Auteur : Philippe Castelneau

  • L’élément essentiel du récit

    That, right there, is the vital takeaway: having the tapestry of your story fully aligned with the ending. No matter what you want your ending to provide your audience with—meaning, revelation, or something else—it has to work in perfect concert with the everything that’s come before. That’s why something like Lost and its ending doesn’t work; it spent countless hours building and teasing mystery upon mystery upon mystery, only to, in the final hour, abandon those mysteries and claim that the show was all about character. Yes, the show had remarkable characters, but satisfying just that part of the tapestry left so much of the show’s beating heart unfulfilled.* — Michael Moreci

    Je fais partie des quelques personnes qui ont aimé Lost de bout en bout, mais Moreci a tout de même raison. Les scénaristes ont trahi l’attente des spectateurs, et créé du ressentiment — ce que tout auteur de fiction se doit d’éviter !


    * C’est là le point essentiel à retenir : avoir la tapisserie (le déroulé) de votre histoire entièrement alignée avec la fin. Peu importe ce que vous voulez que votre fin fournisse à votre public — du sens, une révélation ou autre chose —, elle doit fonctionner en parfaite harmonie avec tout ce qui l’a précédée. C’est pourquoi la conclusion de Lost ne fonctionne pas. D’innombrables heures ont été consacrées à construire et empiler mystère sur mystère, pour, au dernier moment, abandonner ces mystères et affirmer que la série était uniquement consacrée aux personnages. Oui, la série mettait en scène des personnages remarquables, mais satisfaire uniquement cet aspect de l’histoire laissait inachevée une partie de ce qui était au cœur du projet.

  • Vivons-nous déjà dans le métavers ?

    Je suis retombé hier dans mon journal sur ces notes, qui un an après, me semblent toujours d’actualité (et d’une cruelle ironie envers moi-même, alors que j’écris en ce moment un récit dystopique).

    Blade Runner (1982)

    Crypto people say they’re building it. Gamers might already be living in it. The art world is cashing in on it. Web veterans are trying to save it. But what is it?

    (New York Times, juillet 2021)

    Une chose à laquelle je pense ces derniers jours (déjà entendue formulée ailleurs) : depuis des dizaines d’années, nous vénérons une vision dystopique du futur, et Blade Runner par exemple, plutôt qu’une mise en garde nous apparaît comme la représentation d’un monde hyper connecté fascinant. La menace écologique pourtant décrite dans le film ne nous a jamais vraiment effrayés, perçue simplement comme un élément de ce monde, une ambiance presque cool. Du coup, c’est comme si, inconsciemment, séduit par une ambiance, une imagerie, nous avons délibérément ignoré la mise en garde et au contraire tout fait pour faire advenir cette nouvelle réalité.

    La confirmation de plus en plus tangible du réchauffement climatique nous amènera-t-elle à imaginer enfin un futur utopique ?

    À en croire l’article cité ci-dessus, nous sommes plutôt partis pour une fuite en avant dans la réalité virtuelle :

    Speaking to CNET in May, Mark Zuckerberg shared his own Facebook-centric view: “We want to get as many people as possible to be able to experience virtual reality and be able to jump into the metaverse and to have these social experiences within that,” he said, referring to the company’s experimental virtual reality environment, Horizon, which he hopes people will explore using Facebook’s Oculus headsets.

    Néanmoins, à la fois une bonne et une mauvaise chose, le métavers est encore loin d’être une réalité :

    Hopes and assurances from tech executives are nice, but private platforms are private platforms. “Right now, I can create an avatar, but I can’t jump from one world to the next,” Ms. Heyning said, describing a concept known as “interoperability.” The metaverse, in her view, isn’t a single firm or organization’s product or space, or even all of them together —  it’s the way they’re connected.

  • Ce qui reste du jour.

    La rue s’est transformée, 
    Elle est un rêve que je fais éveillé, 
    Un rêve de rencontres et de corps enserrés
    
    Un ange passe comme une ombre, porté par le vent du soir. 
    Est-ce l’amour, ou bien la mort qui vient ?
    Toujours, l’homme tremble d’un amour panique
    Lui qui croyait ne plus rien éprouver
    
    Ma couronne est trop lourde, je l’ai tressée d’épines
    J’ai construit des châteaux de cartes, 
    Bâti des villes sur des sables mouvants
    Je donnerais mon royaume pour un instant de calme
    
    Je suis trop plein de mots, de tristesse et d’angoisses
    Je voudrais des baisers, des poèmes
    Et ce sont des larmes qui viennent
    
    Mon cœur crève et se déverse en tempêtes 
    Je suis comme un noyé bercé par les flots déchainés 
    L’océan est vaste qui me retient d’échouer
    
    Et voilà que je danse sur les vagues teintées d’orage, 
    Le monde enfin à ma façon :
    Il fait jour à minuit sur mon astre lointain.
  • David Mitchell — Utopia Avenue (L’Olivier)

    Londres, 1967. Trois garçons, une fille, quatre musiciens d’horizons différents réunis par un manager qui ambitionne de faire d’eux un supergroupe. Si l’époque, le contexte nous sont familiers, l’auteur se joue des clichés du roman rock. Les archétypes sont là : conflits d’égos, drogues, groupies. On y croise Bowie, Lennon, Cohen. D’autres encore. On connait la chanson, croit-on, mais voilà : dans sa dernière partie le récit bascule dans le merveilleux, l’envers surréaliste de l’histoire, dont a peut-être négligé les indices.
    Au lecteur de les retrouver, ainsi que les références aux précédents livres de Mitchell. À lui de décider si finalement c’est un étonnant roman d’apprentissage qu’il vient de lire, ou un conte fantastique. Dans tous les cas, ce récit de 750 pages le hantera longtemps.


    (article paru dans le Midi Libre du dimanche 3 juillet 2022)

    Utopia Avenue, de David Mitchell (éditions de L’Olivier) — 752 pages — 25€

    Traduit de l’anglais par Nicolas Richard