Auteur : Philippe Castelneau

  • Adrénaline

    I want to be considered a jazz poet blowing a long blues in an afternoon jam session on Sunday — Jack Kerouac


    C’est vrai, la musique joue un rôle important dans ma vie, et dans mon écriture elle est là, qui m’accompagne. Je n’écris pas en musique, mais j’élabore des playlists autour de mes projets, que j’écoute par exemple dans mes trajets quotidiens, dont je m’imprègne et qui nourrissent mes textes. J’y puise un rythme, des ambiances. Une poussée d’adrénaline qui me porte jusqu’au prochain moment d’écriture. En les écoutant, je vois des scènes se déployer, dont les chansons seraient en quelque sorte la bande-son.

    Alors évidemment, quand un écrivain met en musique ses textes (exercice auquel je me suis prêté quelques fois), j’y suis extrêmement sensible. 

    J’ai quelques disques qui me sont précieux près de moi : les enregistrements de Jack Kerouac avec Steve Allen, Al Cohn et Zoot Sims, Schizotrope, de Maurice Dantec et Richard Pinhas, le travail de Fred Griot avec parl#, ou encore le disque Ripostes, sur lequel Michel Bulteau, Krysztof Styczynski et Saul Williams lisent chacun un texte sur une musique de Serge Teyssot-Gay (« 3 poètes et une guitare pour une riposte électrique et poétique », rien que ça !).


    Olivier Martinelli vient de sortir La vie dévorée, un recueil de courts textes écrits après l’annonce de son cancer de la moelle osseuse, où on le suit au fil de l’évolution de la maladie.

    Un bouquin qui m’a tiré les larmes souvent, beaucoup fait rire et sourire aussi. Et il y a lui, Olivier, tout entier, derrière chacun des mots posés, affichant un sourire de défi à la vie. Au-delà de la qualité du texte, bien réelle, c’est la leçon de vie qui m’a impressionné, la force d’âme et de se battre contre la maladie, pour ses proches, et pour ses rêves.

    Un point commun que nous avons, Olivier et moi, c’est l’attrait pour le rock, et l’envie de mettre nos mots en musique. C’est ce qu’il a fait à l’occasion de la sortie de La vie dévorée, et son clip incroyable. L’album a été enregistré, qui sortira, espérons-le, prochainement, et qui a déjà sa place de réservée dans ma discothèque.

    Super-héros – Extrait de l’album « La vie dévorée » Texte : Olivier Martinelli (Extrait du roman « La vie dévorée » publié par Kubik Éditions) Musique : Vincent Martinelli Arrangements et instruments : Dominique Pascaud et David Neerman Production : David Neerman Clip pensé, dessiné et réalisé par Dominique Pascaud
  • Avancer le travail, chapitre après chapitre

    Dans sa dernière newsletter [Nightingalingale], qui accompagne l’écriture de son livre Things Become Other Things, Craig Mod écrit la chose suivante :

    I am so close to finishing this rev. But there’s a lot of work left to do afterwards. So maybe I’m not close to finishing this rev. I need to keep deluding myself, though. It’s the only way forward. Abject delusion. I’m trying to not overthink things, just push on through, chapter by chapter. Expanding where needed.1

    Je ne parle plus tellement de mon livre en cours. Je m’étais fixé une deadline au 31 décembre, qui m’a permis de terminer rapidement la deuxième partie, et d’écrire une bonne part de la troisième. Je n’aurais pas pu aller aussi vite sans m’être fixé cette limite. Depuis, le rythme est retombé.

    En vérité, beaucoup d’éléments auxquels je ne m’attendais pas ont surgi, qui sont venus enrichir le récit. Seulement, il m’a fallu rétroactivement revenir sur les deux premières parties du livre pour en saupoudrer les prémices, afin qu’elles ne surgissent pas comme un cheveu sur la soupe au dernier moment.

    Et maintenant, je les développe. J’avance dans le travail, chapitre après chapitre. Ces passages me semblent importants pour l’histoire, et je suis très satisfait du résultat, pourtant je ne prends pas plaisir à les écrire. C’est ça aussi, le roman : des passages obligés, mais pénibles à écrire. L’essentiel étant qu’ils ne soient pas pénibles à lire, hein ! 😉


    Puisqu’on parle d’écriture, j’ai pu lire en avant-première le prochain roman de Laurent Queyssi, Trystero, qui sortira le 10 avril sous le label Mu des éditions Mnémos. 

    Un joli tour de force, sorte de manuel d’écriture imbriqué dans un récit dystopique. Il y est notamment question de choses comme celles que j’évoque plus haut. J’en reparlerai au moment de la sortie, mais vous pouvez déjà en noter le titre dans vos tablettes. Il ne s’agit pas d’un livre destiné à ceux qui écrivent ou s’intéressent à la cuisine interne de l’écrivain. C’est d’abord et avant tout un bon roman de SF, mais si ces sujets vous intéressent aussi, vous aurez une double dose de plaisir.


    En attendant, pour vous réconcilier avec l’humanité, cette impressionnante chorégraphie du collectif CDK, partagé par Julian Simpson (qui lui aussi prodigue de nombreux et utiles conseils d’écriture dans ses différentes lettres).

    PS : au cas où vous vous poseriez la question, bien sûr que je me suis fixé une nouvelle échéance pour finir mon livre. Seulement, je la garde pour moi désormais !

    1. Je suis sur le point de terminer cette révision. Mais il y a beaucoup de travail à faire après. Alors peut-être que je ne suis pas près de terminer cette révision. Mais je dois continuer à me bercer d’illusions. C’est la seule façon d’avancer. Ignobles illusions. J’essaie de ne pas trop réfléchir, de continuer à avancer, chapitre par chapitre. En développant là où c’est nécessaire. ↩︎
  • Rien Que Du Bruit #74

    Mon cœur pesait 140 grammes, que je tenais serré dans le creux de ma main. Mon cœur, brisé en mille morceaux dans une playlist.

    La suite, à lire dans la lettre du mois de mars, 👉 ici.