Auteur : Philippe Castelneau

  • A London state of mind

    Le Brexit, comme une claque. Londres me manque ces temps-ci. Une profonde nostalgie, la sensation d’une page tournée, définitive. Le début d’autre chose. Une nouvelle histoire à écrire.

  • Le hasard qu’on mérite

    On a le hasard que l’on mérite. — Bernard Plossu

    Arles, été 2019

    Je me souviens très bien du moment où j’ai pris cette photo. J’ai vu, de loin, l’homme qui s’avançait vers le rai de lumière. J’avais mon appareil photo à la main, mais j’étais trop loin. J’ai couru pour le rattraper. Il fallait bien sûr être le plus discret possible, calculer mentalement les réglages nécessaires et se positionner. Arrivé presque à la bonne hauteur, l’homme s’est retourné, et je n’ai pas pris la photo. Deux ou trois secondes plus tard, je déclenchais l’obturateur.

    La photographie aurait-elle été meilleure, plus forte, si je l’avais prise plus tôt ? Les couleurs plus vives ? Sans doute. J’ai vu un documentaire récemment sur un photographe en immersion à Londres, et j’ai été surpris par la proximité de ses photos avec certaines des miennes, réalisées à Barcelone ou à Londres. J’entends par là, une proximité dans les thèmes choisis, dans les angles, les cadrages. Une proximité dans la démarche photographique. La différence venait principalement qu’à l’instar d’un Cartier-Bresson, ce photographe s’attachait à provoquer le hasard : il trouvait un cadre, et attendait patiemment qu’il se remplisse pour prendre sa photo. Je suis plus instinctif. Ou impatient. La photographie, c’est l’école de la patience. Les photos prises par ce photographe, elles sont belles, très léchées. La lumière est parfaite, le placement des différents éléments idéal. Elles manquent en spontanéité, parfois. Question de goût. Mais elles sautent littéralement aux yeux. À méditer…

    À méditer également, cette citation de Joel Meyerowitz :

    Once you have a camera in your hands, you have a licence to see.

  • Streets of New York

    15 août 2018, New York – 7h45

    Alors que je lisais jusque tard il y a deux soirs, n’arrivant pas à trouver le sommeil, j’entendais au loin siffler les trains qui autrefois étaient ceux de la Atchison, Topeka and Santa Fe Railway (la BNSF aujourd’hui), avec leurs cent vingt wagons tirés par deux, trois ou cinq locomotives, qui, comme me l’a expliqué Bob, sont là aussi pour permettre au train de freiner. Hier, nous avons vu à l’orée du désert un roadrunner, vif comme l’éclair, et dans le lointain, on entendait les coyotes hurler. Il y a quelque chose de Tex Avery ici, au Nouveau-Mexique : des coyotes malheureux, des Géocoucou de Californie, et des trains longs comme des villes.

    Après un café, nos valises bouclées, nous sommes partis tous les quatre prendre notre désormais rituel petit-déjeuner mexicain chez Abulita’s. Bob vient ici depuis 40 ans, il fait partie de la famille, et les propriétaires viennent nous montrer les photos de leurs enfants. Ensuite, l’aéroport (…). Vol sans encombre depuis Albuquerque jusqu’à Chicago, puis de Chicago jusqu’à Newmark, NY. Le taxi nous laisse près de notre hôtel, à Manhattan. Le même qu’en 2012. Six ans après, il est toujours en travaux. Il y a des pompiers, une ambulance et la police qui bloquent la rue. Les pompiers ont envahi le hall et condamné les ascenseurs. Rien de grave, nous dit-on. Un départ de feu maîtrisé dans les étages. Après avoir posé nos bagages, nous ressortons acheter de quoi dîner chez Fairway, à un bloc de là. C’est là aussi où nous avions nos habitudes, en 2012. Nous nous endormons devant la télé, il est 1 h du matin.

    (…)

    Vendredi 17 août, New York – 8h44

    Levé vers 7h30. Sommeil agité. Réveillé plusieurs fois par la clim qui fait un bruit d’enfer. Hier matin, nous sommes allés en ferry jusqu’à Brooklyn. Petit déjeuner rapidement expédié dans un Starbuck, puis nous avons marché, Dumbo, Brooklyn Heights, et enfin nous laissant porter au hasard de rues de plus en plus calmes, bordées de maisons de type brownstone, en grès rouge, où la porte d’entrée est au premier étage, accessible depuis un escalier en pierre. Nous n’avons pas croisé Paul Auster, ni même le fantôme de Truman Capote, mais nous avons discuté brièvement avec deux habitants de la vie du quartier.

    (…)


    Journal, 2018 (extraits). Photos : New York, août 2018.

  • 2020, une page blanche ?

    Ci-dessus, une photo prise il y a quelques mois, qui résume métaphoriquement bien ma situation aujourd’hui : les idées se bousculent dans ma tête, mais l’écriture stagne, en dépit des notes qui s’accumulent. Et pourtant, étrangement, je n’en ressens aucune frustration. Sans doute une phase de maturation nécessaire.

    Mais, je l’ai dit, je prends des notes, et il finira bien par en sortir quelque chose. Et je m’obstine à me lever avant le jour chaque matin, et je reste assis devant mon écran, une page désespérément blanche, un café chaud à portée de main, et un chat qui ronronne, lui, sur mes genoux. De tout ce temps qui pourrait autrement être simplement mis à profit pour dormir, il finira bien par sortir quelque chose…