Aude Seigne – Chroniques de l’Occident nomade (éditions Zoé)

« Il y a beaucoup de narcissisme dans la narration qu’on fait d’une péripétie, mais on omet souvent qu’il y a aussi une absolue nécessité. Entre la Grèce de mes quinze ans et la Syrie de mes vingt-trois, je partais chaque année deux ou trois mois. Nomade, en fait. Puis ça a été le presque burn out. Trop de pays, trop de mouvement, trop de bonheur, de beautés incomprises, d’absences douloureuses, de peur, de rencontre et de séparations. Car la vie continuait pendant mes périodes d’errance, si j’étais à Helsinki, c’était quand même le 1er août que célébraient, en Suisse, amis et famille, si j’étais dans l’Ontario, cela n’empêchait pas ma famille de déménager. En un mois de dénuement presque périlleux au Burkina Faso, trois nouveaux magasins avaient vu le jour dans les rues basses de Genève. J’étais donc aussi nomade, aussi désorientée au retour qu’au départ. Je ne comprenais pas ce que j’avais quitté — l’appréhension du monde s’effectuant toujours pour moi de manière poétique d’abord, intellectuelle ensuite — et je ne comprenais pas ce que je retrouvais non plus. »

seigneChroniques de l’Occident nomade n’est pas le récit d’un voyage. Il est une réflexion sincère, sans fard — parfois même impudique —, sur notre place dans le monde, sur l’impossibilité d’être quelque part chez soi. Il est le portrait d’une jeune femme née en 1985, brossé à travers une série d’instantanés pris à différents endroits et en différents temps. Il est peut-être le portrait de sa génération.
Chroniques de l’Occident nomade est un livre qui parle de voyages, qui parle d’amour et d’errance. Il parle de chambres d’hôtel, de longs trajets à pieds, de longs trajets en voiture, il parle de rues désertes et de belles rencontres, il parle d’attente et d’éblouissement, il parle de Rimbaud, Dostoïevski et Bouvier.
Porté par une très belle écriture, ce petit texte de 140 pages est surtout un très grand livre. Il a reçu en 2011 le prix Nicolas Bouvier au Festival Étonnants Voyageurs à Saint Malo.

28 207 kilomètres sur la route

Kerouac

Une fois de plus, nos valises cabossées s’empilaient sur le trottoir ; on avait du chemin devant nous. Mais qu’importe : la route, c’est la vie. (Jack Kerouac – Sur la route)

Qui a aimé Sur la route a surement rêvé de faire un jour le trajet à travers les États-Unis sur les traces de Kerouac. Nous avions déjà une carte tracée à la main par Jack lui-même dans son journal, faisant référence à un voyage en auto-stop qu’il fit de juillet à octobre 1948.

Gregor Weichbrodt, dans le cadre de l’exposition Poetry will be made by all ! qui se tient jusqu’au 30 mars à Zurich, s’est attelé à reporter dans Google maps l’intégralité du trajet de Kerouac tel qu’il est donné dans le livre Sur la route, et en propose un ebook accessible gratuitement en ligne, ou sous forme papier via lulu.com, pour 9€.

Au total, le trajet couvre 17 527 miles, soit 28 207 km, et prendrait 272 heures à accomplir.

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