Catégorie : instantanés

  • Face à la mer

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    La mer, depuis ma fenêtre, me manque parfois. Elle n’est pas loin de là où je suis habituellement, la mer, mais ça n’est pas comme s’endormir bercé par ses vagues, et rien ne vaut le café du matin, quand, face à la fenêtre ouverte, l’horizon où l’eau et le ciel se mélangent, l’esprit encore endormi accumule des images pour plus tard.


    Photo : Roquebrune-Cap-Martin, mai 2015

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  • Pensée pour mon père

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    Le 2 mai 2015, mon père aurait eu 91 ans. À San Remo, face à la mer, je regarde l’horizon. En face, invisibles à l’œil nu, il y a ces pays qui l’ont vu grandir. On les appelait les pays du Levant. Aujourd’hui le soleil se lève sur des ruines, les hommes là-bas se déchirent, les murs tombent et le sang coule. La mer charrie les rêves, elle charrie les morts et elle charrie l’espoir.

    Au moins, gardons quelque part en nous les rêves de nos morts, tâchons de ne pas perdre espoir.

    Photo : San Remo, Italie, le 2 mai 2015


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  • Are, bure, boke

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    L’image par elle-même n’est pas une pensée. Elle ne possède pas la complétude d’un concept. Elle n’est pas non plus un code interchangeable comme l’est le langage. Pourtant, sa matérialité irréversible — ce morceau de réalité qui est figée par l’appareil-photo — constitue l’envers de la langue, et pour cette raison, parfois, il stimule le monde du langage et des concepts.
    Lorsque cela se produit, la langue, figée et conceptualisée, se transcende, se transformant en un nouveau langage, et donc une nouvelle pensée.

    À ce moment singulier — maintenant — la langue perd sa base matérielle — elle perd sa réalité — et dérive dans l’espace, et nous autres photographes devons aller saisir avec nos propres yeux ces fragments de réalité qui ne peuvent être captés par le langage courant, nous devons activement produire ce matériau qui s’oppose au langage et à la pensée.

    En dépit de quelques réserves, c’est pour cela que nous avons donné en sous-titre à PROVOKE : « matériaux provocants pour la pensée. »
    (Nakahira & Taki 1968 | Manifeste PROVOKE)

    En 1961, le photographe William Klein est invité à faire un reportage à Tokyo. Son séjour est là-bas fortement médiatisé, et son style, qui se joue des règles, influence toute une génération de photographes.
    C’est la naissance du style « are, bure, boke » (brut, bougé, sans mise au point), qui s’illustre particulièrement dans les trois numéros de la revue PROVOKE, publiée à partir de 1968.


    Plus d’infos sur PROVOKE ici. Sur le voyage de Klein à Tokyo, on se réfèrera au très beau numéro 29 de la revue Polka et au site de la galerie éponyme.


    photo : Mèze, mars 2015.


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  • L’espoir

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    L’APPAREIL EST TENU HORIZONTALEMENT : maintenir l’appareil fermement. L’index de la main droite actionne le bouton de déclenchement. La première phalange du doigt appuie progressivement et produit un déclenchement sans secousse.

    L’appareil en mode manuel, fermer les yeux et voir. Oublier la couleur, se concentrer sur les formes, observer la lumière. Laisser l’image venir à soi. L’œil dans le viseur, l’appareil n’existe plus, et seul compte le regard.
    Allongé dans l’herbe fraîche, je n’existe plus, le temps s’est arrêté. L’index de la main droite actionne le bouton de déclenchement. La fleur devenue abstraite danse lentement sous la brise. La fleur est prisonnière du cadre ; en dehors du cadre, il n’y a plus rien.
    La première phalange du doigt appuie progressivement et produit un déclenchement sans secousse. L’instant suspendu s’évanouit. L’œil se détache lentement du viseur. Reste l’espoir.


    photo : Saint Mathieu de Tréviers, mars 2015.


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