Catégorie : articles

  • Le café du dimanche matin – 7 septembre 2014

    Petite revue de presse du web du dimanche matin, un café chaud à portée de main.

    Tous les articles cités sont repris dans mon journal Flipboard.


    Le droit à l’oubli sur internet, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, semble, sur le papier, une bonne idée. Dans une interview à 01.net, Remi Mathis, président de Wikimedia France, revient sur la question, et souligne les effets pervers de la législation récemment adoptée par la Cour Européenne de Justice : "Il faut se demander quel type de société on veut. Il est normal que les personnes publiques cherchent à faire effacer les casseroles qu’elles trainent. Mais est-ce une avancée démocratique ? »

    Autre sujet législatif, la Hadopi a publié cette semaine un rapport intermédiaire sur les travaux qu’elle a engagés depuis un an maintenant sur la « Rémunération Proportionnelle du Partage ». Calimaq sur son blog déplore les manques et les ambiguïtés du projet.

    Hubert Guillaud de son côté s’interroge sur la régulation a adopter vis-à-vis des applications de consommation participative, telle que Uber. « Les entreprises de la consommation collaborative veulent nous convaincre que les mécanismes internes qu’elles mettent en place seraient comme une place de marché idéale, autorégulée (…) En transformant tous les rapports sociaux en place de marché, l’économie collaborative pose des questions de fond sur le rôle de la puissance publique et les limites de ses possibilités d’intervention et de régulation. Elle pointe aussi le fait que la régulation classique ne sera pas suffisante pour répondre à la disruptophilie et imposer ses choix de société, comme l’égalité, la fraternité, l’équité voir la gratuité, qu’il va lui falloir également innover là même où les disrupteurs innovent. »

    On assiste ces derniers temps à un bashing en règle d’Amazon, qui s’appuie sur le conflit récent qui oppose le commerçant en ligne au groupe Hachette. Sur Slate.com, Neal Pollack nous donne le point de vue d’un auteur dont la carrière a grandement bénéficié du site de vente en ligne : « while everyone seems to hate Amazon, my personal experience with this supposedly evil corporate behemoth has been fantastic. »
    Si Pollack n’est pas dupe du système, il considère que pour un auteur comme lui, peu connu et sans autre prétention que d’écrire d’honnêtes romans de genres, les services d’éditions proposés par Amazon sont aujourd’hui sans équivalents.


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  • Le café du dimanche matin – 31 août 2014

    Petite revue de presse du web du dimanche matin, un café chaud à portée de main.
    Tous les articles cités sont repris dans mon journal Flipboard.


    Peut-être avez-vous entendu parler de ce singe qui, profitant de l’inattention d’un photographe, s’est pris lui-même en photo avec son matériel. L’histoire eu un certain retentissement quand Wikipédia utilisa le selfie de l’animal, considérant qu’il était libre de droits, puisque pris par un singe. Le photographe fit procès, mais le juge donna raison à la fondation. « En rendant son verdict », nous dit Neil Jomunsi, « le gouvernement savait où il mettait les pieds. Car s’il avait donné au singe la pleine propriété — le copyright — de son selfie, alors l’engrenage (que personnellement j’ai osé à un moment espéré sans me faire d’illusion) se serait mis en marche, et une fois le doigt dedans, impossible de l’en retirer ». L’occasion pour l’auteur de nous livrer une jolie fable qui mérite vraiment qu’on si attarde.

    Jean-Noël Lafargue revient de son côté sur l’expérience menée par une chercheuse de l’université de Stavanger, en Norvège, « pour évaluer la manière dont un lecteur appréhende un texte lu sur support papier, comparativement à la manière dont est reçu le même texte lu sur liseuse Kindle ». Les journaux qui se sont fait l’écho de cette expérience ont surtout mis l’accent sur le fait qu’un lecteur mémorisait mieux une lecture papier qu’une lecture sur liseuse. En réalité, les résultats sont plus complexes : « si les études de ce type sont encore peu nombreuses, les résultats qui en émanent montrent une différence significative entre les différents types de lecture, et ces différences ne se bornent pas à opposer “papier” et “numérique”, on voit déjà que la tablette (rétroéclairée, réactive, avec une typographie bien “lissée” et dont on peut changer le corps à tout instant) et la liseuse (à encre électronique, dont l’interactivité est poussive) ne produisent pas la même lecture et, l’on peut extrapoler cette observation en supposant que chaque support numérique est distinct ».

    Il est certain, quoi qu’il en soit, que le numérique a d’ores et déjà radicalement modifié nos modes de vie et de consommation. « Si certains adolescents n’imaginent pas porter encore un jean acheté la saison dernière, un nombre grandissant d’entre eux considèrent qu’envoyer un texto à partir d’un smartphone ancienne génération est encore pire » écrivent Elisabeth Harris et Rachel Adams dans le New York Times. Ou comment les objets connectés sont devenus plus hypes que les fringues, et les problématiques que cela pose aux fripiers.

    Enfin, le virtuel peut-il sauver l’existence ? Interroge Jean-Paul Galibert. Oui, dit-il « car il est l’imaginaire réel (…) on peut créer sur internet. On peut y partager l’intime. On peut y avoir une présence éternelle. En un mot, on peut y exister ».


    • Neil Jomunsi (Page42.org) – Copyright singerie : comment le droit d’auteur libéra les animaux : http://goo.gl/OnzwxZ
    • Jean-noël Lafargue (Le dernier des blogs) – Des livres, des lecteurs, des lectures : http://goo.gl/NpnQLy
    • Elisabeth Harris et Rachel Adams (The New York Times) – Plugged-In Over Preppy: Teenagers Favor Tech Over Clothes : http://goo.gl/WFyDPR
    • Jean-Paul Galibert (Existence) – Le virtuel peut-il sauver l’existence ? : http://goo.gl/D0Sc0n

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  • Ératosthène, de Thierry Crouzet (éditions L’âge d’homme)

    On sait peu de chose d’Ératosthène, sinon qu’il est né à Cyrène en Libye (alors une colonie grecque), aux alentours de –276 av. J.-C., et mort à Alexandrie, en Égypte vers –194. On sait encore qu’il dirigea la célèbre bibliothèque d’Alexandrie, qu’il fut philosophe et astronome, mathématicien et géographe. On sait surtout qu’il fut le premier à tenter de mesurer la circonférence de la Terre, se trompant de moins de 2000 km.
    Si l’on sait peu de chose d’Ératosthène, c’est surtout parce son travail, et l’homme tout entier, marquait une rupture radicale avec ce qui le précédait : il réinventait le monde, ouvrait seul de nouvelles perspectives proprement révolutionnaires. Cela lui valut incompréhension et inimitiés, et dès lors qu’il disparut — et n’ayant pas voulu créer d’école, il partit sans laisser de véritables disciples —, il fut dénigré, d’abord, oublié ensuite.

    C’est son histoire que nous raconte Thierry Crouzet dans son nouveau roman, une vaste fable historique qui nous plonge dans une époque mythique à l’origine de notre civilisation, un roman ample et fort bien documenté. Surtout, au-delà de l’histoire d’Ératosthène, il nous propose dans la dernière partie une plongée en avant dans le temps jusqu’à aujourd’hui, qui permet de mieux comprendre comment l’héritage de cet homme absolument visionnaire a été petit à petit redécouvert, et combien son époque, si troublée, n’est somme toute pas si différente de la nôtre. À l’heure de l’Internet et des réseaux, un monde nouveau se met en place dont ne mesurerons pas encore toutes les ramifications, et il nous reste à souhaiter que notre Ératosthène, s’il se manifeste, ne se heurte pas comme son double lointain à l’incompréhension et au rejet de ses pairs, ce qui nous plongerait à nouveau dans 2000 ans d’obscurantisme.
    En attendant, la lecture du livre de Crouzet est un salutaire rappel, et un bel hommage à l’un des génies de l’humanité.

    Le livre, édité par les éditions L’âge d’homme, est disponible dans toutes les librairies. Signalons aussi que la version numérique propose en plus un journal d’écriture, une chronologie détaillée et une bibliographie. Enfin, sur son blog, l’auteur propose visuels, carte, timeline, etc. qui viennent enrichir un peu plus la lecture.

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  • Le café du dimanche matin – 24 août 2014

    Le dimanche matin, avec mon café, je lis sur tablette blogs et sites d’infos. Tous les jours, The Digital Reader propose une courte revue de presse intitulée The morning coffee. J’aime beaucoup l’idée, et si je ne me sens pas de faire une revue de presse quotidienne, je leur pique l’idée pour une déclinaison hebdomadaire !
    Tous les articles cités sont repris dans mon journal Flipboard.


    Contrairement à ce que laisse entendre un lieu commun, « Internet n’est pas un monde virtuel que nous devrions opposer au monde réel », écrit Isabelle Parente-Butterlin. « Internet est […] une région numérique de notre monde. […] Que le numérique ne soit pas concret ne signifie pas qu’il ne fait pas partie de notre monde.
    Plus loin, elle ajoute : “Pour ce qui est de l’abstraction au monde, et de la coupure avec le monde réel, j’en vois d’autres, dans notre monde, beaucoup plus manifestes qu’Internet et bien moins dénoncées : en quoi les programmes télévisés et les non-informations qu’on nous distille ne sont-elles pas des coupures avec le monde réel ? En quoi le divertissement dont nous avons parfois tous besoin mais qui nous est imposé à grande échelle, comme les événements sportifs auxquels, qu’on le veuille ou non, il est impossible d’échapper, n’est-il pas une coupure avec le monde réel et n’empêche-t-il pas de s’intéresser à ce qui devrait retenir notre attention ? Il y a des produits plus hypnotiques qu’Internet comme le sport, la télévision, et qui nous coupent davantage du monde”.

    Cette coupure du monde réel qu’engendrerait Internet, ce risque d’un digital burn-out — qui n’est que la fascination du vide —, Thierry Crouzet revient dessus dans une interview qu’il publie sur son blog. “Tout cela n’a aucun rapport avec le numérique, mais uniquement avec les autres”, explique-t-il. “Maintenant que nous vivons en permanence avec les autres, comme dans une vaste tribu, nous devons réinventer les rituels initiatiques propres aux tribus, mais en les adaptant à l’âge numérique”.

    Daniel Bourrion lui s’interroge sur la nécessité aujourd’hui de regrouper les différents fragments qui constituent un texte dans un support livre : “le texte me résiste et je ne parviens plus à le ‘fermer’, à le penser comme terminé”, écrit-il. “Je ne ressens plus intimement la nécessité de cette étape” (la publication, NDR).

    Un sentiment qui rejoint des idées déjà développées par François Bon, sur lesquelles il revient cette semaine : “oui, le web est notre médiation langage au monde, et la littérature, qui est la part réflexive de cette médiation, inclut le web dans son champ. Comme toutes les autres disciplines et le concept d’e-inclusion, il n’y a plus besoin d’un concept de littérature numérique. On exerce la littérature sans autre qualificatif, comme depuis son origine orale ou dans toutes les étapes de l’écrit, depuis cette médiation du mental au monde par le langage qui interroge cette relation, et se met au travail dans cette relation en même temps qu’il la renouvelle.”
    Un bel article, tout à la fois bilan et prospective, sur un sujet qui m’intéresse tout particulièrement.


    • Isabelle Parente-Butterlin (aux bords des mondes) – Disjonction : du numérique, du concret, et de l’hypnose : http://goo.gl/UCDtkG
    • Thierry Crouzet – Digital burn-out : le problème, c’est les autres : http://goo.gl/Or12rH
    • Daniel Bourrion (Face Écrans) – De la question de la publication : http://goo.gl/DbhGO6
    • François Bon (le tiers livre) – Du livre et du pantalon : http://goo.gl/rfBNO7

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