Auteur : Philippe Castelneau

  • arriver | tout un été d’écriture

    L’aérogare, portes automatiques, voies circulaires, escaliers, escalators, lobby, baies vitrées, plantes vertes. Derrière les vitres le tarmac, le ballet des avions. Les douanes. Zip-zap des fermetures éclair. Passeport biométrique. Couloirs sans fin. Tapis roulants. Chariots à bagages. Personnel de maintenance. Hôtesses. Micro. Cabine crew. Boutiques duty-free. Salles de prières. Salon. Salles d’attente. Ici, le lieu avant le lieu. Le lieu de tous les possibles. Le lieu où le temps s’étire à l’infini, au gré des impatiences et des jetlags. La vie en time-lapse. La vie en stop-motion. Fast forward. Stop. Play. Rewind. Play again. Joue encore… Et encore. Un dollar en poche et le cœur gros. Étranger en transit. Embarquement. Le hublot plutôt que le couloir. Toujours les papillons au ventre au moment du décollage. Frisson intérieur. Petit plaisir secret. Du ciel à perte de vue. Du bleu traversé de nuages. Jet-stream. Légère turbulence. Les plaines du Midwest parfaitement dessinées 6000 mètres plus bas lorsque l’avion commence sa descente. À perte de vue, des champs impeccablement tracés. Figures géométriques. Vert clair, foncé, brun, jaune. Figures rondes ou carrées. Des rectangles. « Prepare for landing ». Trains sortis. Touchdown. Spoilers. Inversion de poussée. L’avion avale la piste. Se stabilise. Parking. Passerelle. Couloirs. Dehors, l’odeur des pins.


    Tout un été d’écriture #27. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
    (et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).

  • Un ange vagabond

    Un ange est venu pour le rachat des âmes. Il voulait me sauver. Il ne m’a pas trouvé. Il a trouvé le bar.


    Las Vegas, août 2018. Une nuit que je tournais en rond sans trouver le sommeil, je fini par m’assoupir un court moment aux premières heures du jour. Je rêvais cette photo, et une nouvelle qu’elle pourrait illustrer.
    En voici, en quelque sorte, l’incipit et le pitch !

  • Littéra-Tube au Centre Pompidou

    Dans le cadre du Festival Extra ! consacré aux littératures hors du livre, qui se tient du 5 au 9 septembre 2018, me voilà au programme du Centre Pompidou, au sein de l’exposition collective Littéra-Tube, une proposition de Gilles Bonnet, Erika Fülöp et Gaëlle Théval ! Pas peu fier 😉


    LITTÉRA-TUBE
    UNE PROPOSITION DE GILLES BONNET, ERIKA FÜLÖP ET GAËLLE THÉVAL

    5 – 9 sept. 2018 de 11h à 21h
    Forum -1 – Centre Pompidou, Paris
    Entrée libre dans la limite des places disponibles

    Qu’est-ce que la Littéra-TUBE ?
    « Par Littéra-TUBE, je propose de désigner un corpus nouveau et en expansion constante, regroupant les expériences actuelles de vidéo-écriture, qui explorent un pan audio-visuel de la littérature diffusée sur Internet. Qu’il s’agisse de contenus nativement numériques et « YouTubéens », c’est-à-dire pensés et créés pour être mis à disposition d’un public d’internautes usagers du site, ou de contenus provenant d’autres médias (TV, radio, captations) et désormais remédiatisés, transférés sur la plateforme. C’est un écosystème littéraire inédit qui se construit ici, interrogeant le statut du littéraire via la mise en place de modalités neuves de publication. »
    Issue d’une triple évolution, la Littéra-TUBE revendique une littérarité non logocentrée, qui la place au cœur des enjeux contemporains de redéfinition en acte du littéraire par la littérature numérique.

    Parmi les contenus nativement numériques, les journaux vidéo ou vlogs (vidéo-blogs) prennent la place quantitativement la plus importante. Inspirés par les vloggueurs américains populaires pour certaines techniques, par le cinéma documentaire et le journal filmé pour d’autres aspects, et continuant en même temps la pratique du journal extime d’écrivains et de bloggueurs, ces journaux vidéos sont des compositions d’images du vécu, de musique et de réflexions, parfois parlées mais plus souvent inscrites directement sur les images.
    Plus expérimentale, la poésie vidéo se sert de ces éléments aussi bien que de l’animation et d’autres jeux visuels, la génération automatique de textes, la voix automatique, et tout ce que le médium et les logiciels de montage permettent, mais propose ce que Tom Konyves appelle « une expérience poétique », plutôt qu’une expérience plus ou moins directe du quotidien vécu.
    Certaines de ses modalités de présence sur Youtube relèvent d’un transfert, à l’instar de nombreuses formes cinématographiques, vidéo ou nativement numériques interactives dont la vidéo propose alors une capture, là où d’autres formes se lient de manière directe à la plateforme, reprenant et travestissant ses codes spécifiques dans des formes nouvelles de vidéoperformances.

    Gigantesque archive du temps présent, Youtube permet enfin de rendre accessibles des vidéos d’événements éphémères comme les lectures publiques et les performances poétiques. Institutionnelles ou sauvages, les très nombreuses captations qui y circulent donnent à voir un pan important de la littérature hors livre en performance. « Toute une vie littéraire du XXIe siècle se bâtit et se conserve également sur la plateforme, qui remédiatise d’anciennes prestations télévisuelles d’écrivain.e.s, et qui aujourd’hui offre un espace neuf de présentation et de discussion des oeuvres par leurs auteurs mêmes, souvent accompagnés, d’ailleurs, par leurs éditeurs. »
    De l’entrelacs de la création et de la prescription naît enfin une communauté riche de « lectubeurs.euses », à la fois proches et lointain.e.s des mieux connu.e.s booktubeurs.euses. Lectubeurs et lectubeuses lisent, à voix haute, des textes littéraires – rarement les leurs ; à voix autre, pour dire la littérature au coeur du royaume de l’image, en adoptant, pour les détourner éventuellement, les fondements des cultures numériques : improvisation, fragmentation et appropriation de contenus.

    Avec diffusion d’extraits des vidéos YouTube de :
    Pierre Alferi – Armand le Poète – Jean-Pierre Balpe – Gracia Bejjani – François Bon – Patrick Bouvet – Michel Brosseau – Philippe Castellin – Philippe Castelneau – Boris Crack – Gwen Denieul – Arnaud de la Cotte – Jérôme Game – Brigitte Giraud – Pierre Guéry – Noémi Lefebvre (Studio Doitsu) – Perrine Le Querrec – Corinne Lovera Vitali – Arnaud Maïsetti – Canan Marasligil – Alma Maria – Jean-Charles Massera – Anh Mat – Pierre Ménard – Juliette Mézenc et Stéphane Gantelet – Ottaras – Charles Pennequin – Mathias Richard – Milène Tournier – Stéphen Urani – Laura Vazquez – Alma – Tom Konyves – Jonas Mekas – David Perlov

    Pierre Ménard a eu la bonne idée de regrouper ici l’ensemble des vidéos projetées. Merci à lui.

  • révélation | tout un été d’écriture

    Jack Hawksmoor est un personnage créé par Warren Ellis & Tom Raney pour les éditions DC Comics
    Un jour, j’ai senti vibrer la ville ; je l’ai sentie vivante. À la manière de Jack Hawksmoor, le personnage fictif imaginé par Warren Ellis, je me suis senti lié à la ville. Aux villes. Les villes tentaculaires, chargées d’histoire(s). Un lien viscéral, organique : sitôt dans la ville, je me lance dans les rues au hasard, j’attends le basculement, comme une oscillation légère de la réalité qui vient dès les premières minutes. Alors la ville me parle. Les enseignes lumineuses envoient des avertissements, les brèches sur le trottoir indiquent de nouvelles directions. Un chat miaule sous une voiture pour m’attirer dans une ruelle qui n’était pas là l’instant d’avant. Une ville nouvelle se dessine. Une ville souterraine, invisible et pourtant traversée par les mêmes rues, les mêmes métros. Quand ai-je pris conscience de ce lien particulier ? C’était déjà Paris, lorsque j’étais enfant. Londres, certainement, à peine un peu plus tard. Ou New York, Chicago, Los Angeles. Ou Barcelone ?
    C’était peut-être le premier soir à Tokyo que j’en pris véritablement conscience, peut-être parce que ce voyage arrivait longtemps après les autres. Le dimanche 13 mai 2008 exactement, vers minuit ou une heure, depuis la fenêtre de l’hôtel Intercontinental, tandis je contemplais la baie s’étendant sous mes pieds quinze étages plus bas. Un nouvel éveil. Le flux incessant des bateaux, juxtaposé à l’enchevêtrement incroyable des voies d’autoroute sur ma droite (qui m’évoqua un dessin de Escher), et la ville illuminée, en fond, qui semblait s’étendre à l’infini. Ou le trajet en monorail, une ou deux nuits plus tard, depuis la gare de Shimbashi jusqu’à l’île d’Obaida : j’étais absolument seul dans le wagon, au cœur d’une ville surpeuplée et la ville m’appelait avec insistance. C’est peut-être enfin de me perdre dans les rues étroites en descendant n’importe où au gré des stations de la ligne circulaire de surface JR, qui me révéla vraiment la ville comme corps vivant, indépendamment des hommes qui la peuplaient. Il m’avait fallu me perdre pour me retrouver. La ville me révélait à moi-même. Des liens distendus, longtemps ignorés, se resserraient soudain : tout faisait sens. J’étais dans la ville et la ville était une et je faisait partie de ce tout.


    Tout un été d’écriture #26. Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon sur le tiers-livre : « construire une ville avec des mots. » Tous les auteurs et leurs contributions à retrouver ici.
    (et toujours les vidéos de François Bon sur ses chaines youtube et Vimeo).