Prendre la route et partir. Déguerpir. Décamper : filer au plus vite, parer au plus pressé.
S’absenter d’un monde devenu fou. Sortir d’un quotidien qui n’en peut plus. S’enfuir. Quitter la ville. Ficher le camp, dévisser. Se faire la malle, sans passeport ni bagage ; se carapater, ailleurs, dans les Carpates, pourquoi pas ? Incognito, embarquer sur un cargo, destination Terra incognita. Se casser, pour ne pas être brisé : se sauver, et sauver sa peau. Se tirer, se retirer : disparaître, pour mieux se retrouver. Aller de l’avant, prendre du recul. Sauter à pieds joints dans l’ailleurs. S’évaporer dans la nature. S’éclipser sous la Lune. Se cavaler, détaler comme un lapin. Surgir autre part, un homme nouveau. Marcher alors, se perdre dans la forêt, jusqu’à trouver des chemins de traverse. Retrouver l’espoir. La vie. La joie.
La salle de sport est fermée, et c’est là que je vais certains jours faire un peu d’exercices. Si j’y vais assez tôt le matin, je suis sûr de ne croiser personne. Non pas que je n’aime pas les gens, simplement j’aime ces moments privilégiés, de solitude, (presque) dans la nature.
Je peux me trouver mille bonnes excuses pour ne pas sortir (ce matin, par exemple, il pleuvait légèrement). Je sais que j’aurai tort de trop m’écouter. Petites foulées. Premiers mouvements. Le souffle se cale sur le rythme de l’effort. Le corps en mode automatique prend la main, les pensées de surface s’échappent. Les muscles travaillent et l’esprit se libère des limites. Sentiment de paix intérieure. Après, je suis fourbu sans doute, mais plus solide, en symbiose avec le monde qui m’entoure. Tout semble peut-être plus facile. Ça ne dure pas, le shoot d’endorphine : la substance morphinique endogène se dilue assez vite dans l’organisme, mais c’est suffisant pour continuer d’aller de l’avant.