Auteur : Philippe Castelneau

  • Roissy-Charles-de-Gaulle

    perspective


    photo : Roissy-Charles-de-Gaulle, mars 2015.


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  • L’espoir

    DSC08227.jpg

    L’APPAREIL EST TENU HORIZONTALEMENT : maintenir l’appareil fermement. L’index de la main droite actionne le bouton de déclenchement. La première phalange du doigt appuie progressivement et produit un déclenchement sans secousse.

    L’appareil en mode manuel, fermer les yeux et voir. Oublier la couleur, se concentrer sur les formes, observer la lumière. Laisser l’image venir à soi. L’œil dans le viseur, l’appareil n’existe plus, et seul compte le regard.
    Allongé dans l’herbe fraîche, je n’existe plus, le temps s’est arrêté. L’index de la main droite actionne le bouton de déclenchement. La fleur devenue abstraite danse lentement sous la brise. La fleur est prisonnière du cadre ; en dehors du cadre, il n’y a plus rien.
    La première phalange du doigt appuie progressivement et produit un déclenchement sans secousse. L’instant suspendu s’évanouit. L’œil se détache lentement du viseur. Reste l’espoir.


    photo : Saint Mathieu de Tréviers, mars 2015.


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  • Lendemains de fête (publie.net)

    lendemains-03« Photographier en riant », c’est ainsi que Bernard Plossu défini sa pratique de la photographie avec des appareils-jouets, Agfamatic et autres Instamatic. Je ne sais pas si un iPhone peut être considéré comme un jouet — en tant qu’appareil photo, il a quelque chose du polaroid, et on parle maintenant de phonéographie pour en désigner la pratique —, c’est en tout cas un outil ludique, toujours disponible au fond de ma poche.

    Partant de la nouvelle de Richard Brautigan « Qu’est-ce que tu vas faire de 390 photos d’arbres de Noël ? », Gaétane Laurent-Darbon et Pierre Ménard, via publie.net, ont lancé un appel à photographier des sapins de Noël abandonnés dans la rue au lendemain des fêtes de fin d’année. C’est un soir, en janvier dernier, que j’ai pris la photo de « mon » sapin, et je n’avais pour le faire que mon téléphone portable sous la main. C’est une photo de rien, la photographie d’un instant « non décisif », pour citer encore Plossu, et je trouve amusant que cette photo soit ma première photo publiée.
    Il y a quelques jours est sorti Lendemains de fête, un ouvrage collectif reprenant un certain nombre de ces photos (dont la mienne), en regard de contributions de plusieurs auteurs (François Bon, Mathieu Brosseau, Mitch Cullin, Jean-Marc Flahaut, Arnaud Maïsetti, Pierre Ménard, Eric Pessan, Thomas B. Reverdy, Joachim Séné, Pascal Simon, Lucien Suel, et Thomas Vinau).

    Un tumblr reprenant toutes les photographies est accessible ici, le livre, disponible au format numérique, est téléchargeable et ne coûte que 3,99€.

  • Walkin’ the dog

    walking the dog

    Je sens alors, pourvu que je ne me hâte, que je ne cesserai jamais d’être.

    Lorsque je suis tombé la première fois sur cette phrase de Rilke, dans mon empressement, j’ai sauté la négation première et j’ai lu « pourvu que je me hâte ». C’est qu’un sentiment d’urgence me poussait alors — il me pousse toujours, mais je ne le laisse plus faire —, une course sans fin pour rattraper le temps perdu, un sprint vers l’abime.

    Je me suis mis tôt à la photo, à 17 ans, mais pour une raison qui m’échappe, après 6 mois d’une pratique intensive, j’ai remisé ça dans un coin de mon esprit pour n’y revenir qu’en 2012. Tout était à réapprendre, et parmi ces choses à apprendre, il y avait la patience et il y avait le regard.
    La photo m’a enseigné comment ralentir, m’a initié à la maitrise du temps, elle m’a appris à arrêter l’instant : l’œil dans le viseur, tourne lentement autour des protagonistes, organise la scène, fige les personnages, enfin rends-les au monde en déclenchant l’obturateur.
    Clic-clac. Rideau. La vie normale reprend son cours, et personne n’a rien vu.

    Apprendre à regarder autrement, c’est adopter le point de vue de l’autre, s’accroupir, comme ici, pour voir ce que le chien voit, tourner autour des choses, s’arrêter sur ce que personne ne regarde. Figer l’éphémère, fixer jusqu’à l’épuiser le détail insignifiant pour en révéler le mystère caché, ouvrir des portes qui donnent sur l’inconnu : « je sens alors, pourvu que je ne me hâte, je ne cesserai jamais d’être ».

    Le chien, lui, ne se pose sans doute pas ces questions-là. Le chien, seul, comme perdu au milieu de la foule, impassible ; le chien, mon ami d’enfance, mon double.

    Now, if you don’t know how to do it
    I’ll show you how to walk the dog
    C’mon now c’mon
    If you don’t know how to do it
    I’ll show you how to walk the dog


    photo : Barcelone, février 2015.
    Walking the dog : paroles et musique de Rufus Thomas


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