Auteur : Philippe Castelneau

  • Du lieu, 5 – Les escaliers

    L’ascenseur étroit, en bois, dans sa cage en fer forgé aux arabesques art nouveau, il suffisait d’en entr’ouvrir l’un des battants intérieurs pour provoquer l’arrêt entre deux étages et que s’offrent à mon regard d’enfant des perspectives nouvelles : vue plongeante sur le niveau inférieur, vue à hauteur de chien sur le palier supérieur ; je restais alors de longues minutes, allongé ou à quatre pattes, attendant impatiemment que la lumière du plafonnier de l’ascenseur s’éteigne, puis celle de l’escalier — ainsi seule la faible veilleuse de la cabine éclairait partiellement à la fois le palier au-dessus et le plafond au-dessous —, pour que se révèle à moi dans toute sa mesure un univers étrange, qui dans l’obscurité prenait naissance dans le vide et se terminait dans le vide, un univers occupé en son milieu par une terre plate aux deux faces dissymétriques, comme deux continents opposés dont j’avais appris à connaitre par cœur la géographie, la faune et la flore — les moulures du plafond, les craquelures, les insectes morts ou prisonniers à l’intérieur du verre épais à motif floral de la lampe, les particules de poussières en suspens, la moquette usée, les tâches, les brûlures de cigarette, les mauvais plis et l’usure des coins, les fixations des barres de laiton dorées, disjointes par endroits — jusqu’à ce que quelqu’un pénètre à nouveau dans le hall, en bas, rallume la minuterie avant d’appeler l’ascenseur, et je me dépêchais d’appuyer sur un étage intermédiaire pour pouvoir me faufiler dans l’escalier, montant quelques marches avant de m’accroupir pour observer l’intrus qui s’élevait dans les étages sans me voir.


    Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre. Vidéo explicative ici, sur la chaîne youtube de François Bon.

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  • Exposition photo

    Autour de la Revue La Piscine, retrouvez les photographies d’Alain Mouton, Philippe Castelneau et Louise Imagine qui quittent La Galerie Z’ pour une exposition à l’auditorium de la librairie Sauramps Odysseum à Montpellier.
    C’est à partir du 9 mars, et jusqu’au 30 avril 2017

  • Le gardien du phare

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    Je suis le gardien du phare, le voyageur immobile. J’ai dans mes veines un fluide toxique, une encre noire qui fait battre mon coeur.
    Tu es la fille du large qui parle à mon oreille endormie. Ma tête est une coquille vide où se dispersent tes rêves. L’horizon trace une ligne inutile depuis longtemps franchie — j’ai mis mes pas dans tes pas d’infini.
    Je m’accommode encore de tes allures singulières, pourtant, tes griffes sur mon visage sont moins réelles que la mort aveugle qui me grignote le cerveau.


    Photo : Le Phare de la Méditerranée, Palavas-les-Flots, mars 2017

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  • L’été entre deux sommeils

    — quoi ? y a-t-il encor ce que l’on appelle « les rêves » ?
    Pierre Vinclair

    Il me semble, peut-être naïvement, que la poésie parle d’abord au cœur. On m’opposera, tout aussi arbitrairement, l’affirmation contraire. C’est que la poésie est une affaire intime. Elle est le poète mis à nu, qui s’en vient déshabiller celui ou celle qui reçoit son poème. La poésie est le dernier refuge, la fortune cachée, le seul vrai trésor encore à découvrir : par la force d’un vers, une vie se retourne. Et parce qu’elle est notre bien le plus essentiel, presque plus personne ne la lit. Le monde va trop vite, dit-on ; il ira toujours moins vite et bien moins loin qu’elle.

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    De juillet 2015 à juillet 2016, inspiré par la lecture d’un petit livre, The haiku year, compilation de poèmes brefs, écrits quotidiennement, au cours de l’année 1996, par sept amis (Tom Gilroy, Anna Grace, Jim McKay, Douglas A. Martin, Grant Lee Phillips, Rick Roth et Michael Stipe), j’ai publié chaque jour sur twitter un texte d’inspiration poétique, sous le mot clé #haikuyear.
    Je dis « texte d’inspiration poétique », parce que j’ai en trop haute estime la poésie pour prétendre m’en réclamer. Moi, je trafique des phrases dans mon coin, je tâtonne dans le noir, j’assemble du mieux que je peux des idées et des mots, j’essaie tant bien que mal d’écrire quelques livres.

    En relisant ce travail en vue de le publier, j’y ai retrouvé des joies minuscules et précieuses, des peines inconsolables, des espoirs immenses et des craintes inutiles, méditations de bric et de broc, haïkus sans rime ni raison, livre ouvert sur l’intime aux heures où le jour chez moi s’éveille ; une année résumée en fragments, postés chaque matin depuis le même endroit, à approximativement le même horaire.

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    Ayant supprimé sur twitter l’ensemble de ces contributions, j’ai voulu en reprendre quelques-unes en recueil, 253 au total, qui forment un livre écrit au moment où la nuit étreint le jour et où l’esprit, pas encore tout à fait réveillé, est justement propice à l’éveil.
    Alors, poésie ? Je ne sais pas. Éclats de rêves ? Oui, assurément.
     
     
     
    Le livre, qui s’intitule L’été entre deux sommeils, est disponible ici, et il coûte 10 €, frais de port compris.


    Photo : cimetière marin de Sète

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