Catégorie : journal

  • Signal/Bruit #96

    Rémission, a dit l’oncologue. Pas guérison. Une page, tout de même, est tournée. Une nouvelle année s’ouvre, et, cette fois encore, j’ai perdu l’espoir qu’elle sera meilleure que la précédente. Mais il y a ces trois manuscrits sur ma table, ces feux qui brûlent en dedans. Il y a Bowie et Lynch, toujours vivants dans nos rêves. Il y a cette idée de Julian Simpson : apprendre à jouer dans les ruines de ce que nous avions voulu construire. Plutôt que se lamenter, bâtir avec les décombres. Les routes qui attendent sont incertaines. Soit. Embrassons la nouvelle année avec Rimbaud, dans l’affection et le bruit neufs.

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  • Une année

    Quelques jours encore avant la fin de l’année. Une année commencée dans la crainte de n’en pas voir la fin, une année dans le possible hiver d’une vie aussi bien que de saison. Une année à subir traitements, fatigues et douleurs. Pourtant, il me reste aujourd’hui de l’année presque écoulée une forme de nostalgie, cette année qui m’aura offert de ne rien faire d’autre que de prendre soin de mon corps ; m’aura permis de me reconstruire, un peu, autrement, loin du tumulte de ma vie d’avant. Et je revois maintenant défiler les mois, les saisons, ponctués des rendez-vous médicaux, certes, mais aussi par les variations du ciel, le printemps chassant les jours sombres, les balades enfin possibles dans la garrigue, l’appareil photo à la main, et bientôt l’été, les heures gonflées de chaleur s’étirant mollement, passées à lire Proust dans la chilienne à l’ombre d’un parasol, les chattes couchées près de moi. Puis l’automne, et l’hiver enfin, tout est passé trop vite, le corps, occupé à sa guérison, trop fragile encore pour me permettre de mener à bien mes projets accumulés. Suffisamment solide cependant pour m’avoir laissé écrire un peu, imaginer, rêver. 

    Une année de souffrances se referme, et je sais que plus tard, je m’en souviendrai  comme de celle qui aura donné une nouvelle chance à la vie.

  • Notes d’atelier #5

    19 septembre 2025 :

    Antoine Compagnon évoque, à propos du scénario de 1913 de Sodome et Gomorrhe, « le cycle de la rêverie enthousiaste et de la déception qui se reproduit sans cesse. » C’est cela, bien sûr, la clé du malentendu sur lequel s’ouvre la relation de mes propres personnages, et qui conduira à son échec.

    À Proust, qui m’étourdit de ses salons, j’en emprunterai aussi la lointaine forme, pour décrire au moins une scène dans une boîte interlope, ainsi que pour la soirée au « club des hachichins » !

    Détails importants : les vêtements, coupes, marques et accessoires, qui signalent et témoignent d’une époque révolue. C’est cela qui donnera consistance et vie à mon récit.

    30 septembre :

    Peindre, c’est échapper sans cesse à un projet. — Pierre Soulages

    Écrire, pour moi, c’est ça aussi. Échapper sans cesse à mon projet. L’inverse serait beaucoup plus simple.

    2 octobre :

    L’artiste doit rêver des doubles pour ses démons. — Philip Roth

    5 octobre :

    J’ai écrit et envoyé hier la newsletter d’octobre. J’avais prévu de parler de Denis Roche et de Pierre soulages, je n’en ai rien fait. Un article du Guardian à propos du film sur Springsteen qui doit sortir à la fin du mois m’a conduit dans une tout autre direction. Une amie m’a écrit pour me dire que c’était peut-être, de toutes mes lettres, celle qu’elle préférait. Un autre m’a lui remercié pour sa justesse. La spontanéité à du bon !

    F. s’est proposé d’écrire un scénario à partir du manuscrit de Motel Valparaiso. Une adaptation fidèle, et/ou une version beaucoup plus libre. Les deux m’enthousiasment. Encore faut-il qu’il y arrive : l’expérience est nouvelle pour lui. Dans tous les cas : patience. Comme l’écrit aujourd’hui dans sa newsletter Warren Ellis :

    Patience (…) Things will happen, or not happen, in their own time, and there is rarely anything you can do about that. If you want to make things for a living and not go batshit – and I have to remind you that all creative industries are filled with people who went batshit – step one is to learn how to wait and let things go. 

    It’s among the hardest lessons to learn, but it’s the one that will save your life. Take it from someone who’s lived through a lot and nearly died a few times.1


    1. Patience (…) Les choses arriveront, ou n’arriveront pas, en temps voulu, et vous ne pouvez généralement pas y faire grand-chose. Si vous voulez gagner votre vie en créant et ne pas devenir fou – et je dois vous rappeler que toutes les industries créatives regorgent de gens qui sont devenus fous –, la première étape consiste à apprendre à attendre et à laisser les choses se faire.
      C’est l’une des leçons les plus difficiles à apprendre, mais c’est celle qui vous sauvera la vie. Croyez-en quelqu’un qui a traversé beaucoup d’épreuves et qui a failli mourir à plusieurs reprises. ↩︎
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