Catégorie : journal

  • La remémoration onirique

    Londres

    Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés — Jean de La Fontaine

    Nous sommes au jour de la représentation. Les phases de sommeil paradoxal n’ont plus lieu. La beauté du monde s’étiole. Le ciel, même bleu, est de plus en plus gris. Les pluies sont acides, la mer reflue par vagues. Le sol aride craque sous notre poids. Il n’y a plus de miracles, la magie a disparu. Ici, on cultive l’ennui, la vacuité des choses. Conditionné par les technologies modernes, le sens commun s’est perdu dans un naufrage planétaire. Privés d’amour, nous dérivons dans un vide universel. Nous ne rêvons plus, nous dormons éveillés, somnambules obéissants sur une terre instable. Les fenêtres qui s’ouvrent sont virtuelles, de simples outils promotionnels. La surface du miroir reflète d’autres miroirs. C’est une glace sans tain : quelqu’un nous observe que nous ne voulons pas voir. Il y a des phénomènes lacunaires de résistance, mais la croyance collective préfigure la faillite de l’esprit. Les instruments du conditionnement sont maintenant tous déployés, la méthode est bien rodée, l’amplification de quelque chose de décisif qui nous empêche de sentir nos entraves. Lorsque le soleil se déchire en lambeaux il y a toujours plus de ténèbres. Un évènement sombre se dessine et nous nageons, bienheureux, à sa rencontre. Bienvenue sur le réseau.


    Photo : Londres — octobre 2014

    Licence Creative Commons

  • Fossé générationnel (perle de libraire)

    Hier, en fin d’après-midi, une vieille dame rentre dans la librairie avec son petit-fils et tout sourire, quelque peu excitée, s’avance vers moi.
    Très fière, elle me dit : « Bonjour Monsieur, mon petit-fils voudrait un livre, et j’aimerai le lui offrir. Le titre c’est : réussir ses études. »
    Le gamin, une douzaine d’années tout au plus, se tourne alors vers elle : « Mais non, mamie, le titre c’est : réussir sur YouTube ! »


    Licence Creative Commons

  • La jeune femme et le pirate qui lisait par dessus son épaule

    25294156514_9af7a3e7ec_z

    On presse le bouton presque par hasard et le miracle se produit. (Sergio Larrain, 1960)


    Photo : Montpellier, mars 2016

    Licence Creative Commons

  • Genèse

    Comme j’écrivais mes larmes une à une, les poches vides et les poings crevés, du sang coula sur la page. La difficulté initiale résidait dans le silence. L’aventure s’entreprend la nuit : la nuit, tout est mouvement.