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Le monde va finir — Charles Baudelaire
La lune pleine est partie, et c’est un étrange spectacle : pourquoi rester là, le regard fixé en l’air alors qu’il n’y a plus rien à attendre ?
À Baikonour, au Kazakhstan, une fusée s’est élevée dans le ciel, emportant trois personnes bercées d’apesanteur rallier l’infini, nous laissant seuls dans la nuit noire, écrasés par notre gravité. Il y a plusieurs jours, j’ai vu un animal mort sur le bas-côté de la route. Il aura fallu que ta mort survienne pour que j’y voie un signe. Mon cœur est entré en combustion et mes yeux déversent des torrents de larmes pour inonder la terre. Je flotte en orbite au-dessus de la peine, suivant une trajectoire qui va de la douleur au désespoir, encore à mille lieues de l’acceptation. Oh, je connais bien maintenant la mécanique des sentiments contraires. On croit la crise passée et les sanglots reviennent à pas léger renverser les barrières d’un cœur qui se voudrait de glace. À la fin, je sais, seule compte la gratitude pour tout ce qui fut offert, seulement on réalise trop tard qu’on avait tant d’amour à donner. Ma chemise est mouillée, mes bras serrés déjà ne serrent plus qu’eux-mêmes. Il n’y a plus rien à aimer sinon un souvenir, maintenant que tu dérives au milieu des étoiles.
Je te suivrai un jour, quand les frictions du corps mettront fin à mes fonctions vitales. Nous ne sommes que des satellites attendant d’être libérés de l’attraction terrestre pour rejoindre l’espace, redevenus poussières dans la poussière des astres. Coincé ici sans toi, ma douce, je ne suis plus pour l’heure que tristesse héroïque. Ce monde ne fait que durer et n’a rien à distribuer qui ne soit aussitôt repris.
Et pourtant… j’ai tant pleuré aujourd’hui qu’il s’est mis à pleuvoir, et ce soir la route semblait dérouler son brouillard cotonneux pour apaiser mes yeux embués de chagrin.


Un nouvel objectif : publier moins, écrire plus. Écrire plus long, peut-être, et laisser les textes reposer. Deux mois, et à la relecture, les scories sautent aux yeux. Deux mois encore, et c’est une réécriture rageuse : ratures, déplacements, pages arrachées. Donner du temps au temps, quand on a l’impression soi-même d’en avoir si peu, n’est pas la moindre des gageures. Mais ce temps-là est précieux, on le découvre en avançant. Et puis, et puis, ne pas faire lire avant la complétion, même à celle qui est proche : conseil fort avisé glané chez Stephen King.
Un nouvel objectif : se tenir éloigné du monde, pour se retrouver soi. Publier moins, aussi, sur les réseaux sociaux : sollicitations insensées, le pro se mêle trop au privé pour que ça ne nécessite pas de se protéger un peu.
Un nouvel objectif : Un Carl Zeiss Planar T* 1.4 50 mm, acheté une poignée de figues dans un vide-grenier, le Carl Zeiss avec quelques autres optiques, montées sur un appareil Yashica FR, vendus en lot tout ça, qui appartenait au grand-père dit le vendeur, remisés dans un coin depuis quarante ans. Fixé sur mon SONY, c’est une merveille, parce que cela oblige à recourir aux réglages manuels, et c’est un jeu nouveau, la mise en pratique de théories patiemment apprises qui reviennent tout à coup.
Un nouvel objectif, voilà : se faire plaisir. Écrire, photographier, avancer à tâtons, mais avancer pour soi.
Photo : l’un de mes chats, victime plus ou moins consentante de mes nouvelles expériences photographiques
