Fuir et se retrouver

les ombres on les croise au matin
soi-même en route
perdu pour mieux se retrouver

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Touriste en bleu

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Séville, Espagne — juin 2014

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Solitude de l’agent d’entretien

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Séville, Espagne — juin 2014

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J’ai été paquet de cigarettes dans un compartiment de non-fumeurs, à mesurer mes chances

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 » J’ai été paquet de cigarettes dans un compartiment de non-fumeurs, à mesurer mes chances (…)
J’ai été, j’ai été… je suis tout… Je suis toi, passant du boulevard des Italiens, avec la néphrite qui te travaille. Je suis vous, mademoiselle du Café de la Place, vous dont j’invente la jarretière patiemment arrimée ce matin quand, pressée, vous mîtes une pièce de vingt sous pour tendre le bas sur votre jambe frileuse, car le bouton de votre minutieux appareil avait cédé. Je suis toi, mendiant des supplices, avec ta gamelle à sonnaille. Je suis toi, monsieur le ministre du travail qui sues, la nuit, je ne sais quel humide remords qui te rend fat, précis et malheureux. Je suis toi, soldat-musette, je suis toi, le chien d’aveugle, toi le chien de riche. Je suis aveugle et riche et me crève ce qu’il me reste d’yeux dans la bouche, dans le nez, dans les oreilles et dans les mains… et je ne suis plus qu’un écrivain qui écrit.  »

(Léo Ferré — Benoit Misère)

Photo : Séville, Espagne — juin 2014
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Refaire le monde

les deux amis

Un soir de juin, bodega Santa Cruz Las Columnas, à Séville, deux amis autour d’un verre refont le monde.

Photo : Séville, Espagne — juin 2014
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L’art du tapeo

Tapeo

Deux traditions illustrent bien la douceur de l’art de vivre Sévillan : la siesta, parce qu’il fait trop chaud en début d’après-midi pour faire autre chose (d’aucuns ont baptisé la sieste le yoga espagnol), et le tapeo. Le tapeo, c’est passer de bar en bar, rejoindre des amis, boire une bière, un verre de vin, accompagnés de quelques tapas. Le soir, le tapeo peut vous emmener loin dans la nuit, et jusqu’aux rives du Guadalquivir. Des bars, bodegas, tabernas ou cervecerías, il y en a un peu partout à Séville, comme il y a des pubs en Angleterre.
On s’y retrouve aussi le midi, entre habitués. Avec les années, on bouge moins vite, on marche certainement moins loin. Les habitudes, on les garde : le bar pour déjeuner, on y vient tous les jours ou presque, en couple, un peu avant midi. On traine ensuite, le temps d’un autre verre, avant de rentrer juste à l’heure pour la siesta.

Photo : Séville, Espagne — juin 2014
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Dans l’ascenseur du Metropol Parasol

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Le Metropol Parasol, coût 100,6 millions d’euros, trois fois le budget annoncé par l’architecte Jürgen Mayer-Hermann. Commencée en juin 2005, la structure de bois — une surface de 11 000 m² reposant à 28 mètres au-dessus de la place de la Encarnación, à Séville — fut finalement inaugurée en mars 2011.
En 2007, une équipe d’experts remet un rapport à la mairie : l’architecte a négligé dans son projet les tests de faisabilité et de sécurité, et il faudra deux ans et 60 millions d’euros supplémentaires pour trouver une solution pérenne. En pleine crise économique, le projet est fortement controversé, et c’est peu dire que les Sévillans ont aujourd’hui encore un sentiment mitigé vis-à-vis du monument. Pour l’architecte, le design des six parasols de bois est censé rappeler la cathédrale de Séville ; pour les habitants, ce sont six champignons disgracieux posés au cœur de leur ville.

Samedi soir, nous allons dans le quartier Alfalfa dîner au comptoir de la Taberna Coloniales, une bodega relativement préservée des touristes. En sortant, nous marchons un peu, et nous retrouvons au pied du Metropol Parasol. 28 mètres de haut, ça n’est pas l’Empire State Building, mais ça surplombe quand même un peu la ville, et après une valse-hésitation, je me décide finalement à monter seul prendre quelques photos.
Dans l’ascenseur, deux jeunes et un couple de vieux Québécois qui me demandent dans un espagnol aussi approximatif que le mien si nous nous dirigeons vers la terrasse. Si, claro, je réponds, assez fier d’aligner deux mots sans trop me tromper. Lorsque les portes s’ouvrent, les deux jeunes sévillans s’enquièrent de quelque chose auprès du portier, qui leur indique un escalier tout de suite à gauche en sortant. Les voilà partis, et je décide aussitôt de les suivre, m’élançant vaillamment à l’assaut de la volée de marches, les Québécois sur mes talons. Je les entends qui soufflent et déjà marquent une pause à mi-chemin. Moi, il me tarde maintenant de voir Sevilla desde el cielo, si tant est que ça se dit comme ça !
Arrivé en haut de l’escalier en colimaçon, après un petit couloir étroit sans aucun charme, je me retrouve devant deux portes, l’une portant l’inscription caballeros, l’autre señoras : les deux garçons cherchaient les latrines.
On est où, là ? Glisse la Québécoise à son mari au moment où je les croise à nouveau, essouflés, en haut des marches. Les toilettes ! je leur fais, tout sourire. La terrasse, c’est plus bas ! ce qui les plonge aussitôt dans une profonde perplexité.

Pour finir, je fais le tour de la plateforme, profitant de Séville-vue-d’en-haut et by night, prenant quelques photos. Une petite demi-heure plus tard, nous sommes trois dans l’ascenseur qui descend. Le couple qui m’accompagne est improbable, une jeune femme souriante, américaine, accompagnée d’un vieux beau espagnol arrogant. Il n’en finit plus de la prendre en photo avec son portable, et lorsqu’enfin il tend son téléphone pour lui montrer les clichés, je les vise avec mon appareil et déclenche à mon tour.

Je retrouve L. quelques minutes après et, profitant de la relative fraicheur de la nuit, nous partons pour une longue ballade dans la ville, marchant jusqu’au Paseo de Cristóbal Colón qui longe le Guadalquivir, puis, coupant à travers les petites rues, nous rejoignons finalement notre hôtel.

Photo : Séville, Espagne — juin 2014
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