Je lis tous les jours mon Daylog, et ces phrases qui pourraient être de moi et pourtant ne le sont pas. Elles me disent ce que je ne dois plus écrire, sans me dire ce que je dois écrire. Pourquoi je devrais écrire ? Parce que sinon je me sens mal, inaccompli, incomplet. Écrire pour me compléter, pour tenter de vivre cette époque d’effondrement dans le vertige (…)Drôle de sensation de revenir à celui que j’étais. Je me trouve plus intense qu’aujourd’hui, surtout plus énigmatique. Envie de renouveler l’expérience, mais peur qu’elle stimule ma nostalgie latente. Ai-je quelque chose à m’apprendre ? Parce que cet autre, ce n’est plus moi depuis longtemps. Parce que ces textes ne sont plus réellement de moi. (Thierry Crouzet — carnet d’avril 2024)
Thierry Crouzet, pour se trouver, à la fois interroge celui qu’il a été en relisant ses vieux carnets, et laisse une I.A. gavée de ses écrits rédiger à sa place un journal de bord quotidien.
Le Crouzet d’il y a vingt ans, « cet autre (qui) n’est plus moi depuis longtemps » se confronte au Crouzet virtuel, qui « produit ces phrases qui pourraient être de moi et pourtant ne le sont pas. »
Où se trouve alors, non pas le vrai, mais le Thierry Crouzet d’aujourd’hui ? Sans doute dans ses carnets de route : « Le journal est presque le seul endroit littéraire où je peux être moi-même sans qu’on puisse m’accuser de participer à la grande gabegie (…) Je ne suis jamais aussi libre qu’ici, aussi libre que sur un chemin par un beau soleil d’avril, avant qu’il ne devienne brûlant. Le journal ne prétend à rien d’autre qu’à la liberté, et peut-être que si je le gardais pour moi-même j’y serais encore plus libre, mais sans doute aussi trop complaisant. Je pourrais tout dire, par exemple ce que je serai tenté de dire en cet instant et que je garde pour moi, mais qui néanmoins me traverse et c’est presque comme si je le disais. »
Je ne peux que vous encourager à le lire, si ce n’est pas déjà le cas.












