Catégorie : cut-up

  • (Bad) news

    Dimanche matin, la rue jonchée de gobelets vides et de verres en plastique. Il y a pourtant des poubelles à 10 m de là. Misère… Mais au moins, pas de masques par terre (pas cette fois).


    Un vieux livre de SF (enfin, un peu plus jeune que moi, de quelques semaines), retrouvé par hasard dans le garage. Je pioche quelques lignes dedans, me laisse prendre, mais quand je tente une lecture linéaire, le livre me tombe des mains. Me vient alors une idée. Je sors de la bibliothèque quelques vieux bouquins, je les ouvre au hasard : je relève ici une formule, là, un mot, plus rarement une phrase complète. Je recopie, modifiant au passage le sens, changeant des mots, mixant les phrases d’un livre à l’autre. Je sample, en quelque sorte. Quelque chose germe, que je n’arrive pas encore tout à fait à formuler.

    J’ouvre une page vierge de mon traitement de texte, et j’y reporte fébrilement mes notes, tout à mon excitation créatrice. Je n’y suis pas encore tout à fait. 

    Une photo prise l’autre jour, que je réservais pour ici, m’a inspiré une suite de mots. J’en note exhaustivement les synonymes et les expressions dérivées, à la suite, dans le document ouvert. Un article scientifique lu ce matin me donne la clé de mon futur texte : une nouvelle, un récit fantastique on va dire, que j’espère finir pour l’envoyer par mail aux abonnés de mon infolettre, à temps pour Halloween.


    On accède au monde souterrain par le tronc fendu d’un vieux frêne… Depuis toujours, l’homme confine dans le sous-sol ce qu’il craint et souhaite écarter, mais aussi ce qu’il aime et souhaite sauver. (Robert Mcfarlane — Underland).

    Là, juste sous nos pieds, le temps se dilate, la roche devient liquide, la vie est un théâtre d’ombres : un monde qui tout à la fois nous fascine et nous effraie. Nous enfouissons sous terre nos déchets, nos trésors et nos morts. Dans des laboratoires souterrains, des scientifiques écoutent les étoiles et scrutent la matière noire…

    J’en suis au début de ma lecture, une centaine de pages peut-être, mais ce récit, qui mêle littérature, science et récit de voyage, s’annonce captivant. Un bon gros pavé de non-fiction comme je les aime.

  • L’homme au mojo triste (pour Jim Morrison)

    28057872995_7d9d16ba28_z

    La vie réelle s’étire en longs après-midis passés à ne rien faire. Je vais de motel en motel, l’ennui est mon royaume et l’avenir a comme un air mutant.
    À minuit, à l’heure où dansent les morts avec des filles nues dans la boue, je sers aux hommes-chiens leurs repas de sang frais. Ma tristesse se dissipe dans la nuit, mais elle m’entraine si loin que je ne suis pas sûr de retrouver ma route. Je vois bien la lumière en haut de la tour du guet, mais c’est celle de l’écran vide d’un poste de télé. La folie imprévue, une maladie étrange, a congédié mon âme ; elle me conduit dans un fracas d’enfer et m’abandonne au carrefour d’un chemin et moi je fais un vœu au corbeau qui s’en vient creuser ma tête bleue, couchée sur le côté, cheveux au vent, sur le bord du sentier.


    Il y a 45 ans, le 3 juillet 1971, James Douglas Morrison mourrait à Paris.
    Il est enterré au cimetière du Père Lachaise. La photo a été prise en novembre 2014.

    Licence Creative Commons

  • La texture instantanée

    24807515004_7f771ef9be_z

    Le monde conventionnel est un paravent, il faut en sortir — quand on photographie.
    Sergio Larrain, lettre à Sebastian Donoso, son neveu, 1982

    La lune qui se reflète en cristaux argentiques sur papier souple photosensible est le signal de la duperie standardisée. Le renoncement facile à la sincérité m’assaille parfois en demi-teintes, mais je résiste au danger invisible. Je pèse les choses et les rends égales. Je suis celui qui demeure dans un état d’abandon. L’attente n’est pas un espoir vide, et les temps ne sont pas encore accomplis. Les contours sensibles de l’exposition sont stables, c’est la dominante rêvée qui augmente en densité. Il y a une constante à la persévérance : dans le combat, c’est la composante principale de la lumière.
    La réussite calme équilibre le destin. On ne peut tout atteindre d’un seul coup, voilà le seul secret.


    Licence Creative Commons
    Flattr this

  • Les ondes gravitationnelles

    24729162690_fe17e1d250_z

    Mes grandes mains élastiques fondent sous le regard de ton œil magnétique. Je m’enivre à une vitesse étourdissante de l’électrique infini de tes reins, mais tu n’es jamais précisément là dans la bascule de nos vies accélérées, et c’est à peine si tu te souviens de la courbure du temps.
    Je marche principalement par oscillations, englué à ta surface, dans la noirceur des productions de masse. Le vide, pareil à une onde de folie changeante, me rappelle les fantasmes qu’on nous fournissait jadis.

    Nous mourrons de voyeurisme, sans jamais voir la source du soleil. Je tiens le diable fermement par les hanches, le contraignant à un baiser mortel : la physique éphémère de nos existences est le prix relatif à payer.


    Photo : Garage à l’abandon, Saint-Hippolyte-du-Fort — février 2016

    Licence Creative Commons
    Flattr this