus possible, quand le soleil brillera haut dans le ciel, il sera toujours temps de rentrer. La chaleur, de toute façon, incitera alors à rechercher une fraicheur toute relative à l’intérieur.
Mais, pour le moment, il fait bon, et les premières gorgées du café viennent dissiper les derniers voiles du sommeil. La maison, elle, dort encore. On sait les enfants dans leur chambre, couchés tard la veille. On se prend à imaginer leurs songes, on sait que l’on se trompe sûrement : leurs rêves ne sont en rien semblables aux nôtres quand nous avions leur âge. On pense alors à sa compagne endormie, qui peut-être nous cherche distraitement du bout des doigts dans le lit. On regarde les chats, levés bien avant nous, qui paressent sur les pierres, et si l’un d’eux nous tourne un peu autour, réclamant quelque attention, les autres semblent ne pas faire grand cas de notre présence.
On allume l’ordinateur, et c’est la messagerie que l’on regarde tout d’abord — il n’y a rien, c’est fou comme en définitive les gens profitent de la nuit pour dormir ! —, avant d’ouvrir Le Monde : rien de neuf non plus depuis la veille (on s’était couché tard, on se lève tôt, rappelons-le) : Le Caire poursuit sa révolution, un train a explosé au Québec, un avion s’est écrasé en Californie, un ex-agent de la NSA se terre encore à Moscou ; ici et là, quelques conflits font toujours rage. Enfin, de guerre lasse, on clique sur la petite icône du traitement de texte, mais la page blanche reste la même, qu’elle soit de papier ou de cristaux liquides emprisonnés entre deux plaques de verre, et nous voilà bien embarrassé, levé tôt pour écrire et sans inspiration ni la moindre idée de départ. Pas le plus petit fil conducteur, rien, l’esprit parasité par mille pensées furtives, le regard distrait par le ballet des papillons qui tournoient autour de nous, et des fourmis dans les jambes qui commencent de nous tirailler. Il est temps de se faire un autre café, se dit-on. Un second café nous redonnera du cœur à l’ouvrage, la substance psychoactive de la caféine, se plait-on à croire, devrait bien contribuer à nous guider dans l’écriture de notre texte.

Ressortir sur la terrasse, donc, une tasse de café frais à la main. Se rasseoir pour le boire, et tient, pourquoi pas, prendre ce livre qui traine et dont on a déjà lu la moitié hier soir, avant que le sommeil ne nous oblige à le poser. Prendre le livre et lire deux ou trois pages, puis cinq, puis continuer plus loin, laisser la fiction reprendre ses droits, les phrases se délier en et devant nous, se laisser porter jusqu’au bout par l’histoire. Et puis, le livre terminé, étendre ses jambes et s’étirer longuement, alors que la maison commence de s’agiter. L’idée, c’était ça : se lever tôt pour écrire. Mais lire seul, dehors, dans la fraicheur du matin, ce n’est pas mal non plus.

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Julia

C’était, je crois, en février. Je me souviens qu’il faisait froid. Je m’étais installé dans l’arrière-salle d’un café pour travailler au calme. J’étais occupé à relire des notes quand ils sont entrés et se sont installés à deux tables de moi.
Je levais un instant les yeux vers eux, décidé à me replonger presque aussitôt dans mes brouillons, mais la jeune femme parlait avec très bel accent sud américain et je n’arrivai pas à me détacher de sa voix.
Aussi, je bus de mon thé, et décidai de l’écouter encore un peu. Des quelques bribes entendues, je faisais déjà une histoire, sans préjuger de ce qui précédait, sans rien savoir de ce qui suivrait. Peu m’importait, cette scène là était à moi, image mouvante volée au temps.

Je ne savais pas leurs noms. Appelons la Julia. Appelons le Pierre.
Pierre était bien mis, plutôt sûr de lui et sans doute assez à l’aise financièrement. Il était plus âgé qu’elle. Plus âgé que Julia. Peut-être dix ans de plus. Il parlait beaucoup, il voulait l’aider, disait-il. Il voulait la séduire, ne savait trop comme l’exprimer. Il ne l’exprimait que trop. Il était sous son charme, mais elle n’était pas attirée par lui. Il l’amusait, il était gentil, mais elle n’aimait pas sa façon de vouloir la prendre sous son aile, comme si elle était trop fragile pour se débrouiller seule. Elle était fragile, mais savait qu’elle ne devait pas lui donner trop de pouvoir sur elle. Elle comprenait qu’il y aurait sinon un prix à payer. Qu’il réclamerait son dû. Elle ne le voulait pas. Il n’était pas laid, non, et même, plutôt séduisant, mais elle n’imaginait pas son corps sous le sien, lourd et déjà usé. Elle n’imaginait pas ses seins fermes pétris par ses mains tachées, flétries par les années, ses mains dont les doigts tapotaient nerveusement le paquet de cigarettes posé sur la table. Elle ne voulait pas que sa bouche, pleine de goudron et de fumée, vienne embrasser ses lèvres charnues. Elle ne voulait pas jouer ce jeu-là. Elle ne voulait pas le voir soudain rayonnant, heureux et beau, tout à coup plus jeune d’avoir bu à sa source, parce que cette jeunesse retrouvée, il la lui aurait forcément volée. C’est ce qui lui faisait peur. C’est pour ça qu’au fond, elle ne l’aimait pas. Et pour cela aussi que ce jour-là, elle refusa délibérément son aide.

— Et tu voudrais faire quoi, ensuite ? Lui demanda Pierre après un long silence.
— Je ne sais pas, fit-elle. Libraire ?
— Libraire, c’est dur, dit-il.
— Oui, répondit-elle aussitôt, avec un sourire de défi.
— Et ça ne paye pas, ajouta t-il.
— Oui. Mais c’est romantique.
— Oui, c’est romantique, concéda t-il. Si tu n’as pas besoin d’argent, alors c’est parfait.
— Oui. C’est parfait.