Catégorie : textes

  • La route de nuit


    Demande à ceux qui ont enfoui leurs réticences sous le trottoir : nos rêves nous conduisent en enfer, nous glorifions la nuit tant on a mal au jour. Les cauchemars s’adressent à l’âme de ceux qui inventent la route, seuls, submergés de désirs déglingués qu’on retrouve au matin, hésitants.
    L’humanité se perd, moi je chante le changement allongé dans ma nuit mentale, nos bouches enlacées de tendresse dans la solitude de nos yeux perdus dans le vague. La route danse parfois, la route secrète où s’avance le verbe, garce résolue qui toujours, toujours ira plus loin que nous. On est seul sur la route, baigné dans la lueur des phares qui font coucher la vie. Qu’importe la démence, nous sommes des enfants fous couronnés de détresse, la folie au fond des yeux c’est le génie de Dieu, notre abstraction commune.
    Et dire que dehors, c’est déjà la fin du monde.


    La musique dans l’autoradio : Anouar Brahem – Impossible Day (album Souvenance) http://www.anouarbrahem.com/fr/

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  • Éclats de nuit sans rêve

    éclats de nuit sans rêve
    Éclats de nuit sans rêve
    La pluie sur les feuilles
    L’heure du premier café


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  • Les corps à la renverse

    Les corps à la renverse

    Les corps à la renverse sur le lit,
    le danger des songes plane sur le sommeil,
    la merveilleuse averse des rêves délaissés,
    un élan qui s’attaque au néant quand pleurent nos baisers.

    Je devine alors l’extraordinaire d’une lumière adulte.


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  • par le trou de serrure

    (12) Se réveiller et se rendre compte qu’on ne se réveille pas. Ouvrir les yeux et c’est toujours le noir. (15) Quelque chose ne veut pas s’allumer. (30) Dans le miroir, le visage est ridé, vieilli, les yeux fous sont ceux d’un inconnu. (43) Dans le noir, les marches qui descendent à la cave luisent d’une lumière étrange, comme recouvertes d’un épais liquide. (7) Les araignées, partout. Je ne les vois pas, mais je les entends glisser. (73) La pièce est vide, je marche dans le rêve. Mon grand-père est assis à son établi. Il ne me voit pas. (28) C’est le bout du monde ici. Je ne connais rien, et personne ne me connaît. La lumière électrique illumine les rues nuit et jour, il n’y a pas de place pour le noir. (46) Quelquefois, il me semble voir une ombre, qui se cache et m’observe. (39) Quelqu’un sait. (13) Parfois, je ne dis rien, je fais comme si de rien n’était, parfois je ne peux pas, c’est plus fort que moi et je pars en courant, pris d’une peur panique. (33) Il y a un trou derrière les rayonnages. (4) Sous le château, la vieille est tapie. Elle vit là, cachée. J’entends ses histoires. Ses yeux percent la nuit. (24) Je savais ma terre condamnée. (67) Je me précipitais à l’étage, emporté par l’ivresse. (10) Le placard était restauré, les murs cachés par des cartons. Je devinais derrière les pierres humides, le fatras monstrueux qui envahissait le débarras. (2) Un par un, ils empruntèrent le passage. (42) Je me réfugiais là, accroupi, à l’abri du mur effondré. (99) Les vieilles tentures protégeaient la maison lourde de la lumière, mais l’humidité se déposait partout sur les murs. (52) Dans le village, des yeux épient derrière les portes. (16) À peine vêtu, il descend quatre à quatre jusqu’au salon, et trouve la porte fermée. Pourtant, il était seul. (18) Les corps flasques, éventrés, tenaient parfaitement dans le placard vermoulu. (78) Quelqu’un arrivait alors, qui voulait manger. (41) Jusque dans la cave résonne le son de cloches anciennes. (17) Depuis l’escalier, la maison semblait floue, le palier disparaissait, la pénombre coulait le long des marches. (45) J’entendais un souffle dans le noir, le parquet ciré faisait danser les ombres. (23) L’ivresse humide suinte du plafond. (87)Le jour d’après, Jean descendit à la cave, se réfugier dans le noir. (98) Je filais entre les pierres étroites. À ma gauche, quelque chose éclata. Il me semblait voir l’escalier, les pierres empilées, le bout du tunnel. Je glissais sur les parois lisses. Je devinais la lumière, mais la porte était fermée. Je frappais de toute mes forces et le bois céda. J’étais libre. Dehors, la forêt craquait dans le vent violent. (9) L’araignée devenue folle s’agitait dans sa toile, comme prise de vertige.


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon pour cet été 2015, vers le fantastique.

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