
Auteur : Philippe Castelneau
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Embrasure (1)
Une embrasure est une ouverture faite sur toute l’épaisseur d’un mur. Dans l’architecture moderne, les embrasures sont prévues lors de la construction car elles sont destinées à recevoir une porte ou une fenêtre. Il ne s’agit pas d’ouvertures faites après la construction. (wikipedia)
Les portes et les fenêtres, de préférence en bois, de préférence anciennes et usées, sont parmi mes sujets photographiques de prédilection. Portant trace de clous rouillés et de couches successives de peintures, d’inscriptions ou de graffitis, elles sont le témoin du passage des hommes et du passage du temps. Une fascination éminemment personnelle donnant lieu à une série baptisée Embrasure, qui commencera de se décliner ici toute cette semaine.
Hasard objectif, pour dire comme André Breton, je suis tombé la semaine dernière sur un reportage de Walker Evans, publié en 1958 dans la revue Architectural Forum, intitulé « Color Accidents ». Les photos avaient été prises à New York et montraient des portes et des murs usés, recouverts d’inscriptions, de tags ou d’affiches arrachées.
Voici ce qu’Evans disait en introduction : « il y a une vraie stimulation pour l’œil, autre qu’harmonique, dans les rues de nos villes. Ce sont les motifs cacophoniques et nerveux créés par le temps, le climat, la négligence et la main sûre de jeunes délinquants. Les couleurs dures et les formes ironiques projetées sur beaucoup de vieilles portes ou murs décatis ont leurs façons bien à elles d’arrêter l’attention ».
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Ici, nous sommes libres
Étrange semaine qui vient de passer. La gueule de bois prévisible des Européennes et de mauvaises nouvelles d’éditeurs qui plient boutique ou réduisent la voilure, la crise est là qui frappe à la porte.
Quelle que soit l’énergie dépensée, la qualité du travail accompli, un livre n’est rien s’il ne trouve pas ses lecteurs. Roxane Lecomte, qui s’occupe du pôle numérique chez publie.net, écrit sur Facebook : « je ferais bien mieux de fabriquer des carnets blancs, ça me tarauderait pas de savoir si quelqu’un les ouvre et les lit. »
Sur France Inter, lundi dernier à 9 h, il fallait entendre Ana Navarro Pedro, correspondante à Paris de l’hebdomadaire portugais Visao, parler des gens qui chez elle meurent de l’austérité. Trop de phrases convenues juste avant, sans doute, pour continuer à se taire.
À Sète, au festival Images singulières, Carlos Spottorno, en retournant les clichés, s’attaque au cynisme de la presse financière anglo-saxonne qui sous l’acronyme The Pigs — les cochons — désigne le Portugal, l’Italie, la Grèce et l’Espagne qu’elle juge responsable de la faillite de l’Europe.
« L’imagination est une force intime et politique », écrit Martin Page dans son Manuel d’écriture et de survie. « Elle est le contraire du “There is no alternative” des libéraux de gauche et de droite. C’est la raison pour laquelle elle est critiquée et dépréciée. Il s’agit de nous asservir et de briser notre désir, de nous empêcher à la fois d’inventer de nouvelles modalités d’existence et de parler des tragédies qui s’annoncent. Nous sommes bien décidés à ne pas nous laisser faire. »
Et vraiment, il faut lire Martin Page.À Sète encore, Johann Rousselot dénonce avec Phallocracia la violence faite aux femmes en Égypte aujourd’hui. Là-bas, comme ailleurs, mais plus fortement qu’ailleurs, la révolution n’est pas pour tout le monde.
Voyant le plus jeune de mes fils arrêté devant le visage de cette jeune Égyptienne, je mesure combien ce monde-ci est plus dur, plus complexe, que celui dans lequel j’ai grandi.Dans mon pays déchiré, les roses sont fanées et les lendemains déchantent. Mais nous sommes vivants, et ici, nous sommes libres. Alors, essayons de ne rien abdiquer. Quoi qu’on nous dise, ce monde nous appartient. Et pour le temps qu’il nous reste à vivre, tâchons d’être nous même : soyons libres, et reprenons notre dû.




