Catégorie : journal

  • Les princes

    « Le temps est déréglé, non ? Un jour, c’est comme en été, et le lendemain le parebrise de ta voiture est recouvert de givre. Après, il pleut sans discontinuer, et le ciel est lourd, comme pendant un hiver nucléaire… Remarque, ajouta-t-il, qu’est-ce que j’en sais, moi, de l’hiver nucléaire ? Ce n’est pas le climat, ce sont les hommes qui sont détraqués. La terre ne tourne plus rond, je dis qu’il faut quitter la ville. Il nous faut fuir cette putain de civilisation, le combat de coqs des politiques, l’arène des gladiateurs à quoi ressemble un open space, les petites querelles intestines, les ego jamais à leur juste place ; et puisque tout fout le camp, autant prendre soi-même la tangente, non ? »

    — Qu’est-ce que tu crois ? Je lui ai dit. Tu crois que tu peux partir comme ça ? Regarde ton acte de naissance : Le présent contrat est conclu pour avoir effet en tous lieux tout le temps : la libération est loin. Les princes de la noirceur ont le verbe majuscule, mais les fous n’intéressent que les enfants tristes. Tu peux bien aller où tu veux, tu ne feras jamais que courir ; ce sont les dieux qui dansent au-dessus de la mêlée. Nous, on paye notre place au paradis en indice boursier, à fort taux d’intérêt. Non, mais, regarde-toi : tu étais un champion en pleine gloire et voilà que tu vas d’un repaire l’autre comme une bête traquée.

    — Le chasseur a usé presque toutes ses cartouches, mais sa dernière balle sera pour moi, je sais. Seulement, vois-tu, je voudrais que ma tristesse s’éloigne quand je ferme les yeux.

    On est resté longtemps en silence à contempler nos verres, puis il a marmonné : « un jour, j’ai croisé une muse et j’en ai tiré mon parti. Elle a cru que j’étais quelconque, mais j’ai bu son venin ; je vais par des chemins tortueux son poison dans mes veines. Sa beauté s’est fanée, la voici seule et moi je suis le vent, je suis la terre battue, le feu qui embrase les cœurs tendres, je suis l’eau des rivières, mais on me retient prisonnier au fond d’une bouteille ».

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  • Exposition photo

    Autour de la Revue La Piscine, retrouvez les photographies d’Alain Mouton, Philippe Castelneau et Louise Imagine qui quittent La Galerie Z’ pour une exposition à l’auditorium de la librairie Sauramps Odysseum à Montpellier.
    C’est à partir du 9 mars, et jusqu’au 30 avril 2017

  • Le gardien du phare

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    Je suis le gardien du phare, le voyageur immobile. J’ai dans mes veines un fluide toxique, une encre noire qui fait battre mon coeur.
    Tu es la fille du large qui parle à mon oreille endormie. Ma tête est une coquille vide où se dispersent tes rêves. L’horizon trace une ligne inutile depuis longtemps franchie — j’ai mis mes pas dans tes pas d’infini.
    Je m’accommode encore de tes allures singulières, pourtant, tes griffes sur mon visage sont moins réelles que la mort aveugle qui me grignote le cerveau.


    Photo : Le Phare de la Méditerranée, Palavas-les-Flots, mars 2017

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  • L’été entre deux sommeils

    — quoi ? y a-t-il encor ce que l’on appelle « les rêves » ?
    Pierre Vinclair

    Il me semble, peut-être naïvement, que la poésie parle d’abord au cœur. On m’opposera, tout aussi arbitrairement, l’affirmation contraire. C’est que la poésie est une affaire intime. Elle est le poète mis à nu, qui s’en vient déshabiller celui ou celle qui reçoit son poème. La poésie est le dernier refuge, la fortune cachée, le seul vrai trésor encore à découvrir : par la force d’un vers, une vie se retourne. Et parce qu’elle est notre bien le plus essentiel, presque plus personne ne la lit. Le monde va trop vite, dit-on ; il ira toujours moins vite et bien moins loin qu’elle.

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    De juillet 2015 à juillet 2016, inspiré par la lecture d’un petit livre, The haiku year, compilation de poèmes brefs, écrits quotidiennement, au cours de l’année 1996, par sept amis (Tom Gilroy, Anna Grace, Jim McKay, Douglas A. Martin, Grant Lee Phillips, Rick Roth et Michael Stipe), j’ai publié chaque jour sur twitter un texte d’inspiration poétique, sous le mot clé #haikuyear.
    Je dis « texte d’inspiration poétique », parce que j’ai en trop haute estime la poésie pour prétendre m’en réclamer. Moi, je trafique des phrases dans mon coin, je tâtonne dans le noir, j’assemble du mieux que je peux des idées et des mots, j’essaie tant bien que mal d’écrire quelques livres.

    En relisant ce travail en vue de le publier, j’y ai retrouvé des joies minuscules et précieuses, des peines inconsolables, des espoirs immenses et des craintes inutiles, méditations de bric et de broc, haïkus sans rime ni raison, livre ouvert sur l’intime aux heures où le jour chez moi s’éveille ; une année résumée en fragments, postés chaque matin depuis le même endroit, à approximativement le même horaire.

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    Ayant supprimé sur twitter l’ensemble de ces contributions, j’ai voulu en reprendre quelques-unes en recueil, 253 au total, qui forment un livre écrit au moment où la nuit étreint le jour et où l’esprit, pas encore tout à fait réveillé, est justement propice à l’éveil.
    Alors, poésie ? Je ne sais pas. Éclats de rêves ? Oui, assurément.
     
     
     
    Le livre, qui s’intitule L’été entre deux sommeils, est disponible ici, et il coûte 10 €, frais de port compris.


    Photo : cimetière marin de Sète

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