Catégorie : textes

  • Paris, Galerie Saint-Marc, février 2018


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  • l’odeur, le toucher, la bouche | tout un été d’écriture

    La voiture se dirigeait vers Kansas Avenue, les vitres ouvertes, et l’odeur des pins, mêlé à la fraîcheur des nuits d’été, a envahi l’habitacle. Coby, perdu dans ses pensées, conduisait sans rien dire, se laissant porter par la voix de David Lee Roth à la radio. Le jeune homme à ses côtés regardait la route défiler sous ses yeux. Il agitait distraitement sa main devant lui au rythme de la chanson. Il a alors senti, encore sur ses doigts, l’odeur de musc et d’angélique aux échos troubles de lichen et de fougère du sexe de Mari.

    Un peu plus tôt, ils étaient chez Yvonne, ils jouaient aux cartes, tous les quatre assis dans le salon. Sa main caressait les cuisses de Mari sous la table. Il sentait sous ses doigts le tissu rêche de sa jupe, le soyeux de sa peau se modifier soudain par piloérection. Il resta un long moment ainsi, laissant ses doigts glisser sur sa peau, effleurant les petits grains qui se formaient à la surface de l’épiderme par la contraction du muscle arrecteur des poils, réaction inconsciente de l’organisme lié à l’excitation.

    Avant d’aller chez Yvonne, ils sont chez Wendy’s, à l’angle de SW Gage Boulevard et SW Huntoon Street, entre Mcalister parkway et Westboro. Ils s’embrassent à pleine bouche entre deux bouchées de hamburgers, s’étouffant à moitié, riant, crachant, ils mordent dans le pain et la viande, mordillent leurs lèvres, leurs langues se mêlent, ils mordent encore, la chair élastique de la bouche de Mari dans sa bouche, et regardez-les qui se dévorent l’un l’autre : ils ont soif de sang, ils ont faim, faim de leurs corps, ça roule sous les langues, baisers, morsures, tout pareil.


    Tout un été d’écriture #10. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
    (et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

  • bande son | tout un été d’écriture

    Mari s’était levée, lui avait signe de la suivre. Lui, assis dans le salon, faisait mine de s’intéresser au film, seul moyen à sa connaissance de communiquer avec sa mère, coincée dans son fauteuil. Plus tard, il ne se souviendrait pas l’avoir jamais vue ailleurs que dans ce fauteuil. Il s’était levé malgré tout, passant devant elle sans qu’elle semble même le remarquer. Mais elle avait monté le son du poste avec sa télécommande. Mari l’avait entraîné dans sa chambre. Elle avait claqué la porte, blam ! éteint la lumière, l’avait poussé sur le lit. On entendait toujours la télé : It’s like five miles from here ! … drrr drrr drrr… quelque part, dans l’immeuble, un téléphone s’est mis à sonner sans que personne daigne répondre… sh-h-h… Ferme les yeux, elle lui dit… hmmm… il aimait quand elle lui passait la main dans ses cheveux, quand elle l’embrassait dans le cou… whoosh… froissement des draps, les peaux nues, leurs corps glissent… Boom… ils sont par terre… Ouch !… Be nice, kids, try to be nice! La voix haut perchée de sa mère, depuis le salon, et toujours la télé : The store opens next week, mate… sh-h-h… Ne ris pas ! Leurs bouches se rencontrent dans le noir… Ils rient sans bruit, leurs dents s’entrechoquent, ils s’embrassent, le parquet craque, une voiture passe, vrooooom, elle est déjà loin, awooga ! Coup de klaxon, coup de frein et boom ! et quelques minutes à peine après : wee-woo, wee-woo, la sirène d’une voiture de police… He just won the race !… thump thump thump son cœur bat à tout rompre… Toi aussi, elle lui dit à l’oreille. Moi quoi ? Tu as gagné la course, idiot !


    Tout un été d’écriture #9. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
    (et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

  • il pleut | tout un été d’écriture

    Tornado Alley : l’allée des tornades… la zone la plus active est la région des Grandes Plaines, entre les Rocheuses et les Appalaches. Le ciel, assombri par les nuages, pèse sur Topeka. L’entonnoir se forme à la base des cumulonimbus : un tourbillon, le cisaillement des vents dans la basse atmosphère. La nuit s’ouvre en plein jour ; un jour noir pour un monde sans espoir. Les cellules orageuses se déchaînent. Accélération du signal électrique vers les zones synaptiques : l’esprit s’ouvre à la rêverie en contemplant le ciel qui se déchire. Quand la vraie nuit rejoint enfin la part noire du jour, il faudrait s’abriter au sous-sol, mais le ciel trace une voie magique. Des choses volent qui ne devraient pas voler. L’univers se retourne. Densité absolue : pour un instant, l’âme est au diapason du monde.
    Derrière la lune, dit-on, au-delà de la pluie, il y a une terre où les rêves se réalisent. Il faut attendre encore, il y a un chemin à trouver. Un pas, deux, sur la route, face aux vents violents, regarder le couvercle qui s’apprête à sauter et ce qui s’en échappera recouvrira les murs noirs d’un bleu gris beau comme un ciel d’automne sans aucun nuage. Un ciel d’automne en plein été.
    Un ciel d’espoir.
    I have a feeling we’re not in Kansas Anymore.


    Tout un été d’écriture #8. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
    (et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).