Peanut dust

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Peu après le départ de Randy, à 17 h 15 très précisément, nous sommes partis pour Albuquerque, où nous avions réservé une table au Texas Roadhouse : le soir, en effet, les Américains mangent tôt…

Texas Roadhouse, c’est une chaine de restaurants spécialisés dans la cuisine américaine traditionnelle, et l’on y mange bien. Dès l’extérieur, la fumée qui s’échappe de la cheminée au-dessus des cuisines vous met en appétit. L’ambiance ici est résolument western : les murs et le mobilier sont en bois, et il y a un bar au milieu de la pièce tout autour duquel on peut s’attabler, à moins que l’on préfère l’intimité et le confort des booths, ces espaces disposées sur les côtés où sont des banquettes et des tables. La country music joue à fond, il y a un vieux juke-box à l’entrée et des écrans géants fixés aux murs retransmettent un match de baseball.
Sur notre table, comme sur toutes les tables, un seau de cacahuètes non décortiquées, et les épluchures sont à jeter par terre de préférence : effet saloon garanti !
L. prend un steak et des ribs, moi un faux-filet de 350 g, le Fort Worth Ribeye, accompagné de buttered corn et d’une patate douce, servie avec du beurre et des marshmallows fondus, pas moins. Je fais passer le tout avec une pinte de Blue Moon. Un festin, oui, un régal, certes, mais quand même un rien excessif… C’est qu’ici, on ne plaisante pas avec la bouffe !

Après diner, nous nous arrêtons chez Wallmart. L. part à la recherche de lunettes de soleil, je file avec Bob au rayon spiritueux. Il prend une bouteille de bourbon 101 Old Kentucky pour la semaine qu’il s’apprête à passer dans le Kansas avec Randy. Là-bas, à cette période, la température le jour oscille entre 0 et -5°. Le bourbon, le soir, au campement, ne sera pas de trop.

De retour à la maison, c’est popcorn salé et soirée pyjama dans le canapé devant un film, et les popcorn pris comme ça ont le goût de l’Amérique.

Une photo par jour : 208 — Texas Roadhouse, Albuquerque, NM
Fragments d’un voyage : Le Nouveau Mexique, octobre 2013

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De passage à Albuquerque

À l’aéroport, chez Alamo, l’agence de location, le retour de la voiture fut une simple formalité, et nous sommes repartis tout de suite après avec Bob et Angelina en direction d’Albuquerque.
A défaut d’en être la capitale, c’est de loin la plus grande ville du Nouveau-Mexique, avec une population de plus de 555 000 habitants. Fondé en 1706 par les Espagnols, la ville profitera de l’expansion de la mythique compagnie ferroviaire Atchison, Topeka and Santa Fe Railway, qui, en installant en 1880 une gare à quelques kilomètres du centre-ville, permit le développement d’un quartier commercial et d’affaires, et à la fin des années 20, du tracé de la route 66 qui marquera le développement de l’industrie touristique.
Il y a beaucoup à voir à Albuquerque, mais pour l’heure nous nous contenterons d’une ballade dans old town, le centre historique, typique avec ses maisons anciennes en pisé et son église espagnole San Luis Felipe, où nous nous arrêtons quelques instants.
Dans une toute petite librairie, je trouve un livre des photographies du Nouveau-Mexique de Bernard Plossu, qu’il prit au cours des années 60 et 70, quand il visitait l’Ouest américain et l’Amérique du Sud. J’avais mis la première partie de notre voyage sous le signe de Kerouac. Plossu, ici, au Nouveau-Mexique, en assurait en quelque sorte la relève.
Tandis qu’ensuite j’étais parti m’acheter un happy skull, une sculpture en forme de crâne humain, colorée et ornée de motifs floraux, célébrant la Día de los Muertos, le jour des Morts, une fête indienne qui vient d’Amérique du Sud et qui date de bien avant l’arrivée des Espagnols sur le continent, L. a discuté, devant l’église, avec John, un vieux biker de 76 ans.
John, avec ses cheveux blancs et sa tenue de cuir, a quelque chose de Peter Fonda et pense avoir fait le tour de sa vie. Il accepte qu’elle le prenne en photo, mais lui dit qu’il ne sourira pas. Désignant le ciel, debout devant l’église, il lui dit qu’il attend maintenant de monter là-haut.

Une photo par jour : 202 — Old town Albuquerque, NM
Fragments d’un voyage : Le Nouveau Mexique, octobre 2013

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Intersate 40

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Il est 7 h 22 à Rio Rancho, New Mexico, 6 h 22 à San Francisco et 15 h 22 à Paris. Nous sommes le dimanche 20 octobre, voilà une semaine pleine que nous sommes sur la route, et nous attaquons la deuxième partie du voyage.
Nous avons quitté Flagstaff hier peu après 8 h et pris l’interstate 40 que nous avons suivie pratiquement tout du long sur 328 miles (527 kilomètres), jusqu’à Albuquerque. Nous nous sommes posés une première fois pour un brunch copieux chez Denny’s, en plein territoire Navajo, et ici pratiquement tout le monde était indien, le personnel et les clients, à l’exception de deux ou trois bikers et des routiers de passage, rednecks pur jus. Plus loin, nous nous sommes arrêtés quelques fois pour prendre des photos ou visiter des boutiques d’artisanat local, et il fallait chercher au milieu du fatras pour touristes pour espérer trouver un peu d’authenticité, mais peu importe, nous n’étions pas là pour acheter : le Nouveau-Mexique nous attendait, Albuquerque et Santa Fé down the road nous combleraient.

Tout du long, nous avons écouté une playlist que j’avais élaborée consciencieusement comme un long hymne à l’Amérique, cette Amérique que je porte en moi depuis 25 ans, celle qui m’est apparue quand j’ai pour la première fois mis le pied sur ce territoire, celle qui va de New York à Chicago, de Topeka au Grand Canyon, de Flagstaff à Los Angeles ; l’Amérique profonde, celle des champs de blé à perte de vue, des déserts et des canyons, celle qui s’écrit en roulant, celle que Kerouac écrivit sur un rouleau. Une Amérique qui ne me lâche plus, une Amérique chantée par Dylan, Springsteen, Elliott Murphy ou Johnny Cash.

Le paysage qui nous conduisit de Flagstaff au Nouveau-Mexique a été tout du long magnifique, un éblouissement continu, et je garde en moi cette image particulière, avec en fond sonore, la reprise de Blue Moon par les Cowboys Junkies, douce et mélancolique : face à moi, la route, qui s’étend à à perte de vue, et sur ma droite, le désert, au loin une montagne teintée de rouge et devant un train de marchandises qui passe lentement, trainant ses dizaines de wagons, un convoi si long qu’il semble ne jamais devoir finir.

Une photo par jour : 197 — Quelque part sur l’interstate 40, en Arizona
Fragments d’un voyage : De Las Vegas au Nouveau Mexique, octobre 2013

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